Halimah Yacob va devenir la première présidente musulmane de Singapour

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HALIMAH YACOB
Reuters
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Les Malais musulmans ne sont pas nombreux à Singapour, et encore plus dans les hauts rangs de l'armée ou de la justice, mais une membre de cette minorité ethnique va devenir la première femme présidente du pays de l'Asie du sud-est cette semaine.

Halimah Yacob, ancienne présidente du parlement, sera officiellement nommée au poste largement cérémonial de présidente mercredi 13 septembre, selon des médias, suite à l'échec des autres candidats à contester l'élection.

Voulant renforcer un esprit d'inclusion dans ce pays multiculturel, Singapour avait décidé que la présidence sera réservée cette fois aux candidats de la communauté Malais.

L'expérience de Halimah en tant que chef du parlement l'a automatiquement qualifiée sous les règles de nomination.

Des quatre autres candidats, deux n'étaient pas des Malais et deux n'ont pas reçu de certificats d'éligibilité, selon le département des élections.

Le dernier Malais à occuper le poste de président a été Yusof Ishak, dont on retrouve l'image sur les billets de banque du pays.

Yusof a été président entre 1965 et 1970, les premières années de l'indépendance du Singapour suite à sa courte union avec la Malaisie voisine, mais le pouvoir exécutif était entre les mains de Lee Kuan Yew, le premier chef du gouvernement du pays.

La séparation du Singapour de la Malaisie a donné au groupe ethnique Malais une majorité tranchée en Malaisie, tandis que les Chinois ont formé la majorité à Singapour.

Préserver l'harmonie

Les leaders des deux pays ont cependant reconnu que la paix et la prospérité dépendaient de la préservation de l'harmonie entre les deux groupes.

Mais vivant dans un quartier à dominance musulmane, avec la Malaisie et l'Indonésie comme voisins, les leaders du Singapour se sont longtemps inquiétés du risque des loyautés conflictuelles parmi les Malais.

"Tu places un officier Malais, très religieux et qui a des liens familiaux en Malaisie, comme responsable d'une unité mitrailleuse. C'est une question très difficile", aurait déclaré feu Lee Kuan Yew en 1999.

Pour Lee, dont le fils, Lee Hsien Loong, est aujourd'hui Premier ministre, le chemin vers la cohésion sociale résidait dans la création d'une culture de méritocratie, au lieu d'adopter des politiques de discrimination positive pour booster les chances de promotion des minorités Malais et Indienne de Singapour.

Toujours est-il qu'un rapport du gouvernement publié en 2013 a révélé que les Malais subissaient parfois de la discrimination et avaient des perspectives limitées dans certains institutions, dont l'armée.

Le succès économique du Singapour et sa politique de l'éducation ont aidé gonflé les rangs de la classe moyenne des Malais, mais le dernier recensement de 2010 a montré qu'ils restaient en retard par rapport aux autres groupes ethniques sur les mesures socio-économiques comme les revenus des foyers et la propriété immobilière.

Les Malais, qui forment un peu plus que 13% des 3,9 millions citoyens et résidents permanents du Singapour, sont aussi moins performants dans des mesures comme l'enseignement universitaire et secondaire.

Bien qu'elle soit la candidate de l'establishment, Halimah porte le hidjab qui est banni dans les établissements scolaires étatiques et dans les emplois publics qui exigent un uniforme. Mais elle a rarement adressé le problème en public et il y a peu de signes de changement dans l'attitude officielle.

Farid Khan, un des candidats malheureux et dirigeant de l'entreprise de services maritimes Bourbon Offshore Asia, a indiqué à Reuters qu'il y a plus de Malais dans la politique aujourd'hui, et que certains trouvent un chemin vers le monde des corporations, mais "les choses peuvent encore s'améliorer".

Il est improbable que la perspective d'un président Malais résoudrait à elle seule les préoccupations concernant la sous-représentation, mais des analystes affirment que ça pourrait encourager la confiance entre les communautés.

L'élection réservée a néanmoins blessé un certain égo.

"Ça abaisse la crédibilité d'un individu Malais qu'il faille une élection symbolique pour qu'on soit président", a regretté le comédien Malais et personnalité télévisuelle Hirzi Zulkiflie. "Certaines personnes qui voulaient se porter candidats sont vraiment compétents", a-t-il ajouté.

Cet article de Reuters a été traduit de l'anglais.

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