"UNCANNY": L'exposition tunisienne qui examine "l'étrange"

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Il s'agit certainement d'une des expositions les plus mystérieuses de cette rentrée en Tunisie!

Derrière ce titre évocateur – traduisible depuis l'anglais par "étrange", "mystérieux", ou encore "inquiétant" – "UNCANNY" tente d'ausculter l' "omniprésence de la peur dans la vie contemporaine". Une crainte qui se voit de nos jours, "de plus en plus flottante et sans ancrage", pour reprendre les mots d'Ymen Berhouma, instigatrice et commissaire de l'exposition avec Yosr Ben Ammar.

Elle présente ainsi les travaux (sculptures, photos, dessins, peintures et gravures), pour la plupart inédits, des artistes Intissar Belaïd, Fares Thabet, Mohamed Ghassan, Ibrahim Màtouss, Omar Bey, Abdesslem Ayed, Yesmine Ben Khelil, Moez Akkari, Marlo Kara et Seifallah Darghouth.

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Si certains marquent déjà la scène actuelle locale d'autres, moins connus sur le marché, y sont ici mis en avant. "Il y a certains artistes que j'ai toujours suivi car je suis aussi bien galeriste qu'amatrice d'art, je collectionne. Pour beaucoup je ne les ai jamais représentés mais j'ai déjà eu affaire à eux, ou j'ai acheté leurs travaux, j'aime leur univers, leur esprit, travailler avec eux. Certains exposent pour la première fois comme Fares Thabet, que nous voulions mettre en avant", précise Yosr Ben Ammar, au HuffPost Tunisie.

Le plasticien et street artist français Alexandre Bavard, lauréat du prix Révélation Jeunes Talents Art Urbain du Palais de Tokyo à Paris, est également à l'honneur avec une performance intitulée "NOOS".

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En accord avec son thème, l'événement prend place dans un lieu nouveau à l'atmosphère intimiste, en rupture avec la froideur des espaces d'exposition traditionnels. "C'est un nouvel espace, il ne s'agit pas de ma galerie mais d'un endroit que j'investis pour quelque temps. C'est d'ailleurs ce que j'ai fait au 32Bis notamment, je ne veux plus avoir l'esprit de galerie fixe", commente Yosr Ben Ammar.

Orienter le public tunisien vers une nouvelle conception de l'art

Le choix du thème de l'étrange pour cette exposition se révèle une véritable prise de risque, celui de défier une conception traditionnelle de l'art, au service d'une esthétique avant tout plaisante.

"J'ai déjà assuré le commissariat de plusieurs expos et je me suis rendue compte en tant qu'artiste aussi, que les thèmes choisis ne me plaisaient pas toujours. J'ai rencontré le mot 'uncanny' dans un livre, j'ai aimé cette idée et je me suis tout de suite dis que mon projet aurait pour thème l'inquiétante étrangeté", explique Ymen Berhouma au HuffPost Tunisie.

"C'est un thème qui n'est pourtant pas très aimé des Tunisiens, qui recherchent le beau, le lisse, ils sont encore dans l'idée d'un art décoratif et je pense qu'il faut un peu casser cela car l'artiste n'est pas là pour amuser ou produire du 'beau', qui reste encore à définir d'ailleurs", poursuit-elle.

Une recherche du "beau" qui ne semble plus tout à fait en accord avec notre temps, comme nous l'explique l'artiste et commissaire d'exposition: "Il faut regarder le monde actuel! Il y a des attentats dans le monde entier, le risque est autant présent à Paris qu'à Tunis. L'idée d'angoisse est généralisée, donc pourquoi devons nous encore faire des couleurs joyeuses ou attractives, il faut rompre avec cela, il faut que les gens s'engagent réellement dans le sentiment et l'intimité de l'artiste."

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"NOOS" ou quand l'étrange abolit les frontières

Véritable clou de l'exposition, l'œuvre chorégraphique signée Alexandre Bavard – interprétée par le jeune danseur Ahmed Tayhâa, produite par Élise Blondet et organisée par Ymen Berhouma – met en mouvement "la gestuelle et la liberté de la signature en rue en s'inspirant de la richesse et de la culture tunisienne".

"Il y a d'abord un voyage, la Tunisie. Son climat, son architecture et ses couleurs: le bleu et le blanc présents dans les rue de Sidi Bou Saïd. Il y a aussi le vent des plages qui sculpte les voiles des femmes qui marchent. Noos est un mélange de cultures; celle de Paris et celle vécue et fantasmée de la Tunisie", explique Alexandre Bavard.

Spécialement adaptée à la Tunisie donc, l'œuvre vivante fait écho – tout comme "Bulky" son interprétation initiale pour le Palais de Tokyo à Paris – aux réalisations d'art urbain du grapheur. "Le chèche, le turban du Touareg celui qui protège mais aussi celui qui cache et rend anonyme, autant de liens avec la pratique illégale du graffiti. Les costumes, réalisés sur place, sont à voir comme des peintures vivantes s'agitant aux rythmes tribaux de la musique V.O.L, coréalisée avec Douster", poursuit Alexandre Bavard.

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Légende: Répétitions avec Alexandre Bavard et Ymen Berhouma sur la photo

L'exposition UNCANNY se tient du 29 septembre au 21 octobre prochain, 45 rue Tanit à Gammarth.

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