Aung San Suu Kyi dans le collimateur de l'ONU pour le traitement des Rohingyas en Birmanie

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AUNG SAN SUU KYI
Aung San Suu Kyi dans le collimateur de l'ONU et critiquée pour le traitements des Rohingyas en Birmanie. | Reuters
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BIRMANIE - Aung San Suu Kyi dans le collimateur de l'ONU. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a appelé la Birmanie, ce mercredi 13 septembre, à suspendre ses opérations militaires contre la minorité Rohingya, considérant que les autorités se livraient à un nettoyage ethnique. Plusieurs personnalités politiques ont appelé la dirigeante Birmane à cesser les violences.

Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni ce mercredi à huis clos pour discuter des violences dans l'État birman du Rakhine (ouest) qui ont déclenché l'exode de réfugiés rohingyas vers le Bangladesh. "J'appelle les autorités de Birmanie à suspendre les activités militaires et la violence et à faire respecter la loi", a déclaré Antonio Guterres, au cours d'une conférence de presse à New York.

A la question "s'agit-il de nettoyage ethnique?" le secrétaire général a répondu: "Quand un tiers de la population Rohingya doit fuir le pays, pensez-vous pouvoir trouver un meilleur mot pour décrire" la situation, a-t-il rétorqué à un journaliste, sans lui-même prononcer le mot de génocide.

Aung San Suu Kyi a fait savoir de son côté qu'elle annulait un déplacement à l'ONU pour son Assemblée générale annuelle qui débute la semaine prochaine. Pressée de s'exprimer par la communauté internationale, mais devant maintenir un précaire équilibre dans ses relations avec la très puissante armée birmane, elle a cependant promis de sortir publiquement de son silence le 19 septembre lors d'un discours télévisé.

Les critiques montent à l'encontre de la dirigeante

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a directement "exprimé ses profondes préoccupations quant à la situation des musulmans rohingyas" lors d'une conversation téléphonique mercredi avec Aung San Suu Kyi. Il l'a enjoint à "mettre fin à la violence" et à "assurer la protection des civils", selon des éléments de la conversation rendus publics par le gouvernement canadien.

Côté Français la réaction de l'ancien ministre des Affaires Étrangères s'est faite plus véhémente. Bernard Kouchner a directement accusé la dirigeante birmane et remis en cause son prix Nobel de la Paix, révèle Europe 1.

"C'est une tuerie. Ce n'est pas parce qu'on a le prix Nobel qu'on est pure. Elle persécute les musulmans sur son territoire, a-t-il asséné ce mercredi soir. "Aung San Suu Kyi est cheffe de la majorité, elle a une large majorité au parlement. Bien sûr qu'elle est responsable. Rien que se taire en raison de l'image d'Aung San Suu Kyi est intolérable. Tout le monde savait que les Rohingyas souffraient. Il faut remettre en question (son prix Nobel) au niveau de la morale et de la pureté. On pourrait croire que les généraux ont encore le pouvoir mais malheureusement, je crains qu'elle ait le pouvoir", poursuit-il avant de conclure: "Aung San Suu Kyi dit elle-même que ces gens ne sont pas chez eux. Ce n'est pas parce qu'elle a le prix Nobel qu'il faut la pardonner. On ne peut pas pardonner de tels actes. C'est une guerre de religions (...) Comme elle ne le dénonce pas, elle est complice".

Dans une lettre ouverte au Conseil de sécurité, une dizaine de prix Nobel ont appelé mercredi les Nations unies à "des actions audacieuses et décisives". "Nous vous demandons d'agir immédiatement pour faire cesser les attaques militaires aveugles sur des civils innocents", indique ce texte signé entre autres par le Bangladais Muhammad Yunus, la Pakistanaise Malala Yousafzai et le Sud-Africain Desmond Tutu.

L'ONU considère que les Rohingyas sont victimes d'une "épuration ethnique" au Rakhine (aussi appelé Arakan), région historiquement en proie à des troubles communautaires et sujette à une nouvelle flambée de violences depuis fin août. Lors de son seul commentaire officiel sur cette crise, la cheffe du gouvernement birman avait dénoncé un "iceberg de désinformation" sur les Rohingyas et défendu l'action de l'armée.

Un Conseil Sécurité divisé sur la question

Le Conseil de sécurité s'annonce divisé: la Chine, qui est le premier investisseur étranger en Birmanie, a réitéré son "soutien" à Naypyidaw (la capitale birmane) et loué "ses efforts pour préserver la stabilité de son développement national". "Nous espérons que le Conseil de sécurité va proposer des décisions substantielles et notamment un embargo sur les armes", a déclaré de son côté Phil Robertson de Human Rights Watch.

Antonio Guterres a réfuté mercredi toute incapacité des Nations unies à mettre un terme à la "tragédie" de populations "qui souffrent, qui sont décimées". Il a mis en avant l'action des instances de l'ONU chargées des droits de l'Homme et de celles qui fournissent de l'aide humanitaire dans les zones du Bangladesh où fuient les Rohingyas. "J'espère que le Conseil de sécurité pourra envoyer un message très fort à la Birmanie", a ajouté Antonio Guterres.

Marées humaines et crises humanitaires

Plus de 379.000 Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh depuis fin août pour fuir une campagne de répression de l'armée birmane consécutive à des attaques de rebelles rohingyas. Et des milliers d'autres seraient toujours sur les routes.

Autorités locales et organisations internationales peinent à prendre en charge cette marée humaine. Les réfugiés arrivent au Bangladesh épuisés et affamés, après des jours de marche sous la pluie et au péril de leur vie.

Traités comme des étrangers dans ce pays à plus de 90% bouddhiste d'Asie du Sud-Est, les Rohingyas sont apatrides, même si certains y vivent depuis des générations. Ils sont victimes de multiples discriminations: travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement, règles de mariage injustes et confiscation des terres.

Mais la tâche d'Aung San Suu Kyi est compliquée par la montée des bouddhistes extrémistes ces dernières années. Et surtout par la grande autonomie de l'armée birmane, qui reste toute puissante dans cette zone de conflit et tient les rênes de trois ministères importants: l'Intérieur, les Frontières et la Défense.

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