Fuite des Rohingyas de Birmanie: Aung San Suu Kyi sort enfin de son silence

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AUNG SAN SUU KYI
Fuite des Rohingyas de Birmanie: Aung San Suu Kyi sort enfin de son silence | Soe Zeya Tun / Reuters
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BIRMANIE - Critiquée par la communauté internationale pour son silence face au sort de la minorité musulmane des Rohingyas en Birmanie, Aung San Suu Kyi s'est enfin exprimée sur le conflit qui secoue son pays depuis plusieurs semaines.

La cheffe de facto du gouvernement birman s'est exprimée pendant 30 minutes, en anglais. Au cours de cette allocution, la prix Nobel de la paix a "condamné toutes les violations aux droits de l'homme", rapporte le journal français Le Monde. Elle s'est dite "désolée pour les personnes qui ont été prises dans ce conflit et ceux qui ont dû fuir leurs maisons, pas seulement les musulmans et bouddhistes, mais aussi nombreuses autres petites minorités".

Aung San Suu Kyi s'est aussi dite "inquiète de voir que de nombreux musulmans fuient au Bangladesh" et se questionne sur les raisons de cet exode.

La responsable birmane a également informé que les autorités du pays étaient prêtes à rapatrier les Rohingyas qui ont fui vers le Bangladesh voisin, "après contrôle d'identité". Or, comme le remarque le quotidien français, la majorité des Rohingyas sont apatrides et ne possèdent pas de document d'identité. "Une simple preuve de résidence en Birmanie devrait être demandée, pas une preuve de citoyenneté", évoque de son côté à l'Agence France-Presse (AFP) Richard Horsey, analyste indépendant basé en Birmanie.

Une réponse qui n'a pas suffi à calmer la colère des organisations de défense des droits de l'homme, dont Amnesty International qui, selon l'agence de presse française, considère que Aung San Suu Kyi pratique la "politique de l'autruche": "Il existe des preuves écrasantes que les forces de sécurité sont engagées dans une campagne de nettoyage ethnique", déclare l'ONG.

Alexandra de Mersan, anthropologue et enseignante-chercheuse à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) en France, spécialiste de la région de l'Arakan en Birmanie avait de son côté expliqué au HuffPost Maroc les raisons derrière l'inaction de la leader birmane dans ce conflit: "Aung San Suu Kyi a une marge de manoeuvre limitée, et un cadre légal dans lequel elle peut difficilement intervenir. Elle n'aurait aucun intérêt à affronter l'armée, qui pourrait à tout moment reprendre le pouvoir si elle estime que le pays est menacé".

Depuis le début des conflits dans la région de l'Arakan, opposant les militaires birmans aux rebelles de l'Armée du salut des Rohingyas de l'Arakan (ASRA), qui ont proclamé un cessez-le-feu unilatéral d'un mois, plus de 400.000 membres de cette minorité religieuse ont fui vers le Bangladesh voisin.

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