Code du numérique, Paypal, Ennahdha: Le ministre des TIC et de l'Économie numérique Anouar Maarouf accorde une interview exclusive au HuffPost Tunisie

Publication: Mis à jour:
TGTB
Facebook/Anouar Maarouf
Imprimer

Le ministre des Technologies de l'information et de l'Économie numérique, Anouar Maarouf a accordé jeudi une interview exclusive au HuffPost Tunisie.

Un des rares ministres rescapés du dernier remaniement ministériel, il est revenu pendant près de 40 minutes sur le travail de son ministère pour réformer le secteur via notamment la rédaction d'un nouveau Code du numérique attendu prochainement mais également sur son positionnement politique . Interview.

Vous vous faites rare dans les médias contrairement à d'autres ministres du gouvernement, Est-ce une volonté, un choix?

Ce n'est pas un choix de me faire rare dans les médias, mais le choix de ne paraitre que quand il y a une réalisation. Ce n'est pas dans ma nature d'aller vers les médias pour ne rien dire. Il faut que cela soit lié à un travail.

Le choix qu'on a fait c'est d'aller vers les médias et vers les gens pour leur montrer nos réalisations, pas pour faire des promesses.

Toutes mes sorties médiatiques ont été soit lors d'un évènement majeur soit pour présenter une réalisation.

Si vous nous avez accordé cette interview, c'est que vous avez une réalisation à présenter alors?

Cela fait un an que le gouvernement d'union nationale est en place. On a fait un bilan pour voir si on avance ou pas.

Vu votre reconduction à la tête du ministère après le dernier remaniement, ce bilan est-il positif?

Oui et grâce au travail de toute l'équipe. C'est une chance que nous avons au sein de ce ministère, c'est que nous avons travaillé dans la continuité. Celui qui arrive n'efface pas le travail de son prédécesseur.

Il y a une stratégie et notre fierté c'est que notre stratégie "Tunisie digitale 2020" appartienne à tout le monde, à toutes les parties prenantes, privés, publics, société civile... et à toutes les administrations qui sont impliquées.

C'est sur cela que nous avons bâti notre démarche: sur la continuité.

Les changement de gouvernements et donc de priorités peuvent-il mettre à mal cette continuité?

Avec le passage au gouvernement d'union nationale et le changement de priorités, notre travail a été de réfléchir sur comment faire le matching entre une stratégie en cours et les priorités du gouvernement. C'est pour ça que notre tâche n'a pas été facile pour reprioriser les projets pour matcher avec les priorités du gouvernement d'union nationale.

Pouvez-vous nous donner des exemples?

Par exemple pour lutter contre la corruption, il faut blinder le dispositif administratif en numérisant, en standardisant, en mettant des barrières entre le citoyen et le fonctionnaire, qui ne doit pas être une zone de pouvoir informel. Il faut tarir ces sources de pouvoirs informels sources de corruption. Là on s'est inscrit dans cette démarche, et on l'a remis dans nos priorités pour matcher avec celles du gouvernement.

C'est également le cas en matière de lutte contre le terrorisme où on a augmenté notre budget pour les agences spécialisées contre la lutte contre le terrorisme et le crime organisé et au niveau de la sécurisation de l'espace cybernétique national.

Pareil au niveau de la croissance. Quand le chef du gouvernement vous demande de trouver un moyen de faire de la croissance, il vous donne une orientation. C'est pour ça que l'on a axé sur le projet "Smart Tunisia" grâce à quoi nous pourrons créer des emplois même si le taux de croissance du pays est faible, car on va chercher des entreprises situées à l'international qui ne seront donc pas directement liées à la croissance économique de notre pays.

Justement, quel est votre bilan depuis le lancement "Smart Tunisia"?

Depuis une année, on a créé près de 3000 emplois. C'est essentiel pour le projet Smart Tunisia et ce malgré les quelques difficultés que nous avons rencontré.

