Souss-Massa: "La région est leader dans les projets environnementaux" (ENTRETIEN)

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BRAHIM HAFIDI
Brahim Hafidi/Twitter
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RÉGIONS - Du 11 au 13 septembre, la ville d’Agadir a accueilli le sommet international des acteurs non-étatiques engagés pour le climat "Climate Chance". Un événement qui a permis de mettre en évidence les capacités de la région Souss-Massa en termes d’adaptation climatique. À en croire son président, Brahim Hafidi, la région est même leader au niveau national. Pour le HuffPost Maroc, le responsable revient sur les réalisations environnementales et les défis qui attendent sa localité.

HuffPost Maroc: S’exprimant sur le choix d’Agadir comme ville hôte de la 2e édition du Climate Chance, le sénateur Ronan Dantec s’est dit agréablement surpris par les projets environnementaux de la région. Qu'est-ce qui aurait pu tant l'impressionner selon vous ?

Brahim Hafidi: Il faut tout d’abord rappeler que l’Association Climate Chance a tenu son premier sommet à Nantes en 2016, après la COP21 à Paris. Le choix de la ville d’Agadir était donc naturel après la tenue de la COP22 à Marrakech, d'autant qu’Agadir est jumelée à Nantes depuis plusieurs années [1993, ndlr].

Mais ce qui a véritablement contribué au choix de cette ville est le leadership de la région dans les projets environnementaux. Sous l’impulsion du Wali de la région, madame Zineb El Adaoui, Souss-Massa a élaboré son Plan territorial de lutte contre le réchauffement climatique (PTRC). Nous avons également lancé beaucoup de projets sur le climat.

À titre d’exemple, ce que la région a fait sur la gestion de l’eau est unique. Rappelez-vous de la crise de 2006. On a rassemblé tout le monde et après une année de concertation, on a mis en place une stratégie de gestion des ressources hydriques pour garder notre activité économique à savoir l’agriculture, le tourisme et l’industrie.

C’est ainsi qu’on a sauvé 10.000 hectares d’agrumes à El Guerdane. C’étaient des vergers qui se desséchaient et la nappe phréatique de la région avait tari. On a créé alors un partenariat public-privé pour amener l’eau de 100 km, ce qui est exceptionnel vu l’implication du privé, du public et des agriculteurs.

On a également fait beaucoup de travail pour lutter contre les inondations. Vous savez, à Agadir, dès qu’on avait 50 mm de pluie, la ville était inondée. Ces dernières années, Agadir a été protégée des grandes inondations de 2009 et 2014 grâce aux 4 barrages. Même Inezegane n’a pas été touchée grâce à une digue qu’on a érigée pour la protéger, alors que Guelmim subissait de plein fouet les dégâts des eaux.

Quid des activités génératrices de revenus ?

Ce volet est également présent dans nos projets et nous avons cherché à valoriser les produits du terroir. Safran, arganier, plantes aromatiques et médicinales viennent de zones qui étaient très touchées et que les gens avaient presque désertées. Mais il y a une résilience. Les plantes sont encore là, même avec peu d’eau. Aujourd’hui on les valorise, notamment à travers le conditionnement et la labélisation. Les populations peuvent ainsi tirer profit de leur produit. C’est un cercle vertueux: en gagnant de l’argent, les gens plantent davantage et réhabilitent leur écosystème, ce qui leur permet de profiter d’un meilleur rendement. Des emplois sont créés, surtout parmi les femmes, une population qui, en plus de sa vulnérabilité sociale, est également touchée par les conséquences du dérèglement climatique.

Mais les défis climatiques peuvent également constituer une chance, une opportunité. À titre d’exemple, le safran était limité à Taliwine. Aujourd’hui, il s’étend parce qu’avec les changements climatiques, il fait moins froid dans certaines régions, ce qui crée un climat propice pour sa culture. C’est un peu comme ce qui s’est passé en Iran qui a pu multiplier les superficies où le safran est cultivé à cause ou grâce au réchauffement climatique. Cela ne veut pas dire que c’est une bonne chose, mais les mécanismes d’adaptation ont pu être mis en place.

Lors d’une récente déclaration, vous avez annoncé que la région ambitionnait d’atteindre zéro carbone à horizon 2050. Comment comptez-vous y parvenir ?

À travers deux projets structurants. Le premier concerne la station solaire Noor à Tata et le deuxième la station de transfert d’énergie par pompage (STEP) d’Abdelmoumen. Ces deux stations ont la capacité de produire tout ce que consomme la région en électricité. On est également en phase d’étude pour trouver les sites où seront installées deux stations éoliennes. Au niveau local, la ville d’Agadir et plusieurs communes commencent déjà à utiliser les énergies renouvelables pour l’éclairage public. La dynamique est donc lancée. En prenant en considération que nous ne sommes pas de gros émetteurs de carbone et que la région est agricole, ce qui fait que le gaz est absorbé par les plantations, on pourra atteindre notre objectif bien avant 2050.

En marge du Sommet, le président ivoirien de Saint-Pedro a ratifié le mémorandum Under2Mou. Les régions marocaines, quant à elles, se sont contentées de signer une lettre d’intention. Est-ce un aveu d’échec ?

Ce n’est pas tant un aveu d’échec qu’une approche réaliste. Les conditions d’adhésion au mémorandum sont contraignantes et nous n’avons pas les ressources nécessaires pour honorer nos engagements. Les ressources humaines j’entends. Si je prends le conseil régional à titre d’exemple, il n’y a qu’une seule personne qui s’occupe de l’environnement à l’heure où il me faut une dizaine d’ingénieurs pour pouvoir produire le rapport de monitoring annuel qu’il nous faut remettre. C’est pour cela qu’en tant que collectivités territoriales, nous demandons le renforcement des capacités. Nous ne serons pas prêts tout de suite, mais avec toute la dynamique enclenchée, il ne nous faudra que deux ou trois ans, voire moins pour pouvoir nous engager.

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