La demande de visa d'un conteur marocain refusée alors qu'il devait participer à un festival du livre en Écosse

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MEHDI EL GHALY
Mehdi El Ghaly/Facebook
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ART - Les personnages de Jouha, Hania et Hdidane ont bercé l’enfance de bien des Marocains qui écoutaient, les yeux pleins de rêves et l’esprit vagabond, les histoires de leur grand-mères en s’endormant. Ces moments de partage, d’aventures et d’imaginaire ont marqué Mehdi El Ghaly, 23 ans, un Marrakchi qui se décrit comme un “storyteller” ou conteur d’histoires qui veut perpétuer cet héritage.

Sa passion pour les histoires l’a conduit à se lancer dans un projet artistique maroco-écossais “Confluence,” financé par l’organisation écossaise d’art visuels Upland et mené par la photographe anglaise Laura Hudson Mackay, la storyteller écossaise Anne Errington, et le jeune photographe marocain Houssain Belabbes, un projet qui sera présenté au Wigtown book festival en Écosse du 22 septembre au 2 octobre.

Mehdi El Ghaly ne pourra cependant pas faire partie de cette première présentation du projet au public puisqu’il s’est vu refusé sa demande de visa, une nouvelle qui a fortement déplu aux organisateurs de l'événement.

"Nous sommes profondément tristes qu’un storyteller aussi talentueux et enthousiaste se soit vu refusé l’entrée dans notre pays, mais nous n'avons pas encore abandonné la bataille, et nous avons fait appel de ce rejet", a déclaré le festival du livre sur sa page Facebook. 

"Ce refus ternit la réputation du pays dans l’ouverture intellectuelle et le partage", souligne pour sa part le directeur du festival qui a lancé une requête auprès du secrétaire d’État pour l’Écosse, David Mundell.

Selon Mehdi El Ghaly, le Home Office lui a expliqué qu’il ne leur avait pas remis assez de documents qui prouvent qu’il reviendra à son pays natal à la fin du festival. "Je rentre le 23 pour participer au TedXMarrakech", souligne-t-il. "Je pense que le refus est plutôt le résultat de tout ce qui se passe actuellement dans le monde…".

Le projet

Première rencontre des artistes pour le projet Confluence.

Ce refus de visa survient après sept mois de travail dédié à un projet qui vise à rapprocher la culture celtique et la culture marocaine. Laura avait suggéré cette idée à Mehdi, qu’elle avait rencontré plus tôt dans l’année lors d’une de ses expositions photographiques à Marrakech. Les autres membres les ont ensuite rejoint pour compléter le projet et s’enrichir les uns des expériences des autres.

À travers Confluence, Mehdi El Ghaly partage des histoires du patrimoine oral marocain comme celle de Jouha que beaucoup connaissent, mais également des contes plus confidentiels comme ceux de “Lalla Merjana” ou “Les sept filles du roi”. El Ghaly s’inspirent aussi de ces récits millénaires pour écrire, en anglais et en arabe marocain, ses propres histoires comme celle de Lalla Hajriya, une jeune villageoise féministe qui, après la mort de son père, part dans une quête, ou encore Lalla Purple, une jeune fille qui adorait la couleur violette. “Elle avait un jardin violet, elle ne portait que du violet… Elle était heureuse et pleine de vie mais tout a pris fin quand un homme arrogant et cruel est venu demander sa main auprès de son père, le Sheikh du village,” raconte Mehdi El Ghaly dans son histoire.

houssain belabbes
Morceau de pain - Houssain Bellabes pour le thème "Argent" du projet Confluence.

Confluence comporte également des histoires tirées de l’héritage celtique de la seconde storyteller du groupe, Anne Errington. “Les Marocains et les Écossais ont cette même fascination pour les histoires qui comportent souvent les mêmes modèles de récit, les mêmes morales…”, explique-t-elle au HuffPost Maroc. “Les histoires traditionnelles racontées des les deux pays ont plusieurs choses en commun", ajoute El Ghaly. “Il s’agit souvent de rois, de villages, d’aventures, d’amour et de magie,” dit-il pour illustrer ces similitudes.

L’ensemble des histoires de Mehdi et d’Anne et des photographies de Laure et Houssain se répartissent en sept thèmes différents: l’eau, le temps, le silence, la vieillesse, l’argent, le bonheur, et le chiffre trois qui se répètent dans plusieurs histoires des deux storyteller.

laura hudson mackay
Visions du temps - Laura Hudson Mackay pour le thème Temps du projet Confluence

Confluence fera non seulement parti du festival du livre de Wigtown pendant deux séances de thé marocain prévues le 23 et le 30 et le septembre, mais il sera également présenté dans le cadre d'une mini-tournée entre Wigtown et Dumfries où les quatre artistes effectueront leurs prestations, expositions et installations dans plusieurs librairies, orphelinats, mais aussi des camp de réfugiés dans la région.

Si Mehdi ne pourra pas faire partie de cette aventure internationale, il pourra néanmoins retrouver ses amis artistes pour faire connaître au public marocain le projet Confluence dans une présentation prévue entre le 25 octobre et le début du mois de novembre à Marrakech.

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