Seconde chance: Le Maroc met en place un programme de réinsertion au profit des détenus salafistes repentis

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MOROCCO PRISON
Rafael Marchante / Reuters
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INITIATIVE - C’est un programme unique en son genre à l'échelle internationale. Le Maroc veut accorder une deuxième chance aux détenus salafistes ayant été condamnés dans le cadre d’affaires relevant du terrorisme et/ou de l’extrémisme. "Consacrer la citoyenneté", c’est la philosophie à laquelle veut adhérer la Délégation générale à l'administration pénitentiaire et à la réinsertion en adoptant ce nouveau programme, précisant qu’il s’agit d’appliquer les orientations royales.

"La DGAPR est profondément consciente de l’importance d’assurer les conditions de réinsertion de la catégorie des détenus dans des affaires de terrorisme et d’extrémisme dans les établissements pénitentiaires et qui nécessite une approche scientifique novatrice", affirme la Délégation générale dans un communiqué. "Cette approche novatrice" se décline en trois principes dont le point commun reste la réconciliation. Elle doit s’opérer avec soi, vis-à-vis du texte religieux et avec la société.

La DGAPR s’est alliée au Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) et la Rabita Mohammadia des oulémas dont l’expérience et l’expertise devraient permettre de mener à bien cette quête de réconciliation. Les trois partenaires se sont donnés rendez-vous à la prison local "Ras El Ma", à Fès, pour tenir la troisième université d’automne, les 20 et 21 septembre, consacrée au programme de réconciliation. Les travaux portent sur "la réhabilitation spirituelle des détenus" et prévoient surtout des ateliers animés par des détenus de la "salafia jihadia" repentis bénéficiaires du programme, rapporte un article de Hespress.

Une adhésion volontaire

Ces ateliers servent d’occasion pour des rencontres entre les salafistes repentis et leurs camarades détenus qui ne le sont pas encore. Ils y débattent de divers sujets, dont "la relation entre la pensée extrémiste et le crime organisé", à titre d’exemple. L’intérêt vise à faire des détenus salafistes repentis des modèles à suivre et une force de conviction. À cette fin, le dialogue semble être le meilleur vecteur.

Dans son communiqué, la DGAPR précise qu’une première expérimentation de ce programme a été "menée avec succès" entre le 29 mai à le 25 juin dernier auprès de détenus de la prison locale "Al Arjat 1". Affirmant que l’adhésion au programme reste volontaire, la délégation ajoute qu’elle implique également les familles des victimes de terrorisme. Des séances de projection de vidéos relatant leurs témoignages vise à mettre en évidence les dégâts qu’entraîne "l’extrémisme violent sur la stabilité et la sécurité de la société et sur la victime directement". Toutefois, la délégation tient à préciser qu’au cours de cette étape, elle assure le soutien psychologique des détenus afin que le sentiment de culpabilité ne remette pas en question la quête de la réconciliation avec soi.

Pour tester l’efficacité de son travail auprès de ces détenus, la DGAPR souligne qu’elle met les bénéficiaires du programme à l’épreuve en les soumettant à des exercices pratiques dans lesquels ils doivent démontrer à quel point ils maîtrisent "les techniques de destruction et de démantèlement du discours extrémiste".

Estimant que les résultats sont probants, la DGAPR compte poursuivre la mise en œuvre de son programme en y impliquant d’autres partenaires.

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