Réconciliation nationale: Ouyahia défend l'ENTV, la question de l'article 46 se pose

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OUYAHIA
Photo d'archive | RYAD KRAMDI via Getty Images
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Le Premier ministre Ahmed Ouyahia a défendu dimanche 1er octobre la télévision gouvernementale, critiquée suite à la diffusion d'images choquantes des victimes du terrorisme, arguant qu'il ne faut pas "oublier les martyrs".

"Nos chants patriotiques disent "il ne faut pas oublier les martyrs". Je remercie la télévision nationale d'avoir diffusé ces images. C'était un hommage aux victimes du terrorisme et un rappel aux Algériens quelle que soit leurs orientations politiques", a affirmé M. Ouyahia au microphone de l'ENTV.




La télévision gouvernementale a diffusé vendredi 29 septembre un documentaire intitulé "Pour qu'on n'oublie pas" pour commémorer le 12e anniversaire de la Charte pour la Paix et la Réconciliation Nationale. La première partie du reportage de 33 minutes contient des images des victimes du terrorisme dans les années 90. On y voit des gros plans sur des visages en sang d'enfants morts, des corps déchiquetés par des explosions, des cadavres brûlés et d'autres recouverts partiellement de couettes.

Quelques témoignages de survivants ou de familles des victimes en état de choc ont également été diffusés.

Certaines des images ont été filmées après l'attentat à la bombe dans un cimetière à Mostaghanem où des jeunes scouts célébraient le déclenchement de la guerre de libération, le 1er novembre 1994. Quatre enfants ont été tués. Mais sans évoquer les faits, la première partie de 7 minutes du reportage laisse place à un long montage des discours du président Abdelaziz Bouteflika durant ses campagnes pour la Concorde civile et la Charte pour la Paix et la Réconciliation Nationale.

Les discours du chef de l'Etat sont entrecoupés d'une voix off qui loue les bienfaits de la réconciliation, affirmant à un point: "Le peuple a dit: Nous soutenons [Bouteflika] pour nous mener sur le chemin de la survie".

Les critiques envers l'ENTV ont fusé de toute part. La classe politique, la société civile et des journalistes ont accusé la télévision d'instrumentaliser l'horreur à des fins de propagande pour Bouteflika et pour "faire peur au peuple".

Le président du parti El Mostakbal, Abdelaziz Belaïd, a fustigé le "terrorisme médiatique" de l'ENTV, affirmant que "personne n'a le droit de s'approprier la réconciliation nationale" et rappelant qu'Abdelaziz Bouteflika vivait à l'étranger durant les années 90.

S'adressant à "Si Ahmed", le réalisateur Boualem Ziani a de son côté rappelé qu'en 1998, M. Ouyahia, déjà Premier ministre, a affirmé que le nombre de victimes du massacre de Ramka à Ghelizane ne dépassait pas les 100, avant de déclarer en 2006 que 1000 personnes ont été tuées.

"Et aujourd'hui en 2017, vous remerciez la télévision de son péché et vous dites que nous devons préserver la mémoire", a-t-il indiqué. Et d'ajouter: "Quand avez-vous dit la vérité? En 1998? en 2006? ou en 2017? Ou bien nous ne devrions pas vous prendre en considération?".




Le cinéaste s'est aussi demandé si le documentaire de l'ENTV ne tombe pas sous le coup de l'article 46 de la Charte pour la Paix et la Réconciliation Nationale (lire en fin d'article). Des observateurs ont également affirmé que "l'oubli" dont parle M. Ouyahia a été consacré par ce même article de la loi que le reportage est censé célébrer.

L'Autorité de régulation de l'audiovisuel n'a pas réagi à cette affaire. Lotfi Cheriet, qui a réalisé et fait les commentaires de ce “documentaire”, est également membre de cette instance.

Article 46 de la Charte pour la Paix et la Réconciliation Nationale:

Est puni d'un emprisonnement de trois (3) ans à cinq (5) ans et d'une amende de 250.000 DA à 500.000 DA, quiconque qui, par ses déclarations, écrits ou tout autre acte, utilise ou instrumentalise les blessures de la tragédie nationale, pour porter atteinte aux institutions de la République algérienne démocratique et populaire, fragiliser l'Etat, nuire à l'honorabilité de ses agents qui l'ont dignement servie, ou ternir l'image de l'Algérie sur le plan international.

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