La musique Hassanie s'exporte à Paris pour la Fête de l'Humanité

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GROUP DOUEH CHEVEU
Group Doueh & Cheveu
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MUSIQUE - C’est par une traditionnelle séance de thé que la collaboration musicale entre le combo sahraouai Doueh et le trio français Cheveu a été scellée. Après quinze jours de répétition et d’enregistrement à Dakhla en 2016, les deux groupes ont sorti en février leur premier album “Dakhla Sahara Session”. Ils le présenteront ce samedi à la Fête de l’Humanité à La Courneuve, en région parisienne.

Sous la tente au milieu du désert, une amitié s’est vite créée entre les deux groupes. Le punk rock de Cheveu est venu électrifier la musique traditionnelle de Doueh qui, à son tour, a ajouté des airs orientaux aux chansons. La voix forte de Halima Jakani se fond parfaitement au style de Cheveu et complète la tonalité grave de David Lemoine. Le résultat a donné vie à un rock psychédélique aux rythmes groovy, le tout parsemé de grains de sable et de thé vert trop sucré. Une musique que les deux groupes aiment qualifier de “mille-feuille de sonorités”.

“On voulait créer un nouveau style", explique José Kamal, co-producteur de l’album. “On tenait à ce que ne soit pas vu comme de la 'musique du monde'. Artistiquement, c’est un ovni de la musique où l’on peut, cependant, toujours distinguer la chanson hassanie.”

Si Cheveu connaissait Doueh avant leur tea-party, le groupe marocain de son côté n’avait encore jamais entendu parlé des trois Bordelais. “Je voulais les sortir un peu de leur isolement, j’ai donc ramené les trois albums de Cheveu à Doueh, ils les ont écoutés pendant plusieurs semaines et ont compris ce que c’était”, explique le co-producteur qui reconnait avoir douté, au début, de la réussite de ce projet.

Exporter la musique hassanie

Kamal, dont les origines s’étendent jusqu’au désert marocain, voulait avant tout mettre cette musique traditionnelle, chère à son coeur, sous les feux des projecteurs. Après avoir chapeauté le festival de Dakhla, qui faute de soutien et de financement s’est arrêté en 2011, il décide qu’il est temps de faire rayonner la musique hassanie sur la scène internationale.

Les membres de Doueh seront les premiers musiciens marocains à jouer à la Fête de l’Humanité. “Chaque année, je proposais aux organisateurs des artistes nationaux, raconte Kamal. J’avais même fait venir les organisateurs en 2009 au festival de Dakhla pour les introduire à la musique hassanie”.

“Le résultat de la collaboration montre que la musique hassanie a toute sa place auprès des autres musiques dans le monde, et non du monde, au même niveau que le rock, hip-hop ou le reggae”, souligne-t-il.

Le public européen a eu l’occasion de découvrir ce nouvel album lors des trente dates de la tournée d'été du groupe. Ils ont participé au festival de Dour en Belgique, à celui de Roksild au Danemark, mais aussi à la traditionnelle Fête de la Musique de l’Institut du Monde Arabe, sur invitation de son président, Jack Lang.

La scène Zebrock de la Fête de l’Humanité, qui clôturera leur tournée, leur permettra cette fois-ci de jouer devant plus de 350.000 spectateurs. Une consécration pour le groupe âgé d’à peine un an et qui prépare déjà sa tournée du printemps prochain.

Cet album est le premier résultat du programme de soutien et de préservation de la musique hassanie, dirigé par José Kamal, qui a pour but de former, produire et faire la promotion des artistes hassanis dans le monde. “On veut désenclaver la musique des provinces du sud du Maroc”, espère-t-il. L’album représente également un projet-pilote pour le programme qui permettra par la suite de faciliter la création de nouvelles collaborations et résidences entre les musiciens sahraouis et des artistes venus des quatre coins du monde.

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