Dialogue social: Dans un climat de tension syndicale, Saad Eddine El Othmani fixe une deadline au gouvernement

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SAAD EDDINE EL OTHMANI
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SYNDICAT - La rentrée s’annonce corsée pour le dialogue social. Le chef du gouvernement, Saad Eddine El Othmani, a adressé aux ministres, ministres délégués et secrétaires d’État, un écrit dans lequel ils les exhortent à lui faire part, avant le 18 septembre, des propositions auxquelles a abouti le dialogue sectoriel avec les représentants syndicaux.

En somme, ils ont moins de quatre jours pour remettre leur copie au chef du gouvernement afin que le dialogue social puisse être lancé dès octobre prochain. Le problème est qu’il sera difficile pour les membres du gouvernement de tenir cette deadline. Et pour cause, nous explique une source bien informée au gouvernement: la majorité des secteurs n’ont pas tenu de dialogue avec les acteurs syndicaux. Si certains tentent de rattraper leur retard, au cours de ces quelques jours, ils ne seront certainement pas tous au rendez-vous.

Piqûre de rappel

La lettre du chef du gouvernement devait servir de rappel à la circulaire datant du 5 juin dernier, qu’il avait adressée à l’ensemble des membres du gouvernement. Dans celle-ci, la volonté de "renforcer le dialogue social entre le gouvernement et les centrales syndicales au niveau sectoriel, local et de l’entreprise", y est soulignée.

Saad Eddine El Othmani avait ainsi demandé aux membres de son gouvernement de préparer le terrain pour l’ouverture du dialogue social. Le chef du gouvernement les avait appelés, par ce biais, à procéder à "un examen approfondi" de l’ensemble des questions et dossiers liés à leurs secteurs, "dans le cadre d’un dialogue sectoriel avec les centrales syndicales les plus représentatives afin d’aboutir à des solutions".

Demande leur a été faite par ailleurs de mobiliser l’ensemble des entités sous leur tutelle pour en faire de même, les invitant à lui transmettre, dans les meilleurs délais, les résultats, mais aussi des propositions. Des éléments nécessaires pour permettre "la mise en place d’une plateforme pour le dialogue social national".

Cette dernière devient à présent une urgence. Le ministre de l’Emploi et de l’Insertion professionnelle, Mohamed Yatim, avait en effet annoncé, il y a une semaine, le lancement imminent du dialogue social. Aussi, le chef du gouvernement prendra-t-il contact le plus tôt possible avec les secrétaires généraux des syndicats les plus représentatifs afin d’institutionnaliser le partenariat avec les centrales syndicales.

Rivalité entre centrales syndicales

Des préparatifs qui coïncident avec un climat de tension au sein des centrales syndicales, à en croire notre source: "il n’y a presque pas de communication entre les centrales syndicales. Elles n’agissent plus dans un cadre consensuel parce qu’il n’y a plus de coordination entre elles".

Une querelle de "monopole" serait à l’origine de cette division, lorsque l’Union marocaine du travail (UMT) a pris la tête de la délégation devant représenter le Maroc à la Conférence internationale du travail en juin dernier à Genève. Les autres centrales syndicales auraient ainsi pris leurs distances et boycotté leur "rivale".

La rivalité, surtout entre les deux plus grandes centrales syndicales, la Confédération démocratique du travail (CDT) et l’UMT, aurait ainsi repris après un apaisement scellé, à l’époque de l’ancien gouvernement, par un accord de mise en place d’une alternance permettant à chaque centrale (4 au total ayant signé le PV de cet accord) de présider la délégation des syndicats notamment aux congrès internationaux et/ou arabes du travail. L’UMT aurait décidé, plus tard, sur la base des résultats des élections dont elle a raflé la majorité des voix, de se retirer de cet accord arguant être "la plus représentative" des centrales syndicales.

Querelle ou non, le dialogue social doit avoir lieu

"Il n’y a pas eu de rencontre entre syndicats, ni de mémorandum commun", fait remarquer notre source. Cette absence de consensus risquerait-elle de remettre en question le bon déroulement du dialogue social ? "Non, cela n’aura absolument aucun impact sur le dialogue social", répond le secrétaire général de l’UMT, Miloudi Moukharik, dans une déclaration au HuffPost Maroc. Et d’ajouter que toute tension entre les centrales syndicales "ne regarde pas le gouvernement". Sinon, ce serait "une tentative d’ingérence de sa part dans les affaires syndicales pour ne pas tenir les séances du dialogue social".

Miloudi Moukharik tient également à souligner que l’objet du désaccord entre les centrales syndicales "remonte désormais au passé" et que "cela arrive partout dans le monde quand on a un pluralisme syndical".

Du côté de la CDT, même son de cloche. "Le dialogue social n’a aucune relation avec la nature des relations au sein des syndicats, et/ou entre elles. Il est lié directement au gouvernement, à sa manière de gérer le dossier social et ses relations avec les syndicats", explique Allal Belarbi, membre du bureau exécutif de la CDT.

Pour ce responsable, si le dialogue social connait en ce moment "une période d’inertie", c’est en raison "de la façon avec laquelle le gouvernement traite le dossier social, le mouvement ouvrier et syndical". "Le gouvernement a pris l’habitude de prendre des décisions unilatérales à plusieurs reprises, notamment, à titre d'exemple, en ce qui concerne la retraite et la compensation. L’absence de dialogue social mène fatalement vers la tension sociale", met en garde ce responsable. Et de préciser qu’il n’y a pas de "querelle au sein des centrales syndicales et que même s'il y en avait, cela ne peut pas servir d’argument pour ne pas tenir le dialogue social".

Quant au fait que les centrales syndicales ne se sont pas réunies et n’ont pas encore élaboré un mémorandum commun, Allal Belarbi explique qu’elles "n’en ont pas eu l’occasion, tout simplement".

Les syndicats renvoient ainsi la balle au gouvernement, auquel ils reprochent sa méthodologie dans la gestion du dialogue social. "Le fait de tenir des réunions sectorielles avec chaque département pour collecter des propositions et ensuite tenir un dialogue central... C'est une méthode de travail qui est en train de noyer le dialogue social. Mais quand ce dernier se tiendra-t-il? Il y a, certes, des réunions, mais pas de dialogue dans le vrai sens du terme", regrette ce membre du bureau exécutif de la CDT.

En somme, le gouvernement serait, aux yeux de la CDT, en train de retarder le lancement du dialogue social. "Nous appelons le gouvernement à se plier aux critères internationales de l’OIT et à respecter le code du travail, pour tenir au plus vite le dialogue social et général", insiste Allal Belarbi. Et d’ajouter que la CDT a adressé, il y a une semaine, une deuxième lettre au chef du gouvernement pour contester la méthodologie qu’il emploie: "Nous lui avons demandé d’ouvrir un dialogue, mais nous n’avons eu aucune suite".

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