Jour historique en Irak, où plus de 3 millions de Kurdes votent pour leur indépendance

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IRAK
A man arrives to vote during Kurds independence referendum in Erbil, Iraq September 25, 2017. REUTERS/Ahmed Jadallah | Ahmed Jadallah / Reuters
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C'est un jour déterminant pour les Kurdes d'Irak, après près d'un siècle de lutte. Ce lundi 25 septembre au matin, ils ont commencé à voter pour leur indépendance lors d'un référendum qui doit ouvrir la voie à un État.

Le scrutin, initié par le président kurde Massoud Barzani, se tient non seulement dans la région autonome du Kurdistan (nord de l'Irak), qui comprend les provinces d'Erbil, Souleimaniyeh et Dohouk, mais aussi dans des zones que se disputent les Kurdes et le gouvernement central irakien.

Les images de l'agence kurde Rudaw ont montré Massoud Barzani, souriant et en habit traditionnel, aller voter tôt dans la matinée.

À Erbil, devant le plus important centre vote, une vache a été égorgée avant le début du vote alors qu'une longue file de votants en habit traditionnel attendait l'ouverture des bureaux. "J'ai apporté cette vache car aujourd'hui c'est la naissance de l'État car c'est la tradition d'égorger une vache lors des naissances", a assuré Dalgach Abdallah, un avocat 27 ans.

"Je suis venu très tôt pour être le premier à voter pour l'État kurde. C'est une fête aujourd'hui. C'est pour cela que j'ai mis l'habit traditionnel que j'ai acheté pour l'occasion", a déclaré Diyar Aboubakr, 33 ans, un travailleur journalier.

"Mon collègue a qualifié le référendum au Kurdistan de 'naissance d'un nouveau pays', alors que nous étions auprès des Kurdes allant voter à Erbil"


Plus de 5 millions d'électeurs

Les bureaux de vote doivent rester ouverts jusqu'à 18 heures (17 heures à Paris) pour permettre aux 5.375.000 inscrits de se prononcer. Au total, 12.072 bureaux de vote sont installés dans la région autonome du Kurdistan et dans des zones que se disputent les Kurdes et le gouvernement central irakien.

Ainsi, dans la riche province pétrolière de Kirkouk et dans celle de Ninive dans le nord du pays, comme dans celles de Dyala et de Salaheddine, au nord de Bagdad, plus de deux millions d'électeurs sont appelés à se rendre dans les 4869 bureaux de vote, selon la commission électorale. À Kirkouk, les mosquées ont lancé du haut des minarets des appels à aller voter.

Les résultats initiaux seront annoncés 24 heures après le scrutin. S'ils ne font aucun doute -la majorité des Kurdes étant acquis au "oui"-, Massoud Barzani a prévenu que le vote ne n'entraînerait pas immédiatement l'annonce de l'indépendance mais plutôt le début de "discussions sérieuses avec Bagdad".

"Quel que soit le risque et le prix"

Cette consultation constitue toutefois un pari risqué car le Premier ministre irakien, Haider al-Abadi, a clairement fait savoir qu'il prendrait "les mesures nécessaires" pour préserver l'unité du pays. Des pays voisins comme la Turquie et l'Iran, inquiets de voir leurs minorités kurdes suivre cet exemple, ont aussi menacé de représailles.

Les Kurdes, partagés entre l'Irak, la Syrie, l'Iran et la Turquie, n'ont jamais accepté le traité de Lausanne de 1923 qui les privait d'un État indépendant sur les dépouilles de l'empire ottoman.

Lors d'une conférence de presse dimanche dans sa capitale d'Erbil, Massoud Barzani s'est montré inflexible. "Nous nous attendons à des réactions d'un côté ou de l'autre, mais nous en sommes venus à une conviction: quel que soit le risque et le prix, c'est mieux que d'attendre un sombre destin", a-t-il clamé.

Il a toutefois souligné qu'une victoire du "oui" ne serait que le début "d'un long processus" vers l'indépendance et qu'il était prêt à négocier avec Bagdad les frontières de son État.

Les menaces des pays voisins

Intervenant au même moment depuis Bagdad dans un discours solennel, le Premier ministre irakien a refusé le divorce. "Prendre une décision unilatérale affectant l'unité de l'Irak et sa sécurité ainsi que la sécurité de la région avec un référendum de séparation est contre la Constitution et la paix civile", a-t-il insisté.

Un peu plus tôt dans la journée, parmi les pays voisins, l'Iran avait pris une première mesure de rétorsion en interdisant jusqu'à nouvel ordre tous les vols avec le Kurdistan irakien, à la demande du gouvernement de Bagdad.

La Turquie, elle, a déjà averti que les représailles auraient des volets "sécuritaire" et "économique", pendant que son armée a intensifié ses manœuvres à la frontière.

Le gouvernement irakien a demandé dimanche à tous les pays de ne traiter qu'avec lui pour toutes les transactions pétrolières. Le Kurdistan produit en moyenne 600.000 barils par jour dont 550.000 b/j sont exportés via Ceyhan en Turquie.

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