"Les tombeaux de la dignité", cette initiative lancée par l'artiste Sadika Keskes à la mémoire des migrants disparus en Méditerranée

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Sur la plage de Raoued à Gammarth, des tombeaux de verres flottent depuis quelques jours en guise de mémorial. L'artiste galeriste Sadika Keskes les a appelés les "Tombeaux de la Dignité", une façon pour elle de "se souvenir de tous ceux qui ont perdu la vie en Méditerranée et qui resteront peut-être pour toujours sans nom ni souvenir". L'artiste a souhaité rendre hommage aux milliers de migrants hommes, femmes et enfants qui ont péri dans la Méditerranée.

Un petit tombeau en verre blanc qu'on peut distinguer des autres a été créé en souvenir de tous les enfants morts avant d'atteindre l'autre côté de la rive méditerranéenne.

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Tombeau blanc en mémoire des enfants disparus dans la Méditerranée

Sa performance intitulée "PoPo-art contemporain en Tunisie" (un Possible Potentiel) s'est tenue dimanche 1er octobre 2017 à Gammarth en présence de l'ambassadeur de France en Tunisie Olivier Poivre d'Arvor, est l'une des plus importantes expositions d'art contemporain organisée avec l'appui du gouvernement tunisien.

"C'est incroyable que cela se produise dans une mer qui a longtemps été un trait d'union entre les continents, alors qu'elle est maintenant réduite à une simple zone frontalière", a-t-elle déclaré à l'agence d'information catholique italienne SIR (Servizio Informazione Religiosa).

"L'art doit être présenté sur l'espace public, car l'art doit parler aux gens. Ils peuvent ainsi pouvoir s'y identifier. C'est pourquoi nous avons choisi la plage. Au cours des dernières années, de nombreuses familles en Tunisie ont été témoin du départ de leurs enfants sans jamais avoir de leurs nouvelles, tandis que quelque part sur les côtes tunisiennes ou libyennes, des cadavres de jeunes noyés emportés par les courants, sont repêchés. Ils sont enterrés, sans identité, sous de fines couches de sable" a-t-elle déclaré à SIR

Pour ne pas oublier tous ces morts et dans le but d'attirer l'attention de la société tunisienne et de l'Europe sur cette tragédie, Sadika Keskes a décidé d'organiser une véritable procession de son atelier jusqu'à la plage, où les tombeaux de verre étaient ancrés. Au moment de leur départ, un poète tunisien a lu un poème dédié à Lampedusa et ses habitants qui, après la révolution, ont accueilli des milliers de jeunes migrants tunisiens.

Les tombeaux de verre resteront sur la plage de Gammarth pendant quelques jours, afin qu'ils puissent être vus par les passants, locaux et touristes, pour ensuite prendre la direction de l'île italienne Lampedusa où Sadika Keskes envisage de se rendre par bateau dans quelques semaines afin, dit-elle, de "sensibiliser les gens" sur ces disparus de la mer.

"Mon rêve est d'exposer mes tombeaux à travers les différentes côtes de la Méditerranée. Ce sera un moyen pour moi de rendre à la Méditerranée sa vocation de lien entre les continents" a-t-elle déclaré à l'agence d'information italienne

Selon Reuters, les trafiquants d'êtres humains utilisent de plus en plus la Tunisie comme point de départ pour l'immigration clandestine vers l'Europe, après que les garde-côtes libyens, aidés par des groupes armés, avaient renforcé les contrôles.

Selon l'ONU, plus de 5.000 personnes ont trouvé la mort l'année dernière en tentant de traverser la Méditerranée pour gagner l'Europe, pour la plupart depuis la Libye.

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