C'est le temps des réformes. Quelle vision avez-vous adopté pour celles-ci?

On a travaillé sur des réformes, et on n'a pas choisi le chemin le plus facile. On s'est dit qu'il fallait qu'on arrête avec les Quick Wins même si en début de période de changement, c'est classique: On fait des Quick Wins pour montrer que c'est possible et donner de la confiance.

Mais cela a tellement duré, qu'aujourd'hui les Quick Wins ne donnent plus d'effets. Il faut donc rentrer dans le vif du sujet et ouvrir les grands sujets de réformes.

Parmi ces grandes réformes, on a choisi de mettre en place le Code Numérique.

Qu'est-ce que le Code Numérique?

Aujourd'hui on a un Code des Telecoms fait au début des années 2000 et qui n'est plus en phase avec notre époque. Aujourd'hui on ne parle plus d'un marché de Telecoms seulement. On ne parle plus de l'infrastructure comme driver mais de données comme driver.

Aujourd'hui, les drivers de la croissance sont les données, c'est la circulation des données et non pas l'infrastructure et la circulation des marchandises, ce qui nécessite que l'on change nos dispositifs législatifs, d'où le Code du Numérique.

On a renforcé le rythme dans sa préparation. Il y a une grande équipe qui travaille dessus et nous sommes en train de le créer à travers une démarche participative. On veut que tout le monde y soit impliqué. C'est pour ça qu'il y a eu une première consultation et qu'une deuxième aura lieu avec de nombreux acteurs.

Dans ce sens d'ailleurs, nous avons travaillé avec les Startuppers pour l'élaboration du Startup Act. Le projet de loi est prêt et on attend sa validation qui va arriver très prochainement et qui permettra aux jeunes startuppers d'avoir un cadre législatif favorable pour la création et le développement des startups en Tunisie.

Quelles sont les principes phares qui vont régir ce Code du Numérique?

On a des principes que l'on veut retrouver dans ce code: D'abord on veut que le code soit au service du développement de l'économie numérique. On ne veut pas d'un code comme le code pénal qui soit juste un arbitre, qui ne prévoit que des sanctions.
Il faut qu'il soit un véhicule du développement de l'économie numérique.

Il y aussi des nouveaux challenges qu'il doit prendre en considération comme la cybersécurité qui doit occuper une place essentielle.

Le 3eme point, c'est qu'on va vers l'intégration. On n'aura plus un code des Telecoms seuls, des lois régissants l'I.T, l'e-commerce dispersées.

Le 4eme point, c'est qu'il faut que ce soit un code bâti le moins possible sur les autorisations et le plus possible sur les chances, les opportunités pour donner l'égalité des chances et des acteurs.

Où en est-on de l'affaire Paypal?

C'est une priorité. On en a même fait un conseil ministériel. Mais il faut comprendre que l'affaire Paypal est liée à nos lois et principalement la loi de changes.

On a voulu montrer à Paypal que malgré les problèmes que peuvent avoir nos lois, on fait preuve de bonne volonté. Cette bonne volonté peut se traduire par exemple par une lettre de confort de la Banque Centrale, et celle-ci a fait une lettre de confort qui donne des garanties à Paypal.

Mais cela n'a malheureusement pas suffi.

On est entrain de continuer de négocier avec lui mais aussi avec d'autres acteurs. On est en train aussi de chercher des solutions alternatives, d'autres acteur comme Paypal qui sont plus flexibles et plus compréhensifs.

Le refus de Paypal est un signal qui montre qu'il est temps que certaines lois doivent changer en Tunisie. Il est temps aujourd'hui de revoir notre loi de changes.

Vous avez récemment parlé de l'importance de l'internet des objets. Concrètement que fait votre ministère pour soutenir les entreprises tunisiennes implantées dans ce domaine?

On a 3 aspects par rapport à l'IOT.

