Sages-femmes: Pourquoi tant de haine?

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Un mouvement de protestation général a été observé aujourd'hui, lundi 25 septembre, chez le personnel de la santé, les sages-femmes notamment, dans plusieurs hôpitaux à travers le pays pour protester contre ce qu'elles qualifient de campagne de dénigrement suite au décès de M. Derbali, jeune parturiente au mois de juillet dernier à Djelfa.

Le mouvement de protestation a été largement suivi dans plusieurs wilayas du pays, comme en témoignent des photos postées et largement partagées sur les réseaux sociaux.
Prises à partir de l'hôpital de Tipaza, Tebessa ou même Skikda, ces photos de sages-femmes ont été assaillies de commentaires négatifs.

Pourtant c'est justement cette «haine» rencontrée par le personnel médical que dénoncent les protestataires.

"Le personnel médical a toujours été critiqué, mais depuis la mort de la jeune femme décédée lors de son accouchement le 25 juillet dernier à Djelfa, la haine s'est déchaînée contre nous", déclare SB, gynécologue obstétricienne à l'hôpital de Boumerdes rencontrée ce matin au sit-in à l'hôpital Mustapha.

Il est vrai que, après cet incident, de nombreux médias ont accusé les sages-femmes d'être responsables des décès et des défaillances dans les services maternité des hôpitaux du pays.

Une responsabilité qu’elles refusent de porter seules. SB, sage-femme explique que lorsqu'une femme a un accouchement difficile, elle blâme directement le personnel médical, sans réaliser qu'il n'est pas le seul responsable des mauvaises conditions.

"J'ai vu de mes propres yeux des vers sur les chaises d’accouchement et ce n'est pas de notre faute si le ministère de la Santé ne fait rien pour y remédier. Lorsqu'il y a des décès, les patients ne se rendent pas compte que nous sommes aussi impuissants qu'eux."

Pour S, qui exerce actuellement à l'hôpital Mustapha à Alger, la situation est devenue tellement critique qu'elle dit avoir "honte de dire qu'elle est sage-femme".

Le personnel médical déplore également les conditions de travail subies, la charge de travail et le manque d'effectif. Un manque de personnel qui a été fatal à la parturiente décédée à Djelfa, puisque Madame Ouali, la gynécologue qui devait être de garde ce jour-là était en congé "non-officiel".

Parmi les protestataires présents au sit-in de protestation à l'hôpital Mustapha, Souad B. gynécologue à l'hôpital de Boumerdès dénonce la détention provisoire de Madame Ouali et la qualifie d'abusive. Portant un badge "Médecins en colère" et brandissant une pancarte, elle demande la libération de la gynécologue inculpée et qui risque deux ans de prison.

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Souad B. estime que la détention provisoire du Docteur Ouali n'est pas justifiée puisqu'elle ne représente aucun danger et n'a rien d'une "criminelle". Pour elle, aucun médecin ne peut sauver tous ses patients et les décès "font partie du métier".

"Le risque zéro n'existe pas, aucun médecin ne veut tuer ses patients. Nous faisons notre maximum pour les sauver et nous ne méritons pas d'être traités comme des délinquants."

La gynécologue surenchérit : "Depuis cet incident, nous vivons dans la peur et nous exigeons de travailler dans un espace sécurisé et plus serein”. Elle ajoute qu'en une semaine, elle a été victime de deux agressions pendant ses heures de travail.

Le mouvement de protestation qui a commencé aujourd'hui devrait se poursuivre "jusqu'au rétablissement de leur situation et l'amélioration des conditions de travail". Ils espèrent retrouver une meilleure réputation dans l'opinion publique et cesser d'être accablés pour toutes les défaillances présentes dans le système de santé algérien.