Noam Vazana: "On peut manifester contre une politique, mais cela n'aide en rien de manifester contre une personne" (ENTRETIEN)

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NOAM VAZANA
Asaf Lewkowitz
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POLÉMIQUE - C'est une semaine des plus tendues qu'a vécue la chanteuse Noam Vazana. Comme l'explique cette dernière au HuffPost Maroc, "300 personnes ont manifesté la veille du concert contre (sa) présence au festival Tanjazz". Une situation que l'artiste qualifie "d'étrange" et "surréaliste".

Une semaine inédite pour la chanteuse, qui s'est sentie "déshumanisée" par ces attaques. "Je suis attaquée sur ma personne", déclare-t-elle, ajoutant que "toutes les histoires sur moi qui sortent dans la presse se concentrent sur la politique et la polémique, mais personne ne semble réaliser que je suis une personne avant tout".

La chanteuse a en effet été particulièrement marquée par les attaques qui l'ont visée. "On m'a accusée d'avoir tué des enfants parce que j'étais dans l'armée israélienne, mais c'est complètement faux. J'étais en effet dans l'armée (l'armée est obligatoire en Israël dès 18 ans), mais dans l'orchestre de l'armée. Je n'ai jamais tenu une arme", affirme la jeune femme.

Le militant Sion Assidon avait fustigé l'organisation du festival sur Facebook, pour avoir invité "une soldate de l'armée de l'air israélienne qui dit dans une interview récente qu'il est important d'aller se produire à travers le monde pour donner une image positive d'Israël". "Je n'ai jamais fais partie de ce conflit!", répond de son côté l'artiste. "On peut manifester contre une politique, mais cela n'aide en rien de manifester contre une personne. Vous pouvez être en désaccord avec moi, mais ayons au moins une discussion polie", ajoute-t-elle.

"Il y a quand même eu un débat de 20 minutes sur Al Jazeera où des gens se sont demandé si j'avais le droit de revenir au Maroc, le pays de mes parents", poursuit-elle. Et d'ajouter: "J'aurais préféré qu'on parle de ma musique pendant 20 minutes sur Al Jazeera".

The show must go on

Hier, la chanteuse n'a noté aucun incident pendant son passage sur scène, et était ravie de voir que son public était au rendez-vous. "J'étais très heureuse de voir que le public, qui m'a déjà vue à Tanjazz, était revenu. Certains ont même accompagné cette fois-ci d'amis. Il ont montré qu'ils croyaient en l'amour, l'amitié et la paix".

Car malgré la polémique, l'artiste insiste sur le soutien qu'elle a reçu de la part de ses fans. "J'ai reçu de nombreux mails d'insultes, mais aussi énormément de messages de personnes qui me soutiennent."

Noam Vazana, qui qualifie sa musique de "réalisme magique", était sur scène hier soir aux côtés de la chanteuse marocco-néerlandaise Teema, dans le cadre du festival Tanjazz. Les deux femmes se sont rencontrées il y a quelques années, dans le cadre d'un festival dédié à la musique juive marocaine, avant de se lier d'amitié. Il y a deux ans, elles décident d'enregistrer un duo ensemble, intitulé "Maktub, et partagent une vidéo sur Youtube.

C'est par une newsletter envoyée par la chanteuse que Philippe Lorin, directeur du festival Tanjazz, a eu vent de la vidéo et a proposé aux chanteuses de se présenter en duo à Tanjazz. "Comme nous sommes constamment en tournée, les répétitions se sont d'abord faites sur skype", nous explique la chanteuse. "Nous avons ensuite répété au Maroc et cela a vraiment été simple entre nous car cette collaboration est née d'une réelle amitié".

La polémique née ces derniers jours ne semble pas décourager la jeune femme de revenir une quatrième fois sur la scène tangéroise. "Je ne leur laisserai pas la satisfaction de me déstabiliser. Je continuerai à diffuser l'amour avec ma musique."

Un retour aux racines

Née en Israël de parents marocains, la jeune femme a notamment évoqué au HuffPost Maroc le souvenir de sa grand-mère, qui parlait le ladino (langue des juifs d'Espagne venus au Maroc, ndlr). Elle a redécouvert cet héritage à l'occasion de son dernier passage à Tanjazz, il y a quatre ans. "J'en ai profité pour aller à Fès, la ville natale de ma grand-mère, et j'y ai trouvé un festival où les gens chantaient en ladino. J'ai donc décidé de faire des recherches et j'ai redécouvert cet héritage".

festival fes

"Cette photo a été prise au moment précis où j'ai entendu de la musique ladino dans les rues de Fès", confie Noam Vazana au HuffPost Maroc. ©Asaf Lewkowitz

"J'ai alors enregistré un album exclusivement de musique ladino et qui sortira la semaine prochaine", s'enthousiasme la chanteuse, qui précise que l'album a bénéficié d'une campagne de crowdfunding, à laquelle les personnes intéressées peuvent encore participer.

En attendant l'album, voici le premier single ladino livré par la chanteuse après son voyage au Maroc. "Le festival de Tanjazz m'a ramené à mes racines", conclut Noam Vazana.

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