Peine alourdie en appel: Hamid El Mahdaoui entame une grève de la faim à la prison d'Al Hoceima

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Badil.info
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VERDICT - "Nous avons tous été choqués au prononcé du verdict". L’alourdissement de la peine de prison de trois mois à un an, par la Cour d’appel d’El Hoceima contre Hamid El Mahdaoui, directeur et rédacteur en chef de Badil.info, a eu l’effet d’un couperet, confie au HuffPost Maroc sa femme, Bouchra El Khounchafi.

Condamné à trois mois de prison ferme assortie d’une amende de 20.000 dirhams, le 25 juillet dernier, après avoir été reconnu coupable d’"incitation d’individus à commettre des délits par des discours et des cris dans des lieux publics", Hamid El Mahdaoui voit sa peine alourdie à un an de prison ferme.

C’est le verdict prononcé par la Cour d’appel après une audience de plusieurs heures, à l'aube du mardi 12 septembre. "Le procès a duré près de 20 heures d’affilée, de 9h à 4h du matin le lendemain, pour aboutir à une condamnation que nous n’attendions pas", déclare-t-elle avant d’annoncer que Hamid El Mahdaoui a entamé, tout de suite après, une grève de la faim. "Je viens à peine de le voir. J’ai essayé de le dissuader en lui recommandant de préserver sa santé. Mais il m’a expliqué que, pour lui, cette grève de la faim était devenue le devoir de dénoncer son procès inéquitable, la violation de la liberté d’expression et le non-respect des droits humains", raconte-t-elle la voix enrouée.

Parce qu’elle ne peut pas le dissuader, Bouchra veille, cependant, à transmettre ses appels à la mobilisation des organisations des droits de l’Homme et de la liberté d’expression contre un procès qualifié de "politique" par le comité de soutien au journaliste Hamid El Mahdaoui et aux journalistes détenus.

Ce comité de soutien, dont le coordinnateur est le célèbre journaliste Khalid El Jamai et qui réunit, entre autres, les avocats du journaliste, avait observé deux sit-in le jour même du procès en appel: un, le matin, devant la cour d’appel d’Al Hoceima et l’autre, le soir, devant le parlement à Rabat.

"La cour d’appel a pris en compte l’argumentaire du parquet qui poursuivait Hamid El Mahdaoui conformément à l’article 299 du code pénal. Il a été, cette fois-ci, reconnu également coupable d’incitation à commettre des crimes et des délits ayant été suivie d’effet comme le stipule l’alinéa 2 de l’article", explique pour sa part Mohamed Massoudi, avocat de Hamid El Mahdaoui.

Cette alinéa de l’article 299 du code pénal prévoit une peine de prison d’un an à cinq ans et une amende de 5.000 à 100.000 dirhams, ou de l’une de ces deux peines.

"La défense ne s’attendait pas à un tel verdict, d’autant que la cour disposait de preuves tangibles de l'innocence de mon client: des vidéos montrant que Hamid El Mahdaoui n’incitait personne à commettre quoi que ce soit, le jour de la marche du 20 juillet à Al Hoceima. Dans ces vidéos, on voit très bien qu’il ne s’agit que de discussions normales", affirme l’avocat. Et de reconnaître avoir été choqué que son client écope d’une "peine multipliée par quatre".

La cassation en derniers recours

À présent, il ne reste que la cour de cassation. Mais l’avocat ne s’exprime pas encore sur l’éventualité d’y recourir: "Je dois en discuter avec mon client et ensuite, nous verrons".

Alors que Hamid El Mahdaoui observe une grève de la faim contre ce verdict, il devra affronter un deuxième procès sine de, pour répondre de l'accusation de "non révélation d’attentat contre la sûreté de l'État". Il encourt une peine de deux à cinq ans de prison et une amende de 1.000 à 10.000 dirhams, conformément à l’article 209 du code pénal.

Hamid El Mahdaoui aurait reçu des appels téléphoniques d’un Marocain résidant aux Pays-Bas dans lesquels ce dernier aurait menacé "d’introduire des armes à Al Hoceima" pour "commettre un attentat au Maroc si les détenus du Hirak ne sont pas relâchés". Il aurait aussi révélé, au cours de ces conversations téléphoniques, avoir fait don de "160.000 euros au Hirak". Entendu au début de cette affaire en tant que témoin, El Mahdaoui s'est vu finalement poursuivi.

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