Élections en Allemagne: le HuffPost allemand a suivi une semaine de meetings de l'AfD – et a découvert un autre visage du parti

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ÉLECTIONS ALLEMANDES - La campagne menée par le parti de l'AfD (Alternative pour l'Allemagne) durant les dernières semaines peut se résumer en trois mots: extrême, polémique et affligeante. Chaque jour apporte son lot de nouvelles provocations.

Résultat: les deux têtes de liste du parti, Alice Weidel et Alexander Gauland, ont souvent monopolisé l'attention des médias au détriment d'Angela Merkel et de Martin Schulz. Loin de leur porter préjudice, ce coup de projecteur a fini par les avantager.

Durant les dernières semaines, la cote de l'AfD a en effet connu une remontée inattendue, certains sondages leur attribuant désormais 14% des suffrages. De nombreux observateurs et spécialistes politiques avaient pourtant prédit l'échec cuisant des populistes d'extrême droite après un congrès des plus chaotiques en avril à Cologne.

Mais, ce dimanche 24 septembre, l'AfD pourrait bien devenir la troisième force politique au Bundestag. Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un parti d'extrême droite est en passe de siéger au parlement. Un véritable tournant historique.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Pour répondre à cette question, le HuffPost Allemagne a mené l'enquête à travers tout le pays en donnant la parole aux membres de l'AfD, des plus modérés aux plus radicalisés. Nous nous sommes rendus à leurs rassemblements pour nous entretenir avec les politiciens et les partisans. Et nous avons prolongé les discussions sur internet.

Halle: la révolution brune

Située en ex-Allemagne de l'Est, Halle-sur-Saale fait figure de bastion de l'extrême droite allemande. Ici, l'AfD ne tente même plus de dissimuler ses alliances avec des mouvements radicaux.

Pour preuve, près d'une demi-douzaine de représentants du mouvement des jeunes identitaires, ainsi que des membres d'extrême droite et du groupe Brigade Halle (surveillé par les services de renseignements allemands) se sont invités dans la manifestation organisée cette semaine par l'AfD, qui réunissait quelque 150 personnes.

La plupart des sympathisants étaient venus écouter un invité de marque, le journaliste Jürgen Elsässer.

Cet habitué des manifestations organisées par l'AfD est le cofondateur et le rédacteur en chef du magazine Compact qui relate régulièrement les théories du complot originaires de l'extrême droite.

Porte-voix du parti

Le périodique a la réputation d'être le porte-voix du parti et, malgré sa diffusion relativement restreinte, est le média de référence de ce milieu. Les couvertures du magasine sont souvent utilisées comme affiches de protestations brandies pendant les manifestations de l'AfD.

Paradoxalement, le journaliste a soutenu les positions de la gauche radicale jusqu'au début des années 2000. Il a également écrit pour des quotidiens de gauche comme Junge Welt ou Neues Deutschland. Le basculement s'est opéré un peu plus tard.

Il a ainsi lancé un appel à l'armée allemande pendant la crise des réfugiés afin qu'elle use de son pouvoir pour faire barrage aux décisions du gouvernement. Certains observateurs voient dans cette déclaration une incitation au coup d'État. Moins surprenant, Jürgen Elsässer préconise à Halle la cohésion entre les différentes mouvances de droite: "AfD, Pegida, le mouvement identitaire, [l'organisation de droite] Ein Prozent et Compact sont comme les cinq doigts de la main: pris un par un, ils sont fragiles. Mais réunis, ils forment un poing."

Une alliance avec les extrémistes reste taboue pour l'aile modérée de l'AfD. Car officiellement, le parti de l'Alternative pour l'Allemagne exclut tout rapprochement avec des activistes de droite. C'est en tout cas ce que dit un arrêté du parti du comité fédéral et du parti national de Saxe-Anhalt. Mais cela ne l'est que sur papier.

Notamment parce que les dirigeants du parti savent qu'un quart des électeurs de l'AfD ont potentiellement, d'après une étude de l'institut Infratest-Dimap et de l'Université libre de Berlin, un positionnement d'extrême droite.

"Cela ne pose absolument aucun problème de contourner ce genre d'arrêtés. Il y a suffisamment de canaux de communication entre eux", a confié le chercheur Helmut Kellershohn, spécialiste de l'extrême droite, au journal Mitteldeutsche Zeitung.

