Pour la première fois et au Maroc, des chercheurs sont parvenus à filmer des chatons du désert (VIDÉO)

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ANIMAUX - Quelque part dans le désert marocain, trois petits chatons de sables sauvages ont été filmés par une équipe de chercheurs venus étudier cette race dont on connaît encore très peu de choses. La séquence est, selon les chercheurs, la première dans le monde à avoir capturé les petits de cette espèce dans leur milieu naturel.

Alors que les chercheurs rentraient au camp lors de la dernière nuit de leur expédition, ils se sont retrouvés nez-à-museau avec trois petites créatures poilues cachées sous une touffe d’herbe vivace. Les chercheurs ont estimé que ces bébés sont âgés entre six et huit semaines. Ils ont pu les filmer et les photographier alors que leur attention était portée sur une gerbille, un de leur repas favoris.

Pour avoir cette séquence de deux minutes et 23 secondes, prise le 25 avril 2017 à 1h48 du matin, les chercheurs principaux ont dû travailler la nuit pendant plusieurs jours et consacrer quatre ans de leur vie à étudier la sous-espèce Felis margarita margarita, communément appelée chat des sables ou chat du désert, sur une superficie de 3.400 kilomètres carrés, après avoir recueilli les observations faites par des habitants de la région.

“C’est un petit félin qui était très peu étudié, on a peu d’information sur sa vie, son écologie, sa biologie… C’est ce qui a motivé notre recherche”, explique au HuffPost Maroc Grégory Breton, un des chercheurs principaux, et directeur général de Panthera France, ONG dédiée à la protection des félins.

Il n’y avait jusqu’à présent que deux études publiées sur ce félin désertique: la première suivait quatre de ces animaux par des colliers-émetteurs en Israël, et la deuxième concernait quelques photos de cette espèce prises aux Émirats arabes unis, indique Grégory Breton.

alex sliwa

“On a a réussi à capturer 13 animaux pour leur mettre des colliers-émetteurs”, annonce avec enthousiasme le chercheur. “On a pu collecter des données beaucoup plus importantes, diversifiées et complètes”, souligne-t-il.

L’équipe de chercheurs a également pu observer 29 chats dans leur habitat naturel, un exploit pour une espèce animale "rare et vulnérable", selon Abderrahim Essalhi, directeur zoologique et vétérinaire dans le jardin zoologique national de Rabat, interrogé par le HuffPost Maroc.

“Les résultats obtenus par l’équipe en cinq petites expéditions dépassent allègrement les résultats obtenus par d’autres chercheurs dans le monde”, ajoute-t-il fièrement.

Concernant l'aspect physique des chats des sables, Grégory Breton a tenu à démentir la rumeur qui circule sur les réseaux sociaux selon laquelle ceux-ci conservaient un aspect de “chaton”, même à l’âge adulte. “J’ai vu ça récemment dans une vidéo et c’est complètement faux", dit-il. “À l’âge adulte, ils ne conservent plus les mêmes proportions, musculairement ils changent, leurs yeux aussi, leur visage…” précise-t-il.

alex sliwa

L’équipe a déjà fait connaître son travail à travers deux articles publiés dans le journal scientifique Cat News et compte sortir très prochainement un troisième. Une première présentation de l’étude sera organisée le 24 septembre en Belgique. Une seconde conférence est prévue en novembre au jardin zoologique national de Rabat, pour présenter les résultats de toutes ces années de recherche.

On retrouve le chat du désert dans plusieurs régions du monde, notamment en Algérie, au Tchad, au Niger, jusqu’à l'est de l’Égypte, et en Ouzbékistan. Il se nourrit de gerbilles, de gerboises et d’autres petits rongeurs mais également de serpents, de lézards et de petits oiseaux.

Initié par deux biologistes spécialisés dans l’étude des félins, le directeur général de Panthera France, Grégory Breton, et Alexander Sliwa, du zoo de Cologne, ce projet a pu recevoir le patronage du Haut-commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLD).

Une convention a donc été signée en janvier 2015 entre plusieurs acteurs: le jardin zoologique de Rabat, le parc des félins (France) et l’association française SOS félins. Suite à cette accord, les chercheurs internationaux ont été rejoints par Saad Azizi, vétérinaire au jardin zoologique de Rabat et Abderrahim Essalhi. L’équipe a également été aidée par des locaux pour se déplacer au milieu du désert.

“Cette étude a une ampleur internationale et pourrait avoir de bonnes retombées pour la notoriété de tous les acteurs impliqués dans ce projet", assure Essalhi qui espère qu’un programme de conservation de cette espèce pourra être mis en place par la suite.

Ce projet s’inscrit dans le cadre d’un programme de recherche sur les carnivores sauvages du royaume, qui vise à publier les découvertes des chercheurs associés dans des revues scientifiques internationales, et mettre en oeuvre un programme de sensibilisation axé sur les carnivores du désert marocain dans les zones où les recherches ont été menées.

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