La faim dans le monde reprend du terrain, la Tunisie pas épargnée selon une étude

Publication: Mis à jour:
MALNUTRITION
Khaled Abdullah Ali Al Mahdi / Reuters
Imprimer

La malnutrition reprend du terrain de façon inquiétante selon un rapport publié par le Fonds international de développement agricole (FIDA), le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ainsi que le Programme alimentaire mondial (PAM).

Ce rapport intitulé "L’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde" se penche sur la dénutrition infantile et plus généralement sur la faim dans le monde dont le niveau a reculé pendant le début des années 2000 et reprend légèrement de l'ampleur faisant craindre une inversion de tendance, et pour cause, 815 millions de personnes sous-alimentées ont été recensées en 2016 contre 777 millions un an plus tôt.

La Tunisie pas épargnée malgré un léger mieux

La Tunisie ne fait pas l'exception parmi les pays touchés par la malnutrition même si elle s'en sort mieux. En effet, suite à la révolution, le pays avait assisté à une flambée des prix des denrées alimentaires bien que, selon le système mondial d’information et d’alerte rapide sur l’alimentation et l’agriculture de la FAO, la Tunisie est restée le pays le moins touché en comparaison aux autres pays du printemps arabe.

Le taux de la population sous-alimentée en Tunisie est passé de 5,6% entre 2004 et 2006 à 5% entre 2014 et 2016. Le taux d'émaciation (perte de poids et amaigrissement sévère) chez l'enfant estimé en 2016 à 2,8%, est toutefois parmi les plus faibles taux d'Afrique aux côtés du Maroc (2,3%) et du Rwanda (2,2%).

En Tunisie, le retard de croissance chez l'enfant est passé de 9% en 2005 à 10,2% en 2016. Il reste le plus faible taux parmi les pays d'Afrique du nord mais aussi le seul à avoir vu son taux augmenter.

Paradoxalement, la Tunisie est le seul pays à avoir enregistré une hausse du taux d'excès pondéral chez l'enfant qui est passé de 8,8% en 2005 à 14,3% en 2016.

L'obésité chez les adultes gagne elle aussi du terrain puisqu'elle a augmenté de plus de 30% en 9 ans, passant ainsi 18,5% (1,3 millions de personnes) en 2005 à 24,2% (1,9 millions de personnes) en 2014.

Près d'un tiers des femmes en âge de procréer dans le monde souffrent d’anémie, ce qui menace la nutrition et la santé de nombreux enfants. Elle constitue donc un indicateur d'une nutrition déficiente. En Tunisie, le taux de femmes anémiques en âge de procréer est passé de 27,8% en 2005 à 31,2% en 2016. Cependant ce taux reste le plus faible de la région.

Le taux de femmes qui allaitent exclusivement au sein pendant les 5 premiers mois du nourrisson a augmenté passant de 6,2% en 2005 à 8,5% ce qui contribue essentiellement à réduire les retards de croissance chez les enfants.

Selon une estimation récente, un allaitement adéquat des nourrissons de moins de 6 mois sauverait chaque année la vie de 820.000 enfants et préviendrait 20.000 décès maternels dus au cancer.

Conflits et malnutrition sont directement liés

Selon le rapport, une corrélation directe a pu être établie entre la hausse des prix des denrées alimentaires et l'instabilité civile et politique. Pour le cas de la Tunisie, une hausse des prix pendant l'année 2010 serait probablement un des facteurs déclencheurs du soulèvement populaire.

Les données historiques confirment que l'explosion des prix des denrées alimentaires attisent les risques d'instabilité politique qui pourraient mener à des conflits, comme ce fut le cas en 1977 en Égypte, au Maroc en 1981, et en Tunisie en 1984 (les émeutes du pain).

Hausse de prix d'aliments de base, conflits civils et malnutrition constituent donc un cercle vicieux qui explique l'évolution de la faim dans le monde, conclut le rapport.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.