Ateliers de la Ville Rêvée: Une série de débats en marge du festival Dream City, animés par Eric Corijn

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TUNIS MEDINA
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En marge des différentes performances artistiques de Dream City, l'édition de 2017 met aussi en avant la réflexion. La réflexion autour du maintien du patrimoine de la Médina, aussi, autour de la jeunesse, de l'urbanisme, du rôle de l'Art et de la mobilité à Tunis.

Les "Ateliers de la Ville Rêvée" se tiendront tous les matins de 10h à 12h30, jusqu'au 8 octobre à la bibliothèque "Al Khaldounia" et seront animés par Eric Corijn, philosophe, sociologue et professeur d'études urbaines à l'université de Bruxelles. Il est également fondateur de Cosmopolis, un centre de recherches urbaines.

"J'ai été invité ici en avril pour travailler avec les artistes sur leurs différents projets et où les placer dans la Médina, comment les rapporter à l'environnement urbain et social" indique Corijn au HuffPost Tunisie, "C'est là qu'on a décidé d'ajouter la partie Ateliers au festival", une première pour Dream City.

Des discussions qui se porteront sur la ville de Tunis, plus exactement la Médina, son urbanisation "Pas seulement la ville construite, matérielle, mais aussi la mentalité urbaine" précise Eric Corijn, qui, pour chaque débat, invitera avec lui un intervenant pour un dialogue plus riche. "Nous discuterons tous les deux, ensuite, le public pourra participer au débat" annonce-t-il.

La Medina de Tunis, une zone où la pré-modernité subsiste malgré un voisinage urbain, mais où le savoir-faire et l'authenticité se tapissent sous des soucis socio-économiques.

Un jour = Un débat

Comment l'urbanisation affecte-t-elle la Médina et la ville autour? C'est ce que les "Ateliers de la ville rêver" vont décortiquer.

"Le monde est en train de passer de la ruralité à l'urbanité à grande vitesse, il y a une croissance énorme des villes, et ce depuis 30 ou 40 ans". Eric Corijn se penche sur ce sujet depuis presque trois décennies, a-t-il précisé.

  • Jour 1- Comment maintenir le patrimoine de la Médina au 21e siècle?

La Médina de Tunis a-t-elle gardé son authenticité? Pour Corign "La réponse est " 'non', tout simplement. Une ville c'est quelque chose qui bouge et donc l'authenticité change. Le format original de la Médina ne peut être maintenu".

Pour le philosophe, la Médina a certes gardé sa structure originale et même sa beauté. Cependant, elle est passée d'une Médina artisanale, à une Médina commerciale.

"Dans une ville se dégage une forme de société avec beaucoup plus de diversité, en effet, une ville est beaucoup plus tolérante par rapport à la diversité et donc a une identité moins forte, elle ne s'agrippe pas aux traditions", s'exprime le philosophe Eric Corijn.

Palais, souks et même certaines habitations changent alors de fonction, pour s'adapter à la modernité, aux besoins des visiteurs et des touristes qui traversent les ruelles. Le pouvoir d'achat est aussi un facteur qui a mené vers ces changements.

C'est en compagnie de Jamila Binous, architecte et urbaniste, que ce débat a été mené.

  • Jour 2- La jeunesse, moteur de modernité

Lors de la deuxième journée, le débat portera sur la jeunesse de Tunis, "le rapport entre les gens est parfois violent, les histoires de couple également" remarque Eric Corijn lors de ses passages à Tunis.

Pour Corijn, le statut de la femme à Tunis aussi reste flou "Il y a en même temps une émancipation et une soumission de la femme".

Tunis et la Médina ont fortement changé à travers les années. La révolution de 2011 a aussi eu son impact sur la ville et ses jeunes, à quel point s'agrippent-ils aux traditions? Quel avenir pour eux? Quelle éducation et quels modes de vie?

"Ce qui m'a fortement inspiré à venir ici, à monter ces débats, c'est le fait que la Tunisie soit en réalité le seul pays où le printemps arabe a réussi en quelque sorte, où la démocratie continue d'exister, et c'est surtout la société civile qui prend en main cette démocratie".

Un sujet qui sera traité avec l'intervention de Imed Melliti, sociologue et chercheur.

  • Jour 3- Tunis, une ville-monde? Entre la Médina et la nouvelle ville

Autour de la Medina, s'est construite une ville au modèle du colonisateur. De grandes rues commerciales, des quartiers résidentiels... Une toute autre forme urbaine a pris place. Toutefois, les disparités entre riches et pauvres sont perceptibles par les divisons des quartiers ou alors par l'utilisation des moyens de transport.

Le sujet du troisième atelier scrute donc le rapport de la Medina avec ses alentours, mais aussi avec le reste du monde, "Est-ce une ville mondiale? Garde-t-elle son timbre tunisien? mais surtout: À quel point ce voisinage affecte-t-il la Médina?".

"Quel projet de ville au-delà des divisions et des inégalités? Quelles priorités pour le développement urbain?".
Ce sujet sera abordé d'un angle historique et social, avec l'intervention de Adnen el Ghali, architecte et urbaniste. Un débat auquel le public aussi aura son mot à dire.

  • Jour 4- L'art et la ville

"On reviendra sur l'histoire du festival, sa fonction et son futur," indique Eric Corijn au HuffPost Tunisie.

Pour la journée du 7 octobre, le thème tournera autour de Dream City, avec notamment la présence de Selma et Sofiane Ouissi, les directeurs de l'association "L'Art Rue" et Jan Goossens, directeur artistique de Dream City 2017.

"J'ai une grande estime pour ce festival," déclare Eric Corijn, "d'abord car il tient le coup depuis des années. Deuxièmement, car il a commencé sous la dictature".

Loin des manifestations artistiques classiques, Dream City se penche sur "des problématiques sociales, ce n'est pas qu'un festival esthétique" signale-t-il encore.

  • Comment changer la mobilité urbaine à Tunis?

À l'intérieur de la Medina, pas de place pour les voitures ou aucun autre moyen de transport. Les ruelles sont étroites et on ne peut compter que sur soi. les corps peuvent se heurter, mais on continue à marcher.

Un peu plus loin, dans la ville moderne, c'est une toute autre histoire. Le transport à Tunis constitue un souci majeur et quotidien pour les centaines de tunisiens qui arpentent la capitale.

"C'est une ville de bagnole et le transport en commun est mal conçu" signale Corijn, "l'alternative de ce modèle est inexistante, il n'y a pas de vélo, pas de vélo-moteur".

Ce dernier atelier réfléchit donc sur ces modes de transport, "Comment moderniser la mobilité à Tunis? Comment réduire la place de la voiture? Est-ce que le vélo est la solution?

Des questions auxquelles Eric Corijn, ses invités Stéphanie Pouessel, anthropologue et chercheur, Walid Ben Omrane, chercheur en anthropologie et sociolinguistique, ainsi que le public présent, tenteront de répondre.

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