Pour l'expert en économie Ezzeddine Saidane, les réformes économiques annoncées par Youssef Chahed sont irréalisables

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Lors d'une interview accordée à radio Mosaique FM, l'expert en économie Ezzeddine Saidane, a pointé du doigt les nombreuses contradictions dans le programme de développement 2016-2020 de Youssef Chahed. Selon lui, bon nombre d'objectifs sont impossibles à atteindre.

Il a également estimé que, malgré sa dépréciation, la valeur du dinar tunisien reste bien au dessus de sa valeur réelle, un écart estimé à 17%.

Selon Saidane, si l'on croit les évaluations du Fonds Monétaire International (FMI), un euro équivaut à 3,5 dinars tunisiens. Ceci serait le résultat de la conjoncture économique et financière réelle en Tunisie qu'il a qualifiée de "dégradée".

"La relance de la valeur du dinar passe obligatoirement par la relance de l'économie" déclare-t-il.

Saidane estime que la relance de l'économie doit se faire en 3 étapes, à savoir un diagnostic réel de la situation économique et financière du pays, qui ne devrait selon lui pas prendre plus de 3 semaines. Ensuite arrive une restructuration de l'économie afin de mettre fin à l' "hémorragie". Viennent ensuite les réformes en profondeur.

Des taux irréalisables

"Ce processus est toujours possible à réaliser, mais pas de la façon annoncée par le président Beji Caid Essebsi lors de son dernier discours" a-t-il estimé.

"Les chiffres annoncés par Youssef Chahed dans son programme concernant le taux de croissance, la masse salariale ou encore les réserves de change, sont une copie identique de ce qu'a publié le Fonds Monétaire International dans ses recommandations. La principale préoccupation du FMI est la solvabilité de la Tunisie, ce qui ne constitue pas la priorité pour nous. Notre priorité est de sauver notre économie" ajoute Saidane.

Saidane a également estimé que les chiffres annoncés par Youssef Chahed ont était "parachutés" sans aucune possibilité qu'ils soient réalisables. Il cite à titre d'exemple la masse salariale dans la fonction publique qui a atteint 15% du PIB et que Chahed promet de réduire à 12,5%, un taux tout simplement impossible à réaliser selon Saidane car il nécessiterait un arrêt des augmentations salariales ainsi qu'une suspension totale des recrutements publics jusqu'en 2020.

"Avec les augmentations prévues pour 2017 et 2018, réduire la masse salariale relève de l'impossible" ajoute-t-il.

Toujours selon l'expert en économie, les contradictions sont nombreuses. En effet, Saidane estime que limiter le déficit budgétaire à 3% est en contradiction totale avec le taux de croissance annoncé par Chahed.

Aucune marge de manœuvre

"Le problème n'est pas une question de limitation du déficit budgétaire, mais de changer la gestion du budget de l'État dont 50% est consacrée aux salaires publics et qui ne permet aucune marge de manœuvre. 40% vont au remboursement des dettes ce qui ne permet pas non plus de marge de manœuvre. Ce qui reste du budget permet une infime marge et ne sera sûrement pas une solution à la relance de l'économie" déclare Saidane.

Au niveau des investissements, Saidane dénonce une désinformation concernant l'investissement étranger qui aurait selon les chiffres officiels augmenté de 6,7% pendant les 7 premiers mois de 2017, ce qui serait impossible car la dépréciation sévère du dinar tunisien qui a perdu 20% de sa valeur aurait entraîné une chute de 13% des investissements étrangers directs.

Saidane estime que ce programme ne mérite pas le statut de "programme de développement" et insiste à nouveau sur l'impossibilité de sa réalisation.

Le FMI décide du sort de la Tunisie

"Pourquoi ne pas établir un diagnostic clair et réel de la situation économique et commencer des réformes en profondeur? Est-ce un manque de compétences? Je ne le crois pas. Il faut absolument mettre en place un programme qui pourra sauver notre économie, au lieu de simplement prendre des chiffres auprès du FMI" a-t-il déploré.

"Il ne s'agit pas de renvoyer une image négative mais de communiquer la réalité critique de la situation, car il est toujours possible de sauver l'économie tunisienne" a-t-il ajouté avant de conclure "J'ai transmis clairement et à maintes reprises mes recommandations auprès des parties concernées mais malheureusement, je vois que rien de tout cela n'a été pris en compte. J'ai toujours été optimiste mais je commence à perdre espoir. Nous allons vers plus d'endettement auprès du FMI ce qui met notre avenir entre leurs mains".

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