"Tu n'es qu'un bon à rien", "Tu es bête", ces injures des parents envers leurs enfants sont-elles anodines?

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SOCIÉTÉ-"Qu'ai-je fait pour mériter un fils comme toi", "tu es bête", "tu es trop gros"... Ces phrases "ordinaires" prononcées par les parents, souvent sans les penser vraiment, sont-elles banales? Font-elles partie d'une "bonne" éducation des enfants?

Ces insultes "ordinaires" prononcées sous le coup de la colère n'ont rien d'anodin sur l'enfant, explique Mohamed Nejib Mezghani, pédopsychiatre et président de l'Association pour la promotion de la santé mentale de l'enfant et de l'adolescent, au HuffPost Tunisie. Interview.

HuffPost Tunisie: Vous évoquez une violence qui est loin d'être anodine. Comment se manifeste ses répercussions chez les enfants?

Mohamed Nejib Mezghani: Vouloir éduquer son enfant en le rabaissant de la sorte est indigne. Ces mots sont blessants et tuent la confiance en soi. Lui dire qu'il est bête, que l'enfanter était une faute grave, qu'il n'est pas aussi bon que son frère ou que son voisin, cela affaiblit son estime de soi ou la tue carrément et influe sur son parcours scolaire et social.

À l'âge adulte, l'enfant aura un caractère hésitant, plus gagné par la peur, plus enclin aux dépressions.

Certains parents expliquent leur violence par le fait qu'ils ont des enfants difficiles. Que leurs répondez-vous?

Il est vrai que les enfants sont de plus en plus difficiles, c'est l'époque, c'est un mal sociétal. On a plus de difficultés à maîtriser son enfant, à ne pas répondre à ses caprices. Les enfants se comparent entre eux et veulent avoir la même chose que le voisin. Il y a aussi un certain laisser-aller de la part des parents, il n'y a qu'à voir les adolescents de 12-13 ans qui se baladent à 1h et 2h du matin, on se demande où sont leurs parents.

Le laisser-aller est général. Les nouvelles technologies font que les enfants sont ouverts sur le monde, dès leur jeune âge, avec ses lots de dérives: violence, pornographie, etc.

Les conséquences sont désastreuses. Ce n'est pas un hasard si la Tunisie exporte le plus grand nombre de terroristes et qu'elle enregistre des taux alarmants de suicide chez les enfants. Ce sont les symptômes d'un mal-être général dont l'éducation en est l'un des principaux vecteurs. D'où la nécessité de revoir notre modèle sociétal en la matière.

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Que conseillez-vous aux parents concernant l'éducation de leur enfant?

Si on dit stop à la violence et on s'arrête à ce stade, ce n'est pas fructueux. Il faut poser des alternatives à la violence. C'est tout un processus et un apprentissage car c'est un cercle vicieux et les parents calquent le modèle éducatif inculqué par leurs propres parents. Il reproduisent le même schéma, même s'ils en étaient les victimes.

Il faut apprendre aux parents à communiquer avec leur enfant, à argumenter, à opter pour des méthodes punitives autres que la violence physique ou morale.

Cet apprentissage requiert un débat sociétal sur la question. Les médias et les associations comme la nôtre jouent un rôle déterminant pour changer les mentalités mais la question doit relever d'une politique publique plus globale.

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