Hamid El Mahdaoui suspend sa grève de la faim et dépose plainte

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HIRAK
Relatives of the leaders of Morocco's Hirak protest movement shout slogan outside the Casablanca tribunal, Morocco September 12, 2017. REUTERS/Youssef Boudlal | Youssef Boudlal / Reuters
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HIRAK - Le directeur et rédacteur en chef du site Badil.info, Hamid El Mahdaoui, a suspendu sa grève de la faim, entamée il y a deux semaines dans la prison locale d’Al Hoceïma. L’information rapportée par ce site, relayant les propos de sa femme Bouchra El Khounchafi, précise que cette suspension de la grève de la faim n’est, cependant, pas définitive.

Hamid El Mahdaoui a pris sa décision pour ménager sa santé "dont les signes de détérioration commencent à apparaître", explique sa femme, mais aussi pour répondre à l’appel du comité d’avocats assurant sa défense et de ceux qui le soutiennent. Cette suspension est également légitimée, selon la même source, par la volonté de Hamid El Mahdaoui de réduire l’impact psychologique de sa détention et sa grève de la faim sur ses enfants.

Une suspension qui n’est pas définitive, car le journaliste entend bien la reprendre si sa condamnation ne fait pas l’objet d’une révision. "Il va déposer une plainte pour dénoncer toutes les défaillances constatées lors de son procès", déclare au HuffPost Maroc la coordinatrice adjointe du comité de soutien aux journalistes détenus, Khadija Ryadi.

Le comité réunissant également les avocats a justement mis la lumière, lundi à Rabat, lors d’une conférence de presse, sur les "dérives du procès" dont a fait l’objet Hamid El Mahdaoui. Les avocats pointent du doigt la procédure et les pièces à charge contre leur client, insistant notamment sur "la falsification des procès-verbaux dans lesquels Hamid El Mahdaoui aurait fait des aveux". Le comité de défense annonce avoir entamé la procédure de dépôt d’un recours pour dénoncer ces derniers et sollicité, par la voie de lettres, des rencontres avec les responsables d’organismes de droits de l’Homme et de départements concernés.

Hamid El Mahdaoui avait été condamné à trois mois de prison ferme assortie d’une amende de 20.000 dirhams, le 25 juillet dernier, après avoir été reconnu coupable d’"incitation d’individus à commettre des délits par des discours et des cris dans des lieux publics". Une peine alourdie à un an de prison ferme par la cour d’appel le 12 septembre, date à laquelle il a entamé sa grève de la faim.

Une inquiétude qui prend de l'ampleur

Un autre journaliste détenu à Oukacha dans le cadre des événements d’Al Hoceima, Rabii Al Ablaq, avait lui aussi suspendu sa grève de la faim à la demande de son avocate, après son transfert, le 1er août dernier, à l'hôpital de Casablanca au bout de 38 jours. "Il l’a, malheureusement, reprise. Son état de santé, aujourd’hui, est très grave", s’inquiète Khadija Ryadi.

Inquiétude exprimée également par un comité de 9 avocats qui a rendu visite, lundi, à une dizaine de détenus du Hirak, dont Rabii Al Ablaq. "Ils nous ont assuré qu’ils poursuivront la grève de la faim. Rabii Al Ablaq, Nabil Ahmjik et Badr Eddine Boulahjal nous ont précisé qu’ils ne s’aliment plus depuis six jours", indique l’avocat Mohamed Aghnaj sur sa page Facebook. Ce dernier ajoute que "même si, dans leur majorité, ils refusent de se montrer épuisés, leur apparence les trahit".

Pas plus tard qu’hier, l’Observatoire marocain des prisons (OMP) a aussi tiré la sonnette d’alarme quant à l’état de santé des grévistes de la faim, non seulement dans la prison de Casablanca, mais aussi celles de Fès, Taza et Taourirt où de nombreux détenus du Hirak ont été transférés.

L'OMP a mis en garde les fonctionnaires administratifs, judiciaires, de sécurité et autres à "tenter d'utiliser toute forme de pression ou de menace contre les grévistes". Il a également appelé la Délégation générale de l'administration pénitentiaire et de la réinsertion (DGAPR), ainsi que la direction de la prison de Oukacha à assurer une veille constante en surveillant la santé des détenus grévistes et à leur garantir "l'intégrité physique et psychologique" en veillant, si nécessaire, à leur droit à l'hospitalisation.

Action, réaction de la DGAPR

Une mise au point de la DGAPR ne s'est pas fait attendre. Relayée par la MAP, ce mardi, la direction de la prison locale Ain Sebaa 1 y dénonce des "allégations" diffusées par des sites électroniques, les réseaux sociaux, mais aussi par "certains avocats et ceux prétendant travailler dans le cadre des droits de l'Homme". L'administration pénitentiaire dit vouloir "éclairer et clarifier les faits" en publiant cette mise au point où elle déplore le recours des parties mentionnées à "la méthode d'incitation et de confusion systématique, sans aucune considération pour l’intérêt des détenus concernés".

Ainsi, la direction de la prison locale Ain Sebaa 1 indique que le détenu (N.A) du troisième groupe (3 prisonniers) parmi les détenus dans les événements d’Al Hoceima a déposé, le 20 septembre, un préavis indiquant qu'il a entamé une grève de la faim pour des raisons indépendantes des conditions de sa détention dans l'établissement. Et d'ajouter que les prisonniers (R.A) et (M.J) ont fait savoir, le 25 septembre, par voie orale à la direction qu’ils ont entamé une grève de la faim en raison de l’affaire à l'origine de leur détention.

La direction de la prison locale Ain Sebaa 1 dément également que "les prisonniers qui accompagnent (N.Z)" soient en grève de la faim affirmant qu'ils "prennent leurs repas présentés par l'établissement ou fournis par leurs familles".

Un deuxième groupe de 31 prisonniers "consomme des denrées alimentaires diversifiées et pouvant être stockées, qu’ils reçoivent lors des visites familiales successives", précise la même source. Et de souligner qu'aucun d'entre eux n'a présenté de préavis pour participer à la grève de la faim, de même que les examens de la pression artérielle, du taux de la glycémie et du poids "contredisent clairement le fait que ces personnes sont en grève de la faim".

L'administration de la prison locale d'Ain Sebaa 1 avait auparavant publié, le mercredi 13 septembre, un communiqué dans lequel elle démentait toute grève de la faim qu'observeraient les détenus du Hirak. La DGAPR a affirmé, par ce biais, qu'"elle n'a pas été saisie ni par écrit, ni verbalement d'annonces faisant état de l'observation d'une grève de la faim par ces détenus". "Les pensionnaires prennent leurs repas régulièrement et reçoivent des provisions de leurs familles à l'occasion des visites hebdomadaires", a-t-elle précisé.

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