Isabelle Kocher, DG d'Engie: "Nous souhaitons davantage de femmes dans notre réseau africain" (ENTRETIEN)

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ISABELLE KOCHER ENGIE
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ECONOMIE - Directrice générale du groupe Engie et première femme française patronne du CAC40, Isabelle Kocher s'est rendue à Marrakech au sommet Women in Africa le 26 septembre dernier, dans le but de participer à un laboratoire réunissant des experts du secteur de l'énergie en Afrique.

Elle est venue proposer des idées de projets et des solutions aux problématiques des énergies renouvelables et a tenu un discours sur la faible proportion de femmes dans les grandes entreprises. Au HuffPost Maroc, elle explique l'implication d'Engie dans la stratégie énergétique du Royaume et l'importance d'arriver à la parité hommes-femmes dans son réseau au niveau mondial.

HuffPost Maroc: Quels sont les développements et stratégies d’Engie au Maroc?

Isabelle Kocher: Nous sommes présents au Maroc dans les énergies renouvelables, notamment avec le parc éolien de Tarfaya. Engie est également impliqué dans le solaire, avec "Noor Midelt", un projet hybride qui allie du solaire photovoltaïque et du solaire à concentration thermique. Cela permet des solutions de stockage et une utilisation de l'électricité sur une plus grande plage horaire dans la journée et dans la soirée.

Nous menons également des projets de développement des énergies renouvelables plus décentralisés, à travers une réglementation qui existe ici au Maroc, la loi 13-09, qui permet à des producteurs indépendants de produire et de vendre à des consommateurs autres que l’ONEE, par exemple. Cela intéresse des industries, des grands ensembles tertiaires, des nouvelles villes qui peuvent être des centres de production d’énergie décentralisée.

Nous sommes aussi engagés dans une autre stratégie du Maroc sur l’efficacité énergétique: au-delà de produire de l’énergie renouvelable, nous cherchons à la consommer de manière plus pertinente.

Vous avez déclaré, lors de votre conférence, que le Maroc est un parfait exemple de la stratégie globale de votre groupe. Pourquoi?

C’est un parfait exemple de notre stratégie car nous concentrons ici nos efforts autour des "trois D", pour un monde énergétique décarboné, décentralisé et digitalisé. Je suis convaincue que l’efficacité énergétique est un peu le parent pauvre de la transition énergétique. Nous avons ainsi développé des solutions qui permettent parfois d’épargner un tiers de la consommation d’énergie.

Notre business modèle évolue aussi vers du service, qui intègre progressivement production, stockage, interaction locale et vie sur les sites de production d'énergie. L'ancrage territorial apporté par les services conduit à un transfert du savoir-faire, on contribue à la formation d’un certain nombre de jeunes aux métiers techniques.

Nous avons noué aussi plusieurs partenariats ici au Maroc, notamment avec l’Institut de formation des métiers des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (IFMEREE). Ainsi, on souhaite contribuer au développement du pays, de par la nature de nos activités et du besoin du pays en matière énergétique pour concrètement s’ancrer localement.

En tant que patronne d’un grand groupe mondial, quelle est votre politique pour promouvoir le rôle des femmes dans le secteur des énergies?

La communauté qu’est l’entreprise, composée d’hommes et de femmes, doit ressembler le plus possible à la société. C’est la seule façon de comprendre comment le monde évolue, où sont les besoins, et comment se profilent les enjeux. Sinon, on fait de lourds contresens. La parité hommes-femmes est un objectif à atteindre.

Nous développons un large réseau pour que ces femmes puissent, entre elles, échanger leurs expériences, trouver des mentors hommes ou femmes pour les coacher et leur permettre d’atteindre leurs objectifs. C’est avant tout une question de regard sur soi et de confiance. C'est ainsi qu'on accède à des postes stratégiques.

Combien de femmes sont employées chez Engie en Afrique et dans le monde?

Nous avons maintenant 30% de femmes et 350 femmes managers, c’est une belle étape. On s'appuie sur toute une série d’outils pour que ces femmes croient en leur potentiel. Il y a 2.000 femmes dans notre réseau, dont une cinquantaine en Afrique. C’est conséquent mais nous souhaitons bien sûr qu’il y en ait davantage.

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