Vote de confiance: Les députés entre le "Pour" et le "Contre"

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TUNISIA PARLIAMENT
Anadolu Agency via Getty Images
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Le gouvernement Chahed est confronté à un vote de confiance crucial, ce lundi 11 septembre 2017. La session extraordinaire a été entamée par un discours du Chef du gouvernement Youssef Chahed devant plus de 150 députés. Ce dernier a étalé les objectifs et présenté les défis à entreprendre par son équipe durant les trois prochaines années. Il a, par ailleurs, mis l’accent sur les priorités à mettre en place pour favoriser la relance économique, en soulignant la nécessité de redoubler les efforts de toutes les forces nationales pour relever ces challenges.

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Quelques interventions marquantes

Prenant la parole au terme de l'allocution prononcée par Youssef Chahed, le porte-parole d'Ennahdha, Imed Khemiri, a indiqué que les défis auxquels est confronté le nouveau gouvernement sont principalement économiques. Il a jugé indispensable de revoir le système de développement national pour une répartition équitable entre les différentes régions.

Khemiri a ajouté que l'amélioration du pouvoir d'achat du Tunisien, la stabilité sécuritaire et la mise en place de garanties pour la bon déroulement des élections municipales sont parmi les principales priorités du gouvernement.

De son côté, Sahbi Atig du mouvement Ennahdha a estimé qu'il est plus judicieux d'élaborer un programme économique consensuel avant de procéder au remaniement ministériel. Selon lui, les portefeuilles ministériels devaient être distribués en adéquation avec le plan économique adopté en coordination avec les différentes forces politiques et composantes de la société civile. Il a noté qu'il est pour l'élargissement de l'éventail des parties au pouvoir afin de consolider le principe de l'union national. Toutefois, il a mentionné que la corruption règne encore dans les administrations tunisiennes en appelant le chef du gouvernement à agir afin de mettre fin à ce fléau.

Pour le député de "la Tunisie d'abord" Khemaies Ksila, les changements continus au niveau de la composition gouvernementale ne sont pas la solution pour à la crise. Il a estimé que le problème ne réside pas au niveau des noms de personnalités mais plutôt au niveau de la stratégie du gouvernement. Il a appelé, d'ailleurs, à adopter des réformes douloureuses dont principalement économiques pour sauver le pays.

La députée du Front Populaire, Mbarka Aouinia s'est interrogée sur les critères adoptés pour le choix des nouveaux ministres. Elle a réclamé les raisons derrière la mise à l'écart de certains des ministres jugés compétents. "Ce gouvernement est basé sur les quotas politiques et non pas sur un programme clair visant à surmonter la crise" a-t-elle ajouté en indiquant que le récent discours de Chahed n'a rien de nouveau, et représente une copie conforme de son premier discours devant l'ARP.

Quant à la députée d'Afek Tounes, Hager Ben Cheikh Ahmed, elle a fortement dénoncé l'absence de femmes dans la nouvelle composition gouvernementale. La députée a fait savoir que la nouvelle version de Chahed ne répond pas aux attentes des Tunisiens puisqu'elle ne correspond pas aux principes de démocratie et présente des figures appartenant à l'ancien régime. "Nous sommes avec un gouvernement d'Union nationale et non pas avec un gouvernement bilatéral, basé sur un faux consensus" a-t-elle indiqué.

Pour sa part, Ammar Amroussia, député du Front populaire, a noté que les CVs de certains ministres sont contraires aux principes de la révolution. Certains n'ont aucun lien avec les postes qu'ils ont eux et d'autres ont fait partie de l'ancien régime, a-t-il regretté. "On n'a pas de problème avec les noms. C'est la politique générale qui nous préoccupe" a-t-il répliqué en ajoutant qu'il n'écarte pas la possibilité de voir prochainement d'autres remaniements. "C'est un gouvernement de récompense" a-t-il lancé en critiquant le choix des ministres qui selon lui s'est basé sur les quotas politiques et les intérêts partisans.

Qui votera quoi?

Les blocs du Mouvement Nidaa Tounes, du Mouvement Ennahdha et du bloc national ont annoncé, lundi, leur intention de voter la confiance au gouvernement d’union nationale conduit par Youssef Chahed alors que le bloc démocrate et celui du Front populaire ont souligné qu’ils vont dire ”non” à la nouvelle composition du gouvernement qui, selon eux, ”n’est qu’un gouvernement de complaisance basé sur les quotas partisans“.

Peu avant le démarrage de la séance du vote, le député Hassan Laâmeri du Bloc de Nidaa Tounes a indiqué que le récent remaniement ministériel bénéficie de la satisfaction du Mouvement, dans la mesure où il vient répondre à l’une de ses revendications.

"Les députés de Nidaa Tounes sont satisfaits de la nouvelle composition et vont lui voter la confiance“, a-t-il assuré, faisant remarquer que ”le Mouvement compte sur certains nouveaux ministres et attend beaucoup d’eux, surtout que les problèmes auxquels fait face la Tunisie sont principalement à caractère économique et financier".

"Bien qu’il porte des remarques sur certains membres du nouveau gouvernement, le Mouvement Ennahdha accepte généralement le remaniement partiel annoncé", a pour sa part indiqué le député du Mouvement Ennahdha, Abdellatif Mekki.

"Le programme du gouvernement, son mode de travail et ses choix sont les principales préoccupations du parti", a souligné Mekki. "Le Mouvement compte sur les nouveaux membres du gouvernement pour se concentrer sur le dossier économique, dans la mesure où les trois dernières années n’ont pas abouti au règlement des grands dossiers économiques“, a-t-il ajouté.

Réunis peu avant la séance de vote de confiance, les membres du bloc national ont décidé de voter ”oui" pour les nouveaux membres du gouvernement, a annoncé de son côté, la vice-présidente du bloc, Leila Hamrouni.

"Loin de ses conflits avec le Mouvement Nidaa Tounes, le bloc national va voter pour le gouvernement proposé. Son conflit avec Nidaa Tounes est purement partisan“, a-t-elle ajouté. "Ce gouvernement est celui de toute la Tunisie et nous devons placer l’intérêt du pays au-dessus de toute autre considération", a-t-elle poursuivi.

"La situation politique et économique ne peut plus supporter de nouveaux soubresauts. Le bloc va parier sur la réussite de ce gouvernement qui, aux yeux du parti, représente le gouvernement de la dernière chance", a-t-elle dit.

Selon le député du Courant démocrate, Ghazi Chaouachi, les députés du bloc ne vont pas voter la confiance aux nouveaux membres du gouvernement. "Nous n’avons aucun intérêt à lui accorder la confiance", a-t-il lancé.

"Le gouvernement proposé par Youssef Chahed ne peut aucunement répondre aux attentes du citoyen tunisien et va échouer comme ses prédécesseurs”, a-t-il dit.

"Ce gouvernement est un gouvernement de quotas partisans et de complaisance. Il ne propose aucun projet national à même de sauver le pays ou de trouver solutions aux crises auxquelles il fait face", a-t-il ajouté.

Le Front populaire partage le même avis et exprime son rejet du nouveau gouvernement.

D’après le député du Front populaire, Zied Lakhdhar, le récent remaniement ministériel vient consacrer la politique des quotas partisans. Il a également enregistré un retour en force d’anciennes personnalités politiques.

"Le Front populaire ne va pas voter la confiance à cette nouvelle formation gouvernementale et va œuvrer à contrer tous les choix et orientations qui risquent de conduire, à nouveau, à la dictature", a-t-il souligné.

Pour obtenir la confiance de l’Assemblée, il est nécessaire d’obtenir l’approbation de la majorité absolue des membres (109 voix), conformément à l’article 140 du règlement intérieur de l’ARP.

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