S'ils devaient choisir, près de 6 Tunisiens sur 10 choisiraient la prospérité économique à la démocratie, selon une étude de l'IRI

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TUNISIA
People walk past a clothes shop in Tunis, Tunisia, April 25, 2016. REUTERS/Zoubeir Souissi | Zoubeir Souissi / Reuters
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POLITIQUE- L'International Republican Institute (IRI) -organisation politique américain- a publié mardi une étude nationale d'opinion publique en Tunisie. L'étude revient sur différentes perceptions qu'ont les Tunisiens de leur pays.

Le chômage en tête

Selon cette étude, à la question: "Quel est selon vous, le plus grand problème économique que traverse la Tunisie?", 44% des Tunisiens ont répondu que le chômage constituait le plus grand problème, suivi de la crise financière pour 24% des sondés.

La corruption n'arrive qu'en 3ème position avec seulement 12% des sondés qui pensent qu'il s'agit du plus gros problème économique touchant le pays.

Parmi les priorités économiques que doit avoir le gouvernement, 32% des sondés ont estimé que la lutte contre le chômage devrait être la priorité de l'équipe de Youssef Chahed.

Pour 15% des Tunisiens sondés, le maintien d'un niveau de vie décent arrive en deuxième position, suivi de l'emploi des jeunes et de la lutte contre la corruption pour 10% des sondés.

Selon ce sondage, 87% des personnes interrogées trouvent que la situation de la Tunisie est "mauvaise" ou "très mauvaise", mais beaucoup font preuve d'optimisme pour l'avenir. Ainsi 35% d'entre eux estiment que la situation économique du pays sera meilleure l'année prochaine, 38% pensent que la crise pourrait empirer, alors que 22% pensent que la situation restera identique.

La démocratie battue par la prospérité économique

À la question: "Si vous ne pouviez avoir qu'une seule chose parmi les deux, ce serait: un système gouvernemental démocratique ou une économie prospère?", 42% des Tunisiens sondés ont répondu: "La prospérité économique est sans aucun doute plus importante pour moi".

Au total, 66% des Tunisiens sondés ont fait le choix de la prospérité économique au détriment de la démocratie.

Une plus grande présence du secteur privé

Interrogés sur le "meilleur système économique" à leurs yeux, 54% des sondés estiment que le secteur privé doit jouer un rôle important sous le contrôle du gouvernement, qui doit s'assurer que les lois sont bien respectées.

Seulement 27% des sondés estiment que le meilleur système économique est celui où l'État et le secteur public jouent un rôle majeur.

Les indicateurs économiques locaux au même niveau que les indicateurs nationaux

Selon les sondés, le plus grand problème auquel leurs communautés font face est le chômage (42%). Selon eux, le meilleur moyen de créer de l'emploi dans leurs régions est l'investissement (pour 52%). 35% pensent que les jeunes investisseurs sont les plus à même de créer de l'emploi et d'investir dans leurs régions, tandis que 30% estiment que seules les grandes entreprises en sont capables.

66% des sondés estiment que leur région est un bon endroit pour faire des affaires.

Parmi les secteurs que les personnes interrogées souhaitent voir dans leurs régions, arrive en premier les services de santé et d'équipements pour 43% d'entre eux, suivi du tourisme et de l'artisanat et de l'éducation pour 29% .

Parmi ce qu'ils ne souhaiteraient pas voir dans leurs régions, arrive en premier les industries minières et pétrolières pour 18% des sondés puis les BTP pour 10% d'entre eux.

Selon les personnes interrogées, plusieurs obstacles pourraient faire barrage à la venue d'investisseurs dans leurs régions, à savoir l'infrastructure locale inadaptée, le manque de sécurité, le manque de capital humain compétent, ou encore la corruption locale.

Une situation économique tendue pour les ménages

Interrogés sur la situation économique de leurs ménages, 39% des personnes estiment que l'alimentation représente la part la plus élevée de leur budget mensuel, suivie des soins médicaux pour 13% d'entre eux.

48% des sondés pensent qu'ils sont moins bien payés que ce qu'ils attendaient par rapport à leur niveau d'éducation et à leur background.

S'agissant des factures à payer, 50% des sondés ne sont pas sûrs de pouvoir le faire à chaque mois. Pire encore, 53% des personnes interrogées affirment ne pas pouvoir payer une facture inattendue de 250 dinars, si jamais ils sont amenés à le faire.

Les Tunisiens et les élections municipales

Selon ce sondage de l'IRI, 41% des personnes interrogées n'iront pas voter aux élections municipales, le taux le plus élevé relevé par l'IRI depuis novembre 2015.

Concernant les intentions de vote, 83% des sondés affirment ne pas savoir ou ne veulent pas répondre pour qui ils comptent voter.

Si l'intention d'aller voter aux prochaines élections municipales ne semble pas générale, 62% des personnes interrogées estiment que des conseils municipaux et régionaux élus démocratiquement avec un pourvoir de décision, offriront de meilleurs services aux citoyens. 57% des sondés pensent que cela entraînera une amélioration de leur situation économique et 51% estiment que cela entraînera moins de corruption.

L'infrastructure routière et l'accès à l'eau, principales priorités

Selon les sondés, la priorité des élus locaux devra être concentrée sur les routes pour 27% d'entre eux. L'accès à l'eau arrive en deuxième position pour 21% des sondés. Enfin, la troisième priorité est l'évacuation efficace des eaux pluviales pour 17% des personnes interrogées.

La corruption

89% des Tunisiens interrogés ont indiqué que la corruption a augmenté depuis la révolution.

17% d'entre eux ont affirmé avoir été personnellement victime de la corruption dans un hôpital, 13% ont indiqué l'avoir subi par la police de la circulation et 10% par la municipalité.

Selon les personnes interrogées, les pots-de-vin seraient la forme de corruption la plus courante pour 32% des sondés. Pour 26% d'entre eux c'est le vol ou la mauvaise gestion volontaire des fonds qui représente la forme la plus courante de corruption.

Baromètre politique

49% des sondés ont affirmé avoir une opinion défavorable au président de la République Béji Caid Essebsi contre seulement 15% qui disent en avoir une opinion favorable.

C'est un peu moins prononcé pour le chef du gouvernement Youssef Chahed car 36% des personnes interrogées affirment avoir une opinion défavorable. Cependant 21% d'entre eux en ont une opinion favorable.

Concernant la perception des partis politiques, 54% des personnes interrogées ont affirmé ne croire aucun parti capable de combattre la corruption. 54% des sondés estiment également qu'aucun parti politique n'est capable de relancer l'économie nationale.

Méthodologie

Les données ont été récoltées entre le 11 et le 17 août 2017 par des interviews en face à face.

1226 Tunisien(ne)s âgés de 18 ans et plus ont été interrogés, entre Sidi Hassine dans la banlieue de Tunis, Mahdia et Kairouan.

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