Africa Convergence: Quand l'Afrique se veut plurielle

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AFRICA CONVERGENCE
IBTISSAM OUAZZANI/HUFFPOST MAROC
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CONFÉRENCE - Question migratoire, défi numérique, accès aux financements ou encore dialogue interculturel... Autant de thématiques qui ont été abordées lors de la seconde édition de la conférence internationale Africa Convergence, organisée par La Tribune Afrique et qui s’est tenue ce vendredi 29 septembre à Casablanca. Une édition haute en couleur qui a vu la participation d’une trentaine de panellistes et de quelque 300 participants de différents horizons venus livrer leurs attentes et leurs inquiétudes concernant le continent.

Où peut-on voyager avec un passeport africain ?

Le ton a été donné dès l’ouverture de l’événement. "Il faut arrêter de penser l’Afrique comme une boîte. Nous sommes 54 pays, chacun avec ses spécificités. Il serait vain de croire que l’on représente un seul tout", lance Mo Ibrahim, entrepreneur et président de la fondation éponyme dédiée à la bonne gouvernance sur le continent, à l'occasion du premier panel consacré aux frontières. Des frontières qui entravent toujours la libre circulation des personnes. "Il faut voir la réalité en face, j’arrive à voyager plus facilement dans les pays africains avec mon passeport britannique qu’avec mon passeport soudanais", ajoute le philanthrope.

Comment faire alors pour surmonter le déficit d’intégration et les barrières, qu'elles soient tarifaires ou non, qui entravent la création de marchés suffisamment grands pour permettre le développement de nouveaux champions? La réponse est à chercher au niveau des mentalités à en croire Kabirou Mbodje, fondateur et PDG de Wari, entreprise sénégalaise de transfert d’argent: "Il est difficile de voir des peuples plus individualistes qu’en Afrique. Ailleurs, les gens sont également individualistes, mais il y a un niveau seuil de bien-être en dessous duquel ils se réunissent et mettent en commun leurs efforts pour s’en sortir. En Afrique, un tel niveau n’existe pas et les personnes continuent à se battre au lieu de rassembler, quelle que soit leur situation."

Dépasser le "pacte colonial"

Une vision que ne partage pas forcément Moussa Mara, expert en stratégie et ancien premier ministre malien. Pour lui, les difficultés rencontrées par les pays africains viennent du fait que ces derniers n’arrivent pas à se défaire du "pacte colonial". "Les exportations de plusieurs pays répondent encore aux besoins dictés par l’ancien colonisateur. Il faut dépasser ce pacte et homogénéiser les ressources pour plus de complémentarité", explique ainsi l’ancien dirigeant.

Mais si les nombreux avis présentés lors de ce premier panel ont divergé, c’est presque vers un consensus que se sont dirigés ceux du panel suivant. Et pour cause, la transformation digitale fédère les passions. "L’effet des nouvelles technologies sur le développement en Afrique est indéniable. Elles ont permis à plusieurs jeunes de répondre à des problématiques du continent grâce à des idées innovantes", reconnait Haweya Mohamed DG et co-fondatrice d’Afrobytes, premier hub digital dédié à la technologie africaine en Europe.

Privilégier la piste PPP pour accélérer les projets

Même son de cloche chez Vérone Mankou, PDG de VMK, startup congolaise spécialisée dans les technologies mobiles: "L’Afrique connaît une véritable révolution digitale qui permettra de réduire le retard par rapport à l’Europe", estime le "Steve Jobs" africain qui tempère toutefois ses propos en admettant que cette révolution "n’avance pas au même rythme pour tout le monde".

Car pour pouvoir profiter pleinement des bienfaits de la digitalisation, certains prérequis sont importants. C’est le cas de l’infrastructure, de la gouvernance, mais surtout de l’accès aux financements. En effet, sans argent, impossible de mener à bien les projets à l’heure où les États se montrent frileux pour supporter le coût de chantiers, qu’ils soient "virtuels" ou réels. Une problématique bien connue en Afrique et qui a été le thème d’un autre panel de la conférence Africa Convergence.

Des discussions engagées est ressortie la piste des partenariats public-privé (PPP), une piste privilégiée notamment par le ministre malien de la Promotion de l’investissement et du secteur privé, Konimba Sidibé. Selon ce dernier, "au lieu d’attendre 10 à 15 ans pour réunir les financements nécessaires à la construction d’un pont", il serait plus judicieux d’amoindrir la contrainte financière à travers les PPP "en cooptant des groupes privés". Attention toutefois, tient à préciser le ministre, si ces partenariats "sont utiles et peuvent donner lieu à des miracles, ils peuvent également occasionner des ravages, notamment en cas de montages financiers désastreux". C’est là où intervient la bonne gouvernance pour mener à bien ces montages ou tout autre projet de développement.

Moulay Hafid Elalamy tel que vous ne l’avez jamais vu

Tout en faisant la part belle à ces problématiques d’actualité, Africa Convergence n’a pas oublié de s’intéresser à ce qui fait la vraie richesse du continent: l’humain. À travers un dernier panel, les participants ont pu partager les expériences de personnes dont les parcours sont tout sauf conventionnels. C’est le cas d’Armand Diangienda, pilote de ligne qui se tourne vers la musique après le crash de son avion, fondant au passage l’Orchestre symphonique kimbanguiste de Kinshasa, ou encore de Rachid Benzine, champion français de kickboxing qui a grandi à Trappes et qui devient politologue et islamologue.

À noter que la clôture de l’événement a connu un moment unique en présence du ministre marocain du Commerce, de l’industrie, de l’investissement et de l’économie numérique. Et c’est un Moulay Hafid Elalamy sans artifices et loin du "politiquement correct" qui a conclut, avec philosophie et sagesse, cette 2e édition. Pour la première fois en public, répondant aux questions de François Chignac, éditorialiste à Africanews, le ministre est revenu sur ses sources d’inspiration et les sujets intimes de sa vie, évoquant la perte de son père lorsqu'il était encore enfant, partageant la nostalgie d’une époque "généreuse" révolue, et invoquant l'importance de ne pas privilégier la conquête de l'argent et des biens matériels au détriment des valeurs essentielles.

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