Le social-démocrate sans couilles.

À Halle, Elsässer s'en prend aussi violemment au candidat du SPD à la chancellerie, Martin Schulz, et à la chancelière Angela Merkel: pendant leur débat télévisé, Schulz aurait livré une prestation de "tarlouze". Le social-démocrate n'aurait "pas de couilles".

"Le régime nous a déclaré la guerre, à nous en tant que peuple !" dit-il, véhément. Son explication est absconse: en 2015, à l'apogée de la crise de réfugiés, on aurait importé deux millions de réfugiés en Allemagne. À l'inverse, un million d'Allemands auraient quitté le pays ; d'après lui, cela constituerait un véritable "échange de peuples".

C'est le discours classique de l'extrême droite allemande. Elle croit que, de cette manière, le peuple allemand est en train d'être remplacé par un autre, plus faible. Le public braille. Elsässer dit tout haut ce que beaucoup ici, et des milliers d'autres sur les médias sociaux, pensent tout bas.

Erfurt: la nouvelle extrême-droite.

La crise des réfugiés a fait croître l'AfD – et elle secoue encore les Allemands, deux ans après qu'elle a commencé. Selon un sondage récent de l'Institut d'observation de l'opinion publique Civey, les électeurs allemands estiment que l'AfD est le second parti le plus compétent pour traiter la question des réfugiés, devant le SPD.

Rien de très étonnant, puisque l'AfD s'est emparé de ce thème bien plus vigoureusement que tous les autres partis. Une autre compétence que les électeurs accordent à l'AfD est dans le domaine de la sécurité intérieure.

Prochain arrêt: Erfurt. Nous sommes mercredi soir, quatre jours avant les élections législatives. "Nous ferons de ces élections législatives un référendum populaire sur l'immigration, qui menace notre pays, notre identité et notre culture", entonne Björn Höcke devant la foule.

Cet ancien professeur d'histoire est probablement le plus controversé des dirigeants locaux de l'AfD, au niveau des États. Il est aussi le fondateur du parti radical de droite "Der Flügel", en français "l'Aile". Ce soir-là, il préside à la fin de la campagne électorale du parti.

Des scènes effrayantes

Ses mots résonnent à travers la place Willy-Brandt, devant la gare centrale, comme dans un stade de football, alors que le ciel se couvre toujours davantage de nuages sombres. "Höcke, Höcke, Höcke!", beuglent fanatiquement ses sympathisants. Pour des observateurs non concernés, cela pourrait sonner comme "Hölle, Hölle, Hölle !" (enfer, enfer, enfer !) C'est une scène effrayante, et pas seulement pour les passants – car Höcke et son "aile" droite sont fortement contestés même au sein du parti.

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Björn Höcke à Erfurt

Actuellement, une procédure d'exclusion du parti est en cours à l'encontre de Höcke, car il banalise l'Holocauste et fait fuir les bourgeois potentiellement électeurs de l'AfD avec ses propos radicaux, affirment ses adversaires. Ses partisans répondent que Höcke ose clamer haut et fort les vérités que les autres taisent.

"50.000 personnes, ça aurait été un sacré signal!"

Nous discutons avec un homme mince, aux cheveux courts et teints en blond, vêtu d'un trench-coat beige et portant des Ray-Ban. Il aurait tout aussi bien pu rester chez lui, dans le quartier néobourgeois de Prenzlauer-Berg à Berlin, en buvant son latte au soja. Mais à la place, il est venu jusqu'ici manifester pour son pays.

Il est gêné qu'il n'y ait pas plus de monde, vraisemblablement à cause de la pluie. "50.000 personnes, ça, ça aurait été un sacré signal!" dit-il. À notre question sur son opinion de Höcke, il répond: ce que disent Höcke et Gauland, c'est intelligent. "Cette presse de gauche, elle représente tout ça de façon fausse. La Chancellerie leur corrige leur copie comme ça l'arrange. C'est une véritable collaboration, une agence de presse."

"Tirer sur les réfugiés"

L'homme dit cela calmement, comme s'il n'en était pas contrarié, comme si c'était tout simplement ainsi. Et même si ce qu'il affirme est complètement dingue, la majeure partie du bon millier de spectateurs réunis à Erfurt aujourd'hui l'approuverait probablement. Il dit aussi que la police fédérale devrait tirer sur les réfugiés s'ils ne s'arrêtent pas aux frontières.

"Mais qu'est-ce qu'ils devraient faire sinon, quand les réfugiés armés de couteaux se précipitent sur eux?" Il refuse d'écouter quand on lui dit que personne n'a jamais franchi la frontière allemande en courant, un couteau à la main.

Comment l'AfD attire les conservateurs déçus

Un mardi soir pluvieux à Munich: quelques centaines de partisans de l'AfD se sont rassemblés au centre-ville; une vingtaine de contre-manifestants, jeunes et bruyants, s'y trouvent aussi. Du côtées partisans de l'AfD , beaucoup de cheveux gris. De pantalons en velours côtelé. De chaussures de cuir de bonne qualité.

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Partisans de l'AfD à Munich.

Un public très bourgeois. Des crânes rasés, des rangers ou des hipsters d'extrême droite comme à Halle ou à Erfurt? En aucun cas. L'orateur de la soirée est en parfait accord avec son public: il s'agit de Jörg Meuthen, l'homme qui, en mars 2016, a mené l'AfD à une victoire inattendue en Bade-Wurtemberg, cette région pourtant économiquement florissante.

Meuthen est professeur en économie politique et dirige la branche locale de l'AfD. Au sein du parti, il passe pour modéré. Est-il la figure de proue universitaire du parti? Son image suggère aux électeurs bourgeois que l'AfD n'est pas un parti dangereux.

À Munich, Meuthen reste fidèle à sa réputation. Son discours aurait pu être celui d'un politicien conservateur de la CSU. S'adressant aux manifestants anti-AfD qui ont déployé un grand drapeau européen, il dit: "Nous sommes pour l'Union Européenne. Nous soutenons aussi le projet de paix qu'est l'Europe, nous sommes pour une Europe pacifique et libérale, tout comme vous."

Sur la question des migrants, il déclare: "Bien entendu, les gens avec des antécédents migratoires, qui s'intègrent en respectant nos lois, et participent à la création de richesses en vivant ici depuis de nombreuses années avec leurs familles appartiennent aussi au peuple allemand." Il omet de préciser que tous les autres migrants devraient quitter le pays du jour au lendemain; ça ne passerait pas très bien avec le public bourgeois sur place.

Ce soir-là, Meuthen a donné à l'AfD l'image d'un parti modéré et cultivé. Comme s'il n'était qu'une alternative bourgeoise qui n'avait rien à voir avec les braillards d'extrême droite qui sont si souvent la marque du parti dans l'est de l'Allemagne.

Dans ce cadre, le public munichois n'est en aucun cas atypique de l'électorat du parti. "L'AfD est comme une sorte de petit parti populaire soutenu par des gens issus de toutes les classes sociales. Des travailleurs peu rémunérés à des personnes fortunées, des gens peu cultivés jusqu'aux universitaires", explique au HuffPost Holger Lengfeld, sociologue à Leipzig.

Comme le montre un sondage YouGov d'août 2017, l'électorat de l'AfD se compose essentiellement de personne de la classe moyenne ou supérieure. Après tout, un quart de ces électeurs, toujours d'après YouGov, aurait voté pour la CDU au cours des scrutins précédents. Peu de politologues contestent le fait que l'AfD n'a pu devenir si forte que parce que la CDU de Merkel et la grande coalition qu'elle préside ont laissé un grand espace vide sur leur droite. L'Afd s'est engouffrée dans cette brèche.

Ainsi, le parti est devenu également un réceptacle pour les conservateurs déçus, comme cette auditrice de Meuthen à Munich. Elle est dans sa quarantaine, habillée de façon sportive, avec des cheveux bruns mi-longs: "Je me décrirais comme conservatrice et eurosceptique. Hormis l'AfD, il n'y a aucun parti qui prenne mes préoccupations au sérieux".

Erfurt: flirt avec les entrepreneurs

Mais on ne comprendrait pas l'AfD si on ne comprenait pas aussi ses contradictions: à l'est, le parti est plus radical qu'à l'ouest de l'Allemagne. Mais, à l'est elle reste très attractive, même dans les milieux bourgeois.

Peu de gens représentent ce double visage de l'AfD mieux que Stephan Brandner. Il y a quelques jours encore, sur le marché de Iéna, il échauffait les esprits contre le gouvernement de Berlin. Et il a exigé qu'on abatte un hélicoptère de police qui le dérangeait. Une plainte a été déposée contre lui à ce propos.

Le public le plus bourgeois qu'on puisse s'imaginer

Mardi soir, Brandner et les têtes de listes des autres partis sont assis sur le podium dans une salle lambrissée d'Erfurt, et s'entretiennent avec des membres de l'élite économique de l'État. Les moyennes entreprises qui exportent leurs marchandises dans le monde entier et profitent en grand de l'euro et de l'Europe sont rassemblées pour discuter de l'économie avec les têtes de listes des différents partis.

C'est le public le plus bourgeois que vous puissiez vous imaginer pour une réunion électorale en Allemagne. Brandner – qui travaille comme avocat, était auparavant membre de la CDU et a milité pour les droits de l'homme – a ses cheveux foncés plaqués par le gel sur son crâne, leurs extrémités descendant jusqu'à la nuque. Parfois, on dirait qu'il porte un casque en acier noir. Et pourtant, il passe bien. À la fin de la discussion, chacun des spectateurs présents est invité à s'exprimer sur son choix électoral pour dimanche.

"Une politique antisociale et néocoloniale"

Avant le début de la discussion, Brandner aurait recueilli 12,6% des voix, selon un sondage mené dans la salle. Peut-être ces gens ne savent-ils pas qui est Brandner ?

Plus tard dans la soirée, Brandner qualifie les choix de Merkel dans la crise des réfugiés de "politique asociale et néocolonialiste". Il décrit la candidate verte Katrin Göring-Eckardt, assise à côté de lui, comme une "menteuse".

Il affirme que des milliards d'euros appartenant aux contribuables allemands ont été gaspillés sur les dettes des habitants du sud de l'Europe, et répète les exigences de son parti: abolir l'euro et transformer l'UE en une "Europe des patries". Les entrepreneurs invités applaudissent chacune de ses paroles.

Les autres politiciens présents sur le podium sont atterrés. "Le discours de l'AfD m'inquiète. Nous sommes le champion du monde des exportations. Tout ce qui irait à l'encontre de cela aura des répercussions néfastes pour ce statut", déclare Thomas Kemmerich, la tête de liste du FDP.

"C'est dramatique que certains thèmes de l'AfD trouvent autant d'écho ici!"

"Ici, ce sont des patrons et des entrepreneurs, qui bénéficient de l'UE. Ce ne sont pas des employés", proteste le représentant du SPD, Carsten Schneider. "Je trouve qu'il est absolument dramatique que certains thèmes de l'AfD trouvent autant d'écho ici !"

Mais ses protestations sont sans effet. Après la discussion de ce soir-là, un autre sondage est fait: pour qui voteriez-vous après la discussion ? L'AfD gagne trois points de pourcentage de plus par rapport à son score du début de la réunion.

Cela montre que les mots d'ordre de l'AfD accrochent même des entrepreneurs – du moins là où le parti est déjà fermement ancré. Pour l'Allemagne dans son ensemble, la situation semble un peu différente. Selon une étude de l'institut d'enquête Infratest-dimap, seulement dix pour cent des entrepreneurs donnent au parti une bonne note en ce qui concerne l'économie.

Berlin : "Nous contre eux"

À la fin de ce voyage à travers l'Allemagne, nous arrivons à la constatation qu'il n'y a pas qu'une seule AfD. Pas plus qu'il n'existe d'électeur de l'AfD typique. Alors, comment le parti peut-il maintenir son unité ?

Holger Lengfeld, le sociologue de l'Université de Leipzig, estime: "Si les gens pensent que l'immigration est trop forte, il y a une forte probabilité qu'ils votent pour l'AfD." S'y rajoute le scepticisme envers l'Europe et l'euro et un mépris pour les élites politiques et médiatiques.

Il y a cependant une explication supplémentaire: il s'agit du sentiment qu'ont les politiciens de l'AfD et leurs électeurs de s'opposer au courant dominant des politiciens et des médias, supposé de gauche. C'est le sentiment du "Eux contre nous".

Dieter Janecek, un homme politique des Verts qui se penche de près sur le phénomène AfD, croit que "le parti vit de ce mythe de la victimisation: ses membres se voient comme des combattants isolés contre un système qui leur veut du mal – la société, les hommes politiques, les médias."

"Le parti vit de ce mythe de la victimisation"

Lundi, Berlin, à l'association fédérale des journalistes politiques. Ici, à quelques centaines de mètres du palais du Reichstag, les hommes politiques tiennent à intervalles réguliers des conférences de presse devant les journalistes de la capitale.

Ce jour-ci, Weidel et Gauland, le duo à la tête de l'AfD, présente ses thèses insensées sur l'Islam. Pourtant, le vrai problème dont personne ne parle, c'est la relation entre les journalistes et les populistes de droite. "Nous contre eux" – voilà ce qui semble être le vrai sujet de cette conférence de presse.

Ces derniers jours, les représentants du parti se sont acharnés sur les médias, qualifiés de "presse menteuse" ou de "presse lacunaire", sous prétexte que les journalistes n'évoquent les sujets importants qu'en les embellissant quand ils ne les passent pas sous silence. Dans le même temps, les médias les ont violemment critiqués pour leurs déclarations provocatrices.

Combat rapproché contre les journalistes

Un journaliste demande à Weidel comment elle justifie une fausse nouvelle que son parti a diffusé pendant le week-end à propos de la Fête de la bière de Munich. La peur du terrorisme aurait été à l'origine d'un "vide béant" à la plus grande fête populaire du monde. L'AfD a été sévèrement critiquée pour cette déclaration. En effet, dès le premier week-end de la fête, la Fête de la bière a vu affluer des centaines de milliers de visiteurs en plus par rapport à l'année précédente.

À cette question, Weidel répond avec dédain: "Je ne suis jamais allée à la Fête de la bière". Et d'ailleurs, "vous n'avez qu'à demander au parti, il a certainement les bons chiffres". Éclats de rire moqueurs de la part des journalistes.

"Pour les partisans de l'AfD, les déclarations politiquement incorrectes ou scandaleuses suscitent plutôt le respect"

Gauland a lui-même multiplié les provocations ces dernières semaines. "Les Allemands ont le droit d'être fiers des performances des soldats allemands pendant les deux guerres mondiales", a-t-il dit au cours d'une manifestation qui n'a tout d'abord pas reçu beaucoup d'écho.

Mais par la suite, le tollé médiatique a été général. Pourtant l'AfD a grimpé dans les sondages dans les jours qui ont suivi. Ces déclarations sont en effet partie intégrante de la stratégie du parti.

"Pour les partisans de l'AfD, ces déclarations politiquement incorrectes ou scandaleuses suscitent plutôt le respect", indique par exemple Schneider-Haase, chercheur à l'institut Emnid, dans un entretien avec le Morgenpost. "Et pour peu que ces déclarations subissent les critiques des médias, les partisans de l'AfD prendront la défense de leur parti".

Et c'est exactement cela qui fait qu'il est si difficile de faire face à ce parti. En fin de compte, qu'est-ce qui peut aider à contrer la montée de l'AfD ?

Le sociologue de Munich Armin Nassehi voit un problème dans le fait que les différents partis ne prennent plus en compte les intérêts centraux de la population. Qu'il s'agisse des problèmes de justice sociale, de migration, de mobilité, d'Europe ou d'avenir de l'économie: les questions vraiment importantes pour l'Allemagne ont été perdues de vue au cours de cette campagne électorale.

"Par exemple, dans une partie de la population, la question des migrants éveille toujours de fortes inquiétudes et craintes. On cherche en vain les réponses apportées par les partis à cette question", dit Nassehi, qui a par ailleurs un conseil à donner aux politiciens bien installés. "Les partis devraient tenter de donner l'impression qu'ils se remettent eux aussi à faire activement de la politique."

Cet article, publié à l'origine sur le HuffPost allemand, a été traduit par Elodie Levaux, A. et Uta Becker pour Fast For Word.