Au Maroc et en Afrique, L'Oréal veut croire en l'empowerment féminin (ENTRETIEN)

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ARGAN DURABLE
Pour le programme "Argan durable", la Fondation dit soutenir des femmes de six coopératives d'argan, dans le sud-ouest marocain, à produire l'huile qui leur est racheté pour entrer dans la composition des produits cosmétiques. | l'Oréal Maroc
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ÉCONOMIE - En marge du sommet Women in Africa, qui s'est tenu du 25 au 27 septembre à Marrakech, où elle est intervenue pour parler d'empowerment féminin, Alexandra Palt, directrice du développement durable de L'Oréal et fraîchement nommée directrice de la fondation, détaille au HuffPost Maroc les engagements menés pour innover et produire durablement en Afrique et au Maroc.

Le HuffPost Maroc: Depuis votre nomination à la tête de la Fondation L'Oréal, quels orientations et directives allez-vous suivre?

Alexandra Palt: Nous avons de très beaux projets à mener, mais le plus important pour nous est d'accompagner les femmes dans le domaine scientifique car il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour augmenter leur nombre, même si nous serons toujours nettement moins nombreuses que les hommes. Le programme "For Women in Science", que nous avons lancé en partenariat avec l'UNESCO, et qui permet à des femmes émérites de faire aboutir leurs projets scientifiques, propose une bourse depuis 11 ans au Maroc. Nous l'avons élargie au Maghreb car il existe en Afrique du Nord une multitudes de femmes scientifiques qui peuvent réellement changer les choses.

L'économie sociale et solidaire est au coeur des actions que L'Oréal mène en Afrique, pourquoi un tel choix?

Quand les femmes commencent une activité économique, en général, celle-ci est toujours sociale et solidaire. Ce modèle économique est une invention féminine, et il faut être réaliste, ça profite à leur familles, aux maris et à toute leur communauté en général. Nous appelons d’ailleurs les hommes à s’engager avec nous, car la réponse à une société qui fonctionne de manière apaisée est la mixité. C'est une transformation économique dans laquelle L’Oréal est très engagé et que nous soutenons pour offrir aux femmes africaines d'avantage de pouvoir et d'autonomie. Aujourd’hui, au Maroc, il y a un énorme levier dans ce type d’économie et nous travaillons à le développer davantage auprès des femmes marocaines.

Qu'apportez-vous en matière d'expertise et de soutien à ces femmes?

On les soutient dans le développement de leurs activités économiques en laissant de côté l'associatif ou le philanthropique: on utilise les outils business, on leur apprend à gérer une activité. Pour notre programme "Argan durable", par exemple, nous aidons des femmes de six coopératives d'argan dans le sud-ouest marocain à produire l'huile qu'on leur rachète pour nos produits cosmétiques. Cela augmente leurs revenus en leur donnant la possibilité de s’organiser autrement, de bénéficier d'un système de protection de santé, de cours d’alphabétisation mais aussi d'envoyer leurs filles à l'école. Un empowerment économique qui transforme donc leur vie, tout en respectant la biodiversité locale et les enjeux environnementaux. Mais je ne veux cependant pas trouver toutes les femmes en économie sociale et solidaire, il faut qu'on en trouve partout, en politique, dans les entreprises, dans les postes à responsabilité...

argan durable

Le Maroc et L'Oréal sont pilotes d'un programme intitulé "Beauty for Better Life", en quoi consiste-t-il ?

C'est un programme de beauté solidaire lancé au Maroc en 2014, soutenu par la Fondation Lalla Salma et qui a deux piliers: la beauté pour se sentir mieux et la beauté pour s’en sortir mieux. Pour s’en sortir mieux, nous aidons les femmes dans une situation sociale ou économique très précaire, souvent des victimes de violence, de prostitution et sans activité professionnelle, en mettant à leur disposition des formations aux métiers de la beauté. Pour se sentir mieux, nous avons créé des ateliers de socio-esthétique dans les CHU de Casablanca et Rabat, qui apportent des soins à des femmes malades de cancer. Elles suivent leur traitement médical et, en parallèle, elles viennent se faire masser, se détendre, on leur apprend à se sentir mieux, à dessiner un sourcil par exemple. Les femmes ont parfois juste envie de venir discuter et se sentir écoutées, elles ont beaucoup à raconter.

beauty for better life

Comptez-vous reconduire l'initiative de ce programme dans d'autres villes?

Absolument. D'ici fin novembre, nous allons développer la formation sur Marrakech et Fès dans d'autres CHU et maisons de vie, et nous agrandissons nos équipes de socio-esthéticiennes formées également dans le cadre de ce programme. Les ateliers socio-esthétiques sont devenus des rendez-vous incontournables qui réunissent près de 3.000 femmes par an en moyenne. Nous sommes très fiers de ce projet en pleine expansion.

Votre visite au Maroc intervient quelques jours après la disparition de l'héritière et première actionnaire du groupe L'Oréal. Selon vous, à quels changement peut-on s'attendre au sein du groupe L'Oréal?

Nous regrettons beaucoup Mme Bettencourt, qui était pour nous tous une grande dame. Il y a beaucoup d’émotions bien sûr suite à sa disparition, et nous pouvons compter sur la sagesse et la bienveillance de la famille Bettencourt pour la continuité de l’entreprise familiale.

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