Faouzi Skali: "L'absence du soufisme dans notre société a été une porte ouverte aux idéologies wahabistes" (ENTRETIEN)

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FAOUZI SKALI
Mohammed Tadlaoui/Facebook
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FESTIVAL - Le Festival de Fès de la Culture Soufie investira à nouveau la capitale spirituelle du royaume pour sa dixième édition, du 14 au 21 octobre. Absent l'année dernière, le festival initialement programmé en avril a préféré patienter pour présenter dorénavant ses éditions à l'automne.

L'événement souhaite faire (re)découvrir aux Marocains une culture d'une richesse spirituelle, intellectuelle et artistique inépuisable, qui est la leur et fait partie depuis des siècles de leur patrimoine culturel et historique. Environ 20.000 personnes sont attendues pour assister à diverses tables rondes et manifestations culturelles à travers différentes disciplines artistiques inspirée par le soufisme, de la peinture à la calligraphie, en passant par les chants, la musique et la poésie... et qui aborderont la place de ce courant dans la culture arabe contemporaine ou l'interprétation du Coran dans une dimension spirituelle entre autres.

festival fes culture soufie

Cette année, la thématique choisie invite au voyage sur les traces du soufisme de l'extrême Occident à l'extrême Orient, à la rencontre des sagesses du monde du Maroc à l'Inde, de Ibn Arabi à Rumi. Elle espère ainsi jeter un pont entre ces deux régions et créer un dialogue interculturel où le Maroc jouerait un rôle de médiateur. L'occasion aussi de démontrer que ce courant religieux diffuse un discours pacifiste dans les sociétés musulmanes rongées par des idéologies extrémistes.

Fondateur et président du festival, Faouzi Skali répond au HuffPost Maroc pour détailler l'événement à venir et évoquer ce courant que beaucoup perçoivent encore comme secret et mystifié.

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HuffPost Maroc: Le choix de la ville de Fès pour ce festival n'est pas un hasard...

Faouzi Skali: Absolument. C'est une ville qui a des rapports intimes avec le soufisme depuis des siècles et c'est surtout un terreau culturel du Maroc. Fès est profondément imprégnée du soufisme qui, je pense, constitue la matrice civilisationnelle de notre société et qui a contribué au développement d'un Islam sunnite d’ouverture et de valeurs au Maroc. Et tout cela a en partie sculpté sa personnalité de capitale spirituelle du royaume. D'ailleurs, les tables rondes du festival auront lieu dans le patio de la Madrassa Bou Inania, un lieu extraordinaire de la civilisation islamique empreint d'histoire.

Quelles sont les nouveautées de cette dixième édition?

Nous souhaitons faire une rétrospective sur les différentes cultures du soufisme qui proviennent de nombreuses régions également différentes, et tout cela dans un parcours géographique, historique, spirituel et culturel. La thématique de cette année propose un voyage dans le temps, l'espace et la pensée, de l'Andalousie jusqu'à l'Inde en passant par la Turquie ou l'Iran. Nous accueillerons des confréries d'ailleurs, pour créer un dialogue avec d'autres cultures soufies. Le but sera aussi de questionner le rôle du soufisme dans nos sociétés contemporaines à travers plusieurs expressions culturelles et intellectuelles, son rapport au développement humain et à d'autres problématiques que nous rencontrons dans le monde d'aujourd'hui.

En quoi le soufisme peut-il constituer un bouclier contre les idéologies extrémistes et la montée d'un islam politique?

Le soufisme ne peut pas contrer directement l'extrémisme religieux et l'islamisme. Cet extrémisme est né d'un déracinement culturel qui a fait de la religion non plus un moyen de se lier à l'autre, de se réunir autour de valeurs communes qui prônent un islam de paix, mais un instrument politique dangereux. L'absence du soufisme et de sa culture dans notre société a été une porte ouverte aux idéologies wahabistes. Le soufisme doit reprendre une place naturelle, diffuser son message pour nous immuniser contre ces courants malsains.

Vous semble-t-il primordial de faire du soufisme une culture à part entière et structurée au Maroc?

Il est important de repositionner la culture soufie dans la sphère publique et de faire rayonner son patrimoine, qui est un des plus riches et diversifiés au monde. Nous sommes un pays qui a des liens ancestraux avec le soufisme mais bizarrement, on ne l'apprend pas dans les écoles ou dans les manuels d'histoire, seulement en enseignement spécialisé dans certaines universités. On doit le soutenir, l'éducation et l'enseignement seraient encore plus riches si on apprenait aux enfants la poésie, les chants ou la calligraphie soufie. Une approche saine de la spiritualité et une éducation culturelle éclairée peuvent empêcher la jeunesse de sombrer dans l'ignorance et les extrémismes.

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