Aujourd'hui, les gens qui travaillent dans l'IOT disent que le Code des Telecoms les empêche d'obtenir des autorisations de fréquences puisque seuls les opérateurs telecoms ont droit d'utiliser ces fréquences. On a trouver un moyen de leur donner des licences -différentes des licences telecoms-. On a sorti un décret spécial par rapport à ça.

Il y a eu une première vague de 33 entreprises qui ont pu obtenir des licences et une deuxième vague arrivera bientôt.

La deuxième action que l'on a entrepris c'est de faire connaitre le potentiel de l'IOT en Tunisie. Comment? À travers "Smart Tunisia" on emmène avec nous des entreprises dans de nombreux salons internationaux et même en Tunisie avec le Salon de l'Agriculture par exemple qui compte 200.000 visiteurs.

On aura un pavillon de l'économie numérique où seront présentes des startups travaillant sur l'IOT pour montrer aux visiteurs et aux agriculteurs comment des solutions à base d'IOT peuvent avoir un impact sur l'agriculture.

Notre 3ème axe est la formation. Avec le soutien du ministère de l'Enseignement supérieur, on pousse à ce que l'IOT soit un élément essentiel de la formation au niveau théorique mais aussi pratique avec des challenges, des incubateurs de projets....

Où se positionne la Tunisie en Afrique dans le domaine de la technologie numérique?

On se positionne comme un hub, comme un hub d'excellence en matière de technologie numérique.

Quand on est rentré dans le projet "Smart Africa", on a dit que l'on sera un hub. "Smart Africa", c'est un marché de 300 milliards de dollars à investir sur 10 ans dans l'infrastructure numérique. Nous on ouvre ce vaste marché pour les entreprises tunisiennes.

À côté il y a aussi des initiatives de terrain. Par exemple, je vais pour une visite officielle à Djibouti au sein d'une délégation qui compte 36 hommes d'affaires pour parler business et pour leur proposer nos compétences.

En janvier, il y aura un grand évènement en Côte d'Ivoire où on ira avec une grande délégation pour appuyer la présence de la Tunisie en Côte d'Ivoire qui connait un grand essor avec un taux de croissance très intéressant. Et via la Côte d'Ivoire, c'est tous les pays de l'Afrique de l'Ouest que l'on vise.

D'ailleurs, des entreprises tunisiennes vont signer là-bas l'achat d'entreprises locales qui ont un pied dans d'autres pays de la région.

Par ailleurs, avec La Poste Tunisienne on a signé avec l'Union postale universelle qui a choisi la Tunisie comme hub pour le commerce électronique.

On reste à l'écoute des acteurs et des parties prenantes pour concrétiser notre présence en Afrique.

Une question plus politique pour conclure: Certains disent de vous que vous êtes affilié à Ennahdha, d'autres que vous êtes indépendant politiquement. Où vous situez-vous sur l'échiquier politique?

Je suis d'Ennahdha, au service du pays. C'est l'offre de service d'Ennahdha au pays.

La démocratie ne se construit pas sans partis. Et elle ne peut pas se renforcer sans partis forts. L'État ne peut pas se renforcer si les partis ne prennent pas leurs responsabilités pour bâtir l'État.

Aujourd'hui, il faut briser ce tabou qui est de faire croire que les partis doivent gagner les élections pour laisser par la suite des indépendants gouverner. Le peuple demande des comptes à qui? Aux partis politiques!

On est dans une dynamique d'un gouvernement d'union nationale dont Ennahdha fait partie d'une façon respectable.

Quand on a fait le pacte de Carthage, l'engagement d'Ennahda était total et elle a aligné une très bonne équipe et a mis en place un dispositif au sein du parti pour que le soutien soit total au gouvernement d'union nationale que ce soit au niveau politique, au niveau du parlement ou des régions et cela laisse le gouvernement être plus fort et plus à même d'exécuter ses engagements, et on est dans cette perspective.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.