Le premier sommet Women in Africa se tiendra à Marrakech

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Women in Africa
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ÉCONOMIE - Tout est parti d'un refus. Si la demande de participation au World Economic Forum de Davos en 2000 ne lui avait pas été refusée, Aude de Thuin n'aurait peut-être jamais fondé Women in Africa, qu'accueillera Marrakech du 25 au 27 septembre. C'est ce que confie au HuffPost Maroc l'entrepreneure française et fondatrice de ce premier sommet annuel, qui s'apprête à réunir plus de 300 leaders et entrepreneurs venus de 37 pays différents, principalement d’Afrique, et de différents domaine d’expertise. Résultat: une initiative qui “encourage les entreprises internationales et panafricaines à identifier, rassembler et accompagner les talents féminins”.

À l'origine...

“Je n’ai jamais eu de réponse du WEF, j’ai compris plus tard que c’était parce que j’étais une femme et que je dirigeais une PME, alors que le WEF était composé à l’époque de seulement 4% de femmes et ne s’intéressait qu’à la grande économie", se souvient Aude de Thuin. "La presse disait de Davos que c’était un forum où l’on pensait le monde de demain. J’étais tellement en colère, je ne comprenais pas comment est-ce que l’on pouvait penser le monde de demain sans les femmes", s’indigne-t-elle. “J’ai alors créé le Women's Forum for Economy and Society, il y a quinze ans, et je suis devenue grâce à ça, trois ans plus tard, leader mondial".

Aude de Thuin finira par vendre le Women’s Forum à Publicis suite à la crise des subprimes aux États-Unis. Elle n'en ressort pas bredouille pour autant. Après quatre ans à la tête de ce forum mondial, elle a pu faire la rencontre de milliers de femmes entrepreneurs dont plusieurs venues d’Afrique. “Depuis plusieurs années, elles me demandaient de faire quelque chose pour les femmes africaines et créer un réseau leur permettant d’être connectées avec d’autres femmes entrepreneurs dans le monde entier", raconte-t-elle.

Bien plus qu'un simple club

Pour ce projet, elle décide de se lancer en 2016, dans un modèle économique différent de celui du Women’s Forum basé essentiellement sur le sponsoring. De Thuin crée alors le club Women in Africa, et s’entoure d’un puissant conseil d’administration composé notamment d’Ismaël Douiri, directeur généra de Attijariwafa Bank. Le club compte également des ambassadrices qui le représentent dans 22 pays, dont Fathia Bennis, présidente et directrice générale de Maroclear et présidente de l’association Women’s Tribune.

Au club s'ajoute WIA Philanthropy, un fond de dotation pour soutenir l’entrepreneuriat des femmes en Afrique, ainsi que WIA Institute, un centre de recherches qui produit des études et récolte des données sur les femmes dans l’économie africaine, "un sujet peu souvent étudié", selon la fondatrice.

Dans le cadre de cet institut, des laboratoires de réflexions seront organisés pendant le sommet, en collaboration avec le cabinet Deloitte, portant sur sept grands enjeux du millénaire en Afrique: l’éducation, l’entrepreneuriat, l’eau, l‘énergie, l’agriculture, la nutrition, et la finance. Les participants pourront contribuer à enrichir ce travail puis une feuille de route sera établie pour chaque laboratoire.

Les résultats de ces WIA Labs seront partagés avec les membres du club lors du dernier jour du sommet et seront ensuite officiellement publiés, quinze jours plus tard, et envoyés aux gouvernements et aux différentes entreprises concernés par ces secteurs qui, d’après la fondatrice de WIA, connaissent une prédominance de la gente masculine. “Notre objectif est de montrer que les femmes sont des accélératrices de changement et peuvent contribuer à faire évoluer les choses”, explique-t-elle.

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Aude de Thuin, fondatrice de Women in Africa

Par ailleurs, le club de WIA compte, avant la fin de l’année, mettre en relation les femmes africaines et les conseils des multinationales installés en Afrique pour qu’elles puissent intégrer leur conseil d’administration.

Des études ont prouvé aujourd’hui que lorsqu’il y a plus de trois femmes dans les conseils, les résultats des entreprises sont meilleurs", rappelle la femme d’affaires française.

Aude de Thuin avoue que quelques femmes du conseil de WIA ne voulaient pas d'hommes au départ, une forme peut-être de riposte contre les conseils 100% hommes. "Je tenais beaucoup à avoir des hommes dans mon conseil, car un monde déséquilibré, avec les femmes d'un côté et les hommes de l'autre, ne fonctionne pas", souligne l'entrepreneure.

Dans le même esprit, le Prix de l'homme africain de l'année sera également remis à l'entrepreneur qui aura "le plus fait pour les femmes et qui aura compris que les femmes peuvent changer le monde", se réjouit Aude de Thuin.

Au programme

À Marrakech, trois jours durant, au Beldi Country Club, les membres de WIA pourront participer à différentes réunions, sessions de réflexions et masterclasses autour du thème "Investir pour une meilleure gouvernance avec les femmes africaines". Chaque jour sera consacré a un sous-thème: le développement, l'économie et les prospectives et solutions d'avenir.

Des thématiques qui réuniront une cinquantaine de speakers, hommes et femmes, pour partager leur expériences et échanger avec les participants. On retrouve notamment parmi ces intervenants les Marocaines Nadia El Guermai, gouverneure coordinatrice de l’INDH, et Lamia Bazir, présidente de la fondation des femmes rurales, l’Éthiopienne Mimi Alemayehou, PDG de Black Rhino Group, la Sénégalaise Naye Bathily, directrice des relations parlementaires de la Banque Mondiale, la Camerounaise Elisabeth Medou Badang, PDG Orange Cameroun, l’Allemande Alexandra Palt, directrice du développement durable du groupe L’Oréal, ou encore le Congolais Verone Mankou, PDG de la société de mobiles VMK…

Le forum sera désormais organisé chaque année en septembre à Marrakech, une décision qu'Aude de Thuin, encouragée par ailleurs par "la politique d'ouverture du Maroc vers l'Afrique", a prise après avoir assisté à la COP 22. Si la participation au forum sera réservée aux adhérents du club, une conférence de pré-ouverture publique en langue arabe, française et anglaise, sera organisée à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, en collaboration avec le cabinet Roland Berger, pour discuter de l’économie sociale et solidaire.

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