Abid Briki lance une initiative politique pour rassembler "toute la gauche"

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Dans une interview accordée à radio Express FM, l'ancien ministre de la Fonction publique et de la gouvernance, Abid Briki, a annoncé le lancement d'une initiative politique visant à regrouper la gauche. "Je ne vise pas le Front Populaire dont je respecte beaucoup le travail. Aujourd'hui, il existe des politiciens de la gauche qui n'appartiennent à aucun parti. Notre initiative les accueille" a-t-il déclaré en ajoutant "J'ai contacté plusieurs personnalités dont des députés indépendants, des anciens ministres ou encore des jeunes du mouvement 'Manich Msemah', et ils ont tous affirmé qu'il sont tout à fait prêts à se rallier à notre initiative".

Briki a également déclaré qu'il ne compte pas créer un parti ou un front, mais seulement un mouvement dans le cadre d'une initiative de discussion entre tous ceux qui partagent les idées de la gauche.

Abid Briki estime que la Tunisie assiste à un rétablissement de l'ancien régime à travers l'alliance de Nidaa Tounes et d'Ennahdha, ce qui va à l'encontre des objectifs de la révolution "Notre principale mission sera d'évaluer ces 7 dernières années et répondre à des questions que tout le monde se pose à l'heure qu'il est. Est-ce que la révolution a abouti au rétablissement de l'ancien régime? Accepter ce rétablissement est-il la solution à la crise économique?" s'est-il interrogé.

"Nous ne nous baserons sur aucune idéologie, notre programme sera très simple. Un programme qui répondra aux attentes de la population défavorisée ou déçue par l'après-révolution" a-t-il déclaré.

Quant à sa lecture du dernier discours du président Béji Caid Essebsi, Abid Briki a estimé que l'objet principal du discours était d'affirmer publiquement et implicitement le ralliement d'Ennahdha à toutes les initiatives du président, y compris celles d'ordre religieux comme l'égalité dans l'héritage, ou encore le mariage d'une Tunisienne avec un non-musulman. Cela se confirme par l'absence de prise de position officielle d'Ennahdha face aux décisions récemment prises par le président Essebsi.

"Béji Caid Essebsi avait une vision très claire, rallier Ennahdha et remettre des personnalités du régime Ben Ali dans des postes de ministres, à travers le dernier remaniement ministériel" a-t-il déclaré en estimant que les résultats des élections législatives et présidentielles seront connus d'avance si jamais la scène politique ne change pas.

"Le discours de Béji Caid Essebsi m'a rappelé le pacte national annoncé par Ben Ali le 7 novembre 1987, qui a inclus tous les partis, y compris Ennahdha. Ceci avait créé une course au pouvoir qui a fini par créer la gauche. On a ensuite assisté à une fusion du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD) et du Parti Socialiste Destourien. Aujourd'hui, c'est quasiment le même scénario qui se répète" déclare Briki.

Quant à la situation économique du pays, Briki a déclaré qu'il n'était pas contre les aides du FMI. "Il faut s'endetter, mais il faut aussi être conscient que le FMI, afin de garantir la solvabilité de la Tunisie, ne proposera pas des recommandations qui serviront nos intérêts. Donc il ne faut pas banaliser cette pratique d'endettement auprès du FMI" a-t-il prévenu.

Il a également dénoncé l'impossibilité de suspendre les recrutements dans la fonction publique jusqu'en 2020, comme l'avait annoncé Youssef Chahed dans son programme de développement, soulignant par l'occasion l'importance de la mise en place d'un fonds spécial pour les allocations d'assurance-chômage.

Briki a par ailleurs dénoncé le dysfonctionnement des caisses de compensation qui bénéficient aussi bien au chômeur qu'au salarié, chose qu'il trouve contraire au principe d'égalité. "Ce mécanisme doit prendre en compte les revenus de chaque famille en faisant bénéficier les plus défavorisées de la compensation, et en levant cette dernière aux familles non nécessiteuses" a-t-il ajouté.

Concernant la loi de finances 2018 qui est en cours de discussion, Briki a souhaité mettre en garde le chef du gouvernement Youssef Chahed contre un passage en force de cette loi qui pourrait selon ses dires, créer une grande crise dans le pays, comme cela a été le cas pour la loi de réconciliation administrative à laquelle il a exprimé son soutien.

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