Lafarge versait 20.000 euros par mois à Daech en Syrie

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LAFARGEHOLCIM
A concrete mixing truck is seen through a hole in a wall at Lafarge concrete production plant in Pantin, outside Paris, April 7, 2014. Switzerland's Holcim unveiled a deal to buy France's Lafarge on Monday to create the world's biggest cement maker, with $44 billion of annual sales, and spark a raft of asset sales worldwide to steer it through antitrust rules. REUTERS/Christian Hartmann (FRANCE - Tags: BUSINESS CONSTRUCTION) | Christian Hartmann / Reuters
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TERRORISME - Nouvelle révélation dans l’affaire du cimentier LafargeHolcim en Syrie. Selon des éléments de l’enquête judiciaire révélés hier par Le Monde, le leader suisse des matériaux de construction aurait versé 20.000 euros par mois au groupe terroriste Daech pour maintenir l’activité de son usine de Jalabiya. Plus grave, ces financements ont été justifiés par la production "de fausses pièces comptables", concluent les services de douanes cités par le quotidien français.

Les autorités françaises encourageaient le groupe à rester

Autre élément majeur révélé par l’enquête: la décision du patron de la cimenterie de rester en Syrie, malgré le danger, avait été prise avec la bénédiction des autorités françaises. "Tout au long de son aventure syrienne, Lafarge est restée en contact permanent avec l’ambassade de France à Damas – qui sera fermée par Nicolas Sarkozy en mars 2012 –, puis avec l’ambassade de France en Jordanie", affirme le journal.

Même après que la situation dégénère en septembre 2012, les responsables de l’usine ont droit au discours rassurant des services français. "Il était très clair qu’elles [les milices de l’opposition syrienne, ndlr] voulaient taxer ce qui passait par les routes. C’était clairement du racket", indique aux enquêteurs Christian Herrault, ancien directeur général adjoint opérationnel du groupe. Pourtant, "tous les six mois, on allait voir le Quai d’Orsay, qui nous poussait à rester", poursuit-il.

"Le rackettage de Daech équivalait à 500 tonnes"

Une incitation à rester qui était motivée selon l’ancien patron par l’importance de l’investissement français dans la région. "Le rackettage de Daech, c’était l’équivalent de 500 tonnes… Sachant qu’on a trois silos de 20.000 tonnes… Est-ce qu’on va tout plier pour 500 tonnes?". Une obstination acharnée de ne pas abandonner l’unité industrielle afin de conserver un avantage stratégique dans la perspective de la reconstruction du pays qui vaudra à LafargeHolcim ses déboires judiciaires.

Tout a commencé par une enquête publiée par Le Monde en juin 2016, qui met la lumière sur des "arrangements troubles" entre Lafarge et le groupe islamiste. Selon le quotidien, entre 2013 et 2014, la présence de Daech dans la région "a contraint la cimenterie à négocier des droits de passage aux checkpoints tenus par les djihadistes pour ses camions" et à se fournir en pétrole aux négociants dont les champs étaient contrôlés par l’organisation terroriste. Des révélations qui ont poussé des ONG telles que Sherpa, mais également le ministère français des Finances, à porter plainte.

9 responsables ont été entendus dans le cadre de l'enquête

Le parquet de Paris ouvre alors en octobre 2016 une enquête préliminaire sur la base de cette plainte. L’enquête sera confiée aux Douanes judiciaires qui entendront les neuf principaux responsables de Lafarge – fusionné en 2015 avec le Suisse Holcim – et de sa filiale Lafarge Cement Syria (LCS), propriétaire de l’usine. En mars 2017, le groupe reconnaît dans un communiqué l’existence d’arrangements "inacceptables" avec certains groupes armés pour maintenir l’activité, entre 2013 et 2014, de son usine en Syrie en pleine guerre civile.

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