Égypte: La communauté homosexuelle face à une campagne d'arrestation inédite depuis 2014

Publication: Mis à jour:
21765118_923612551113343_2941289024951814651_N700X
Facebook
Imprimer

HOMOSEXUALITÉ - Un drapeau arc-en-ciel, et l'Égypte voit rouge. C'est une campagne d'arrestation inédite depuis 2014 que vit actuellement la communauté homosexuelle en Égypte.

La série d'arrestations a commencé le 22 septembre dernier, quand deux jeunes hommes ont arboré le drapeau LGBT pendant un concert du groupe libanais Mashrou' Leila. Geste pour lequel ils ont été arrêtés par la police égyptienne rapporte Reuters. Un d'entre eux a depuis été libéré. Depuis le concert, et toujours selon la même source, plus de 30 personnes ont été arrêtées, dont 22 les 4 derniers jours.

Un acharnement qui a encouragé les membres de Mashrou' Leila, plus d'une semaine après les faits, à partager hier un long post sur Facebook dénonçant les persécutions subies actuellement en Égypte par la communauté homosexuelle:

Dans ce texte, ces derniers déclarent avoir choisi de rester silencieux ces dix derniers jours "par peur qu'une déclaration n'empire la situation (...). Il est évident depuis ces dernières 48h que l'État égyptien est déterminé à appliquer les violations aux droits humains les plus acharnées."

Campagne anti-LGBTI

Le groupe considère que les persécutions subies par la communauté LGBTI ont été motivées par "la presse d'État et différents médias indépendants qui ont saisi cette opportunité pour publier des articles abominables faisant la promotion d'un discours haineux tout en divisant la communauté égyptienne".

"Le tout en publiant des informations fausses sur le groupe et les sexualités non-normatives, avec des gros titres incendiaires", dénonce le groupe libanais.

Le groupe est désormais interdit de concert dans ce pays, quelques mois seulement après avoir subi le même sort en Jordanie.

Selon le journal britannique The Times, une des principales institutions religieuses du pays, Al-Azhar, a publié un communiqué comparant la communauté homosexuelle à un "groupe extrémiste". Selon la même source, un des membres du conseil des droits humains égyptien, Salah Salem, a déclaré à la presse: "Il n'y a pas de droits pour les homosexuels dans les pays islamiques. Si l'Occident ne l'accepte pas, on s'en fiche".

Les applications de rencontre comme hameçon

Dans son post Facebook, Mashrou'Leila affirme également que le gouvernement cible les jeunes LGBTI par le biais d'applications de rencontres. Un discours que corrobore la militante des droits de l'homme égyptienne Dalia Abdelhamid au Times. Cette dernière affirme notamment avoir demandé aux administrateurs de ces applications de publier un message d'alerte à destination de leurs utilisateurs égyptiens.

"Si vous êtes inscrits à des applications de rencontre LGBTQ en Égypte ou connaissez quelqu'un qui l'est, supprimez-les. Le gouvernement égyptien est à nouveau en train de les poursuivre"

Une méthode que la police égyptienne semble utiliser depuis déjà plusieurs mois comme le rapporte The Guardian dans un article publié en avril dernier et dans lequel le journal affirme que l'application est utilisée pour "récolter des preuves photographiques, arranger des rendez-vous et piéger les hommes".

22 personnes arrêtées en trois jours

Selon Reuters, depuis dix jours, au moins 33 personnes, parmi lesquelles une femme, ont été arrêtées en Égypte, dont 22 en seulement trois jours. Un chiffre qui pourrait être bien plus important pour Dalia Abdelhamid qui confie au Times que "les raids ne sont pas toujours médiatisés". Les personnes arrêtées sont poursuivies pour "promotion de la déviance sexuelle et la débauche", précise Reuters.

Selon la même source, cinq d'entre eux auraient subi des test anaux qui sont "équivalents à de la torture et n'ont aucune base scientifique", dénonce au Times Najia Bounaim, militante d'Amnesty International.

En 2014, 33 hommes soupçonnés d'être homosexuels avaient été arrêtés dans un hammam du Caire. Une affaire qui avait suscité des réactions internationales, l'arrestation ayant eu lieu devant les caméras d'une émission de télévision égyptienne, qui avait dans la foulée diffusé les images sans flouter les visages de ces hommes. "Accusés d'avoir organisé ou participé à des 'orgies homosexuelles', ils avaient ensuite été innocentés par la justice égyptienne", rappellent nos confrères du HuffPost Tunisie .

En 2001, ce sont 52 hommes qui ont été poursuivis par la justice après un raid dans une boîte de nuit flottante, rappelle The Times. 22 ont été condamnés à trois ans de travaux forcés.

egypt homosexuality

LIRE AUSSI: