Un ancien soutien de Aung San Suu Kyi appelle au retrait de son prix Nobel de la paix

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AUNG SAN SUU KYI
Myanmar State Counselor Aung San Suu Kyi talks during a news conference with India's Prime Minister Narendra Modi in Naypyitaw, Myanmar September 6, 2017. REUTERS/Soe Zeya Tun | Soe Zeya Tun / Reuters
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Dans un article publié le 5 septembre dans le journal britannique The Guardian, le journaliste George Monbiot dénonce une trahison de la cheffe du gouvernement Birman Aung San Suu Kyi envers tous ceux qui l'ont soutenue pendant toute sa période de militantisme. George Monbiot a également appelé au retrait du prix Nobel de la paix qui lui a été décerné en 1991, suite au massacre de milliers de musulmans de la minorité des Rohingya. "Retirez-lui le prix Nobel, elle ne le mérite plus", s'est-il écrié.

Avant, elle était une source d'inspiration, maintenant elle est complice de crime contre l'humanité.

"Nous y avons mis nos espoirs. Son nom était synonyme de patience et de résilience face à la souffrance, synonyme de courage et de détermination dans la lutte pour la liberté. Elle était une source d'inspiration pour nous tous." a-t-il écrit.

Monbiot enchaîne avec la lutte qu'ont mené lui et ses amis pour la libération de San Suu Kyi de la dictature birmane à l'époque.

Mes amis ont consacré leur vie à sa libération, de nombreuses années de détention lui ont été infligées par la dictature militaire du gouvernement birman. Notre lutte était dans le but de contribuer à instaurer une démocratie dans ce pays. Nous avons célébré son prix Nobel de la paix en 1991. Nous étions très contents quand elle a finalement été libérée de la résidence surveillée en 2010 et quand elle a remporté les élections en 2015.

Monbiot dit n'avoir rien oublié des cruautés subies par San Suu Kyi comme l'isolement, les agressions physiques et la persécution de sa famille. "Mais il est difficile de croire qu'une telle personne, à qui nous y avons mis tous nos espoirs, puisse si cruellement nous trahir." a-t-il déploré.

Le journaliste autrefois partisan de la Cheffe de gouvernement birmane qualifie le traitement des Rohingya de "répugnant".

L'ONU avait officiellement annoncé que les Rohingya sont "la minorité la plus persécutée au monde", une situation qui n'a pas changé depuis que San Suu Kyi a pris ses fonctions. La Convention sur la prévention et la répression du génocide considère que l'intention ou la tentative d'éradiquer un groupe ethnique équivaut à un génocide.

Monbiot dénonce un but évident et explicite d'exterminer les Rohingya par les autorités birmanes dans un le silence le plus total de leur leader, Aung San Suu Kyi.

Je sais que les forces armées conservent un grand pouvoir en Birmanie et que Aung San Suu Kyi n'exerce pas un contrôle absolu mais il faut dire que ses actions restent absentes ou limitées. Elle pourrait prendre un certain nombre de mesures, y compris juridiques, afin de réduire ces atrocités. Elle possède un arme puissante, celle du pouvoir s'exprimer. Plutôt que de l'exploiter, sa réponse est un mélange de silence, de déni de preuves irréfutables et d'obstruction aux aides humanitaires. Je doute qu'elle ait lu le rapport des Nations Unies sur les Droits de l'homme concernant le traitement des Rohingyas, publié en février. Les crimes qu'il avait révélés étaient horribles.

Le rapport publié par les Nations Unies avait mis au jour le viol en masse de femmes et filles, dont certaines sont mortes à la suite de blessures sexuelles. Le rapport avait également montré comment les enfants et les adultes étaient égorgés devant leurs familles. Il rapporte aussi les exécutions sommaires des enseignants, des aînés et des leaders communautaires. Des hélicoptères tiraient au hasard sur les villages. Les gens étaient enfermés dans leurs maisons et brûlés vivants.

Amnesty International avait également publié un rapport similaire l'année dernière. "Il existe une montagne de preuves suggérant que ces actions menées par les autorités birmanes tentent d'éliminer cette minorité", ajoute Monbiot.

"Aussi difficile que l'on puisse imaginer, cette campagne de terreur s'est intensifiée ces derniers jours . Les réfugiés arrivant au Bangladesh signalent des massacres d'ampleur. La malnutrition qui ravage les Rohingya a atteint 80 000 enfants."

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Une photo de Rohingya fuyant la Birmanie pour le Bangladesh

Le journaliste de The Guardian a scruté et analysé les différents discours de San Suu Kyi, avant et après son prix Nobel, et il est désormais convaincu que cette dernière n'est plus digne de ce prix car elle ne représente plus les valeurs pour lesquelles, le prix lui a été décerné.

Elle a non seulement nié les atrocités en essayant de protéger les forces armées des critiques mais elle a également nié l'identité même des personnes persécutées, demandant à l'ambassadeur américain de ne pas utiliser le terme "Rohingya". Cela correspond à la politique du gouvernement consistant à désavouer leur existence en tant que groupe ethnique et à les classer - bien qu'ils vivent en Birmanie depuis des siècles - comme intrus. Elle a maintenu la loi sur la citoyenneté de 1982 qui retire à ces personnes tout droit.

Une pétition appelant au retrait du prix Nobel à Aung San Suu Kyi a été créée et envoyée au différents comités de la fondation Nobel. A l'heure qu'il est, 367 761 signatures ont été collectées sur un total de 500 000 requis.

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Une manifestation indonésienne de soutien au Rohingya

Aung San Suu Kyi avait dénoncé mercredi, le 6 septembre, un "iceberg de désinformation" donnant selon elle une vision trompeuse de la crise des musulmans Rohingyas, qui alarme les Nations Unies. C'était le premier commentaire officiel, depuis le début des troubles fin août 2017 de la Prix Nobel de la paix, très critiquée à l'étranger pour son silence sur le sort de cette minorité musulmane, qui fuit par dizaines de milliers au Bangladesh.

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