Du Maroc à Dubaï, portraits croisés de Mohamed Amine Belarbi et Mohamed Zakariae El Khdime, "gentlemen hackers"

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INFORMATIQUE - Avec leurs capuches noires et leurs airs d'éternels adolescents, difficile d'imaginer que ces deux jeunes hommes sont à la tête de l'une des entreprises les plus prometteuses de la région MENA. À seulement 24 ans, les deux Marocains sont en couverture du célèbre magazine Forbes Middle East.

Sélectionnés parmi 7 célébrités arabes de moins de 30 ans qui gagnent à être connues, ils représentent le talent et le potentiel de la jeunesse "made in Morocco". Car Mohamed Amine Belarbi et Mohamed Zakariae El Khdime, originaires respectivement de Rabat et Sidi Kacem, sont en quelque sorte les gardiens de la galaxie high-tech et veillent à la sécurité de nos données.

forbes middle east maroc

Fondateurs de VuL9 Security Solutions, une entreprise de cybersécurité spécialisée dans la sécurité des paiements, des réseaux, des systèmes et la protection des données, les deux hommes détectent les failles sécuritaires avant que des hackers n'y parviennent. Entourés d'une fine équipe d'experts et de spécialistes, ils décèlent et traitent les vulnérabilités de grandes sociétés de technologie, dont des géants aussi célèbres que Google, Facebook, Yahoo, Twitter, Cisco et Adobe.

"Start-up spécialisée dans le domaine de la cybersécurité, nous avons sélectionné les meilleurs éléments de la sécurité informatique au Maroc et dans la région, et nous utilisons leurs capacités et leurs compétences pour essayer de trouver des failles informatiques dans des portails, des applications mobile ou encore des systèmes", détaille Zakariae au HuffPost Maroc.

"Nous avons commencé par trouver des vulnérabilités sécuritaires chez Souq.com, une plateforme de e-commerce majeure de la région. Nous y avions trouvé une faille très dangereuse qui nous a donné accès à leur base de données. Ils ont été nos premiers clients. Puis nous avons réussi à nous construire une réputation au niveau de la sécurité informatique, ce qui nous a aidé à gagner la confiance de géants comme Careem, ou encore Aramex, et d’autre grandes firmes ici, à Abu Dhabi", se félicite Amine.

Passionné par l’entrepreneuriat, la résolution de problèmes et l’amélioration du quotidien, le duo se souvient de leurs premiers pas ensemble. "Nous nous sommes rencontrés en 2014 à Adu Dhabi, lors d’un Hackathon (un événement de plusieurs jours où un groupe de développeurs se réunissent pour faire de la programmation informatique collaborative, ndlr) et le courant est très vite passé", se souvient Zakariae.

"J’étais alors étudiant ambassadeur de la région Nord-Afrique Moyen-Orient. Amine était également étudiant, à l’université de New York à Abu Dhabi. Nous avons également fait la connaissance de jeunes Marocains qui repèrent des vulnérabilités chez Facebook, chez Google, chez Avira… Nous avons donc décidé de rassembler cette communauté de jeunes, qu’on appelle les 'Beautiful Hackers' et qui opère dans le domaine de la cybersécurité, dans un cadre légal", poursuit le jeune entrepreneur.

Valorisation de savoir-faire

"Au Maroc et de manière générale, dans la région MENA, il n’existe pas de plateforme légale qui permette de mettre en évidence et d’améliorer leurs compétences. Nous avons donc pensé qu'il nous appartenait de créer une plateforme qui rassemble tous les talents de la région et de proposer ce service aux entreprises locales. À travers VuL9, nous avons voulu échanger et transmettre notre savoir-faire et le mettre à profit des entