"West of Life": Un panorama de l'œuvre du photographe Zied Ben Romdhane présenté à la Biennale des Photographes du Monde Arabe Contemporain (INTERVIEW)

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Né en 1981 en Tunisie, Zied Ben Romdhane commence sa carrière comme photographe publicitaire avant d'évoluer vers le documentaire et le photojournalisme. Il réalise de nombreuses expositions à travers le monde.

Ses travaux ont été récemment exposés à Arles (2013), Paris (Maison de la Tunisie, 2013), Marseille (MUCEM, 2015), New York (White Box, 2013), Bombay (Clark House, 2013), Houston (Fotofest Biennial, 2014), ou encore Dubaï (1x1 Gallery, 2014). Il obtient le prix POPCAP dans le cadre du Festival Image Afrique à Bâle, en 2015.

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Il est directeur de photographie et producteur de plusieurs films comme Sabaa Chicken (2010) et Fallega (2011) un documentaire sur le printemps arabe en Tunisie. Il a également participé au projet Reporting Change de World Press Photo en 2013.

Ses œuvres explorent principalement les territoires tunisiens abandonnés, il capte l'errance, l'attente et l'isolement de la jeunesse notamment touchée par le chômage.

L'Institut du Monde Arabe à Paris accueille actuellement ses travaux à l'occasion de 2ème Biennale des Photographes du Monde Arabe Contemporain.

HuffPost Tunisie: Il s'agit de votre première participation à la Biennale des photographes du monde arabe contemporain qui présente cette année davantage d'artistes tunisiens. Quels travaux exposez-vous? Qu'est-ce-que cet événement a de particulier?

Zied Ben Romdhane: Je présente huit clichés sélectionnés notamment avec Olfa Feki, commissaire de l'exposition. Ces travaux donnent un petit aperçu de mon travail.

C'est un projet sur lequel j'ai travaillé pendant deux ans, depuis fin 2014 pour certains jusqu'en 2016.

Je suis un des seuls à toucher plus ou moins au documentaire dans cette exposition, la majorité est plutôt fine arts ou conceptuelle.

Tous mes clichés sont en noir et blanc, c'est un choix. J'ai déjà travaillé la couleur mais récemment, mes trois derniers reportages ont été réalisés en noir et blanc. J'essaie de minimiser la technique, les outils, etc. afin de me concentrer davantage sur le sujet, d'être plus simple, plus direct. Je ne donne pas non plus de titre à mes œuvres, mais plutôt une légende et un texte.

L'espace qu'offre l'IMA est magnifique, mon travail est situé en face du travail d'une autre artiste tunisienne, Hela Ammar qui présente des travaux en couleur cette fois. La production, l'installation et la scénographie sont de très bonne qualité.

Ce qui est intéressant dans cette exposition en particulier, c'est de pouvoir observer beaucoup de travaux. J'ai par exemple adoré ceux du photographe égyptien Karim El Hayawan, dont l'œuvre reflète sa personnalité très vivante.

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Quel est votre parcours?

Je n'ai pas suivi de formation artistique stricte, j'ai fait du commerce international, la photo est une passion. Étant étudiant j'ai participé au Club Photo, où j'ai justement connu le photographe Douraïd Souissi (NDLR: qui expose également à la Biennale) au Club Photo de Tahar Haddad.

Je ne me suis pas tout de suite consacré à la photographie, mais petit à petit j'ai ouvert mon studio pour des photos commerciales et à côté de cela, dès 2011 à peu près, je faisais mes reportages donc mes propres projets.

Vous avez par la suite travaillé auprès de prestigieuses institutions photographiques comme World Press Photo, Magnum...

J'ai justement travaillé la série "West of Life" avec Magnum, l'ONG AFAC basée à Beyrouth et la fondation Prince Claus des Pays Bas.

Ils ont fait un excellent programme qui s'appelle ADPP (Arab Documentary Photography Program), j'ai participé à la 2ème édition. C'est une initiative magnifique! Ils ont ramené des mentors à Beyrouth, Peter Van Agtmael, qui a été mon mentor au cours du projet, et Tanya Habjouqa qui a remporté le World Press Photo Award en 2014.

Les acteurs de World Press Photo sont venus à Tunis après la révolution, ils ont lancé des appels à candidatures, ont présenté leur organisation, ses actions, etc. Ils ont ramené énormément de photoreporters et artistes. Cela s'est également fait en Égypte, au Maroc, dans plusieurs pays du monde arabe, c'était un projet centré sur le printemps arabe.

Le projet le plus impactant pour moi a été l'ADPP avec Magnum et AFAC. C'était vraiment une expérience particulière car la photographie est une pratique très solitaire et il est important de confronter son travail à l'extérieur. La partie avec les discussions, les présentations et l'editing est extrêmement intéressante, elle m'a poussé à me poser beaucoup de questions.

En Tunisie, la photographie est un domaine en plein essor qui tend à se démocratiser. Je pense notamment à la création du futur festival #Kerkennah01, centré sur la photographie et le multimédia. Quel regard portez-vous sur cette récente évolution?

Je trouve cela très bien car ce genre d'initiative manque encore énormément en Tunisie. Malheureusement cela reste à l'échelle privée.

Je pense aussi à la manifestation photo de Ghar El Melh, à laquelle j'ai participé avec beaucoup de photographes tunisiens mais aussi étrangers. C'était vraiment très intéressant, mais l'événement a du s'arrêter à cause du manque de financement.

Ce qu'Olfa Feki (NDLR: instigatrice du projet #Kerkennah01) essaie de lancer aujourd'hui est très intéressant mais le problème est vraiment le manque de soutien. On espère encore une fois que les institutions et l'État bougeront.

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Quels sont vos projets futurs?

Je suis actuellement manager photo à Tunis pour une société américaine.

Un livre centré sur la série "West of Life", dont font partie l'ensemble des clichés que je présente à l'IMA, sera imprimé le 2 octobre, je pense à faire éventuellement une expo lors de sa sortie.

À la fin de l'année j'exposerai à Bamako (NDLR: à l'occasion de la 11ème Biennale Africaine de la Photographie) et juste avant pour AFAC à Beyrouth.

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