L'emblématique café tangérois "Madame Porte" a été réaménagé... en McDonald's

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PORTE TANGER
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PATRIMOINE - Un des cafés les plus emblématiques de Tanger a officiellement mis la clé sous la porte et a laissé place à un quatrième restaurant McDonald’s dans la ville du détroit. La reconversion de “Madame Porte” en un espace de chaîne de restauration rapide américaine a suscité la colère des Tangérois qui ont exprimé leurs regrets sur les réseaux sociaux.

“On a envahi l’intimité historique de Tanger, par la conversion de ce beau salon de thé en une structure purement capitaliste et envahissante qu’est McDonald’s", déclare, au HuffPost Maroc Mohamed Said Chaer, artiste contemporain tangérois, qui dénonce entre autres la société de consommation de masse dans son travail “Into the Box.” “On s'amuse à poursuivre toute opportunité qui fait gagner du profit au détriment de la valeur culturelle et historique”, déplore-t-il.

Une vidéo de l’inauguration du nouvel espace de la chaîne américaine, qui comprendra également un McCafé, a été partagée sur les réseaux. Beaucoup ont condamné l’égorgement public d’un mouton à cette occasion, devant l'entrée du nouveau restaurant, et qui s'est déroulé dimanche sur l'avenue Prince Moulay Abdellah.

Un café au passé prestigieux

Le salon de thé de Madame Porte, qui date des années cinquante, était le point de rencontre d’aristocrates, ambassadeurs et hommes d’affaires mais également le QG des artistes, poètes et écrivains tangérois. Situé au coeur de la ville du détroit, il est vite devenu un véritable monument à visiter lors de son séjour à Tanger.

Madame Porte, qui a bel et bien existé, gérait le café aux côtés de son mari, propriétaire du café qui a fait construire toutes les habitations que l’on peut voir à ce jour au-dessus du local. Marcel Porte était un pâtissier français, très connu pour ses bonbons au chocolat qu’il exportait à Londres. Après son décès, le fils prend un temps la relève, avant de vendre cet héritage à un commerçant de la famille Hsissen.

“À Tanger, le nom de la famille Hsissen est associé à celui du café et on ne voulait pas en venir à cela”, raconte, au HuffPost Maroc Alaa Bouras, ancien responsable du café Madame Porte. “On a refusé les offres de plusieurs acheteurs pendant plus de dix ans, mais on a été contraints cette fois-ci de louer le local à McDonald’s, quand ils nous ont contactés, puisque le café ne générait plus de revenus", se désole-t-il.

Alaa Bouras explique les maigres recettes qu’ils gagnaient par les travaux qu’a subi le café au cours des années. En septembre 2015, les nouveaux propriétaires avaient décidé de moderniser le café pour faire face à la concurrence, mais cette décision s’est retournée contre eux. “Pour ma part, j’étais contre ces changements, le café avait un charme spécial”, regrette-t-il.

Le mal était déjà fait

Pour Rachid Taferssiti, président de l’association Al Boughaz qui oeuvre pour la sauvegarde du patrimoine de la ville de Tanger, ce sont ces travaux de rénovation qui ont détruit le café et non sa conversion en McDonald's. “Je ne comprends pas pourquoi on réagit maintenant alors que le dommage qui a été porté à Madame Porte date de bien avant”, déclare-t-il, furieux, au HuffPost Maroc.

“Je m'attendais à être choqué et je ne le suis pas,” souligne-t-il. “McDonald’s a relativement respecté le lieu, la façade est restée la même et on n’y a ajouté qu’un “M”. La chaîne de restauration a su rester discrète en évitant d’utiliser un jaune trop criard ou des tons de rouges trop voyants. Les vitres et l’encadrement sont également restés tels qu’ils sont.”

Taferssiti regrette néanmoins ces quelques détails qui faisaient de Madame Porte un salon de thé à part entière: “Où est la vaisselle en porcelaine? Où sont les couverts en argenterie, les nappes qu’il y avait, mais surtout l’ambiance qui y régnait? Tout ça, c’est parti depuis longtemps…”, soupire-t-il.

Le visage urbanistique de Tanger a subi bien des changements au fil des années. Plusieurs endroits de la médina ont été modifiés par leurs nouveaux propriétaires, marocains comme étrangers, qui “sont en train de défigurer l’architecture de l’ancien Tanger”, regrette pour conclure Taferssiti.

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