Les députés ne rendront pas leurs iPad et iPhone (et expliquent pourquoi)

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MOROCCO PARLEMENT
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PARLEMENT - La polémique autour de la restitution par les députés des iPad et iPhone qu’ils ont reçus pour remplir leur mission durant l’année législative, à présent achevée, est "un faux débat". C’est du moins l’avis que plusieurs d’entre eux, majorité et opposition, partagent, estimant qu’il s’agit avant tout d’outils de travail personnels.

Le PAM, dont l’ex-secrétaire général du PAM, Ilyas El Omari, avait demandé aux députés du parti de les restituer à l’administration, ne fait pas exception. "Ces outils de travail contiennent énormément de données. Nous nous sommes rendus compte que les députés ne pouvaient pas s’en passer. Alors, nous nous sommes accordés afin de les restituer autrement: soit en payant le prix qu’ils ont coûté ou en achetant d’autres iPad et iPhone pour les remplacer auprès de la présidence", assure au HuffPost Maroc le président du groupe des députés PAM à la Chambre des représentants, Mohamed Chourourou. Et de souligner, "sur le plan pratique, cette restitution s’avère être difficile, mais le groupe y trouvera solution".

Au PPS, également, cette "difficulté" est soulevée. La présidente des députés du parti, Aïcha Lablak, relève au HuffPost Maroc le caractère professionnel indispensable de ces outils: "Ce sont des outils de travail indispensables, d’autant que nous sommes amenés à remplir notre mission avec les moyens de bord".

Pour Aïcha Lablak, les conditions dans lesquels travaillent les députés "ne sont pas conformes aux normes internationales". "Dans d’autres pays, le député a droit à 5 ou 6 experts. Dans notre cas, on doit militer pour accomplir notre travail. Certes, nous avons droit au staff administratif lorsqu’on est au siège du parlement, mais notre mission ne s’arrête pas aux lois. En dehors du parlement, il faut répondre aux doléances des citoyens dans les circonscriptions", explique-t-elle. Et de regretter que l’image du parlementaire soit péjorative dans les mentalités.

Une raison qui légitime l’élaboration d’un projet sur lequel travaille Aïcha Lablak. "Nous travaillons avec l’ONG NDI (National Democratic Institute) pour créer une proximité réelle entre les députés et les académiciens. Il est notamment question de les inviter à effectuer des stages au sein du parlement", dit-elle. Mieux faire connaitre le travail d’un député pour redorer son image, c’est en somme, le but que souhaite atteindre ce projet actuellement en gestation au sein du groupe du PPS.

Image écornée du député, Noureddine Moudiane, président du groupe istiqlalien à la Chambre des représentants, en sait quelque chose. À son cinquième mandat consécutif au sein de la Chambre des représentants, il confie au HuffPost Maroc que tout au long de son activité parlementaire, il a souvent pensé à renoncer. Pour lui, les faux débats ont, depuis longtemps, remplacé les vrais, tandis que la mission du parlementaire est désormais mise à mal. "Personnellement, je n’utilise pas d’iPad, je le laisse à mes assistants pour organiser le travail (...) d’autant que le parlement s’achemine vers la digitalisation du travail", affirme-t-il. Et d’estimer que "la polémique autour de la restitution des iPad et iPhone émane d’une volonté de nuire aux parlementaires et vise à mettre en veilleuse les vrais débats de société ainsi que les dérapages économiques et politiques".

Le député istiqlalien tient aussi à souligner que cette polémique risque de porter atteinte non seulement à l’image du député, mais à celle de tout le Maroc auprès de la communauté mondiale. "Si nous nous enlisons dans ce genre de débat, nous risquons de faire du parlement une simple structure formelle sans fondement".

Pour Noureddine Moudiane, il est l’heure de se pencher "sérieusement" sur les grands et "vrais" chantiers, à commencer par le projet de la loi de finances 2018. "L’année dernière a été une exception, mais cette année, il faudra que le gouvernement apporte des changements radicaux", prévient-il. Les autres chantiers concernent la poursuite du programme législatif, notamment les lois organiques sur les grèves et la langue amazigh. "Ces lois ont un rôle essentiel dans le maintien de la cohésion sociale et la stabilité du pays", explique-t-il, soulignant son regret de constater qu'au bout de ses 25 années passées au parlement, "le manque de volonté politique a été et reste l’obstacle à tout développement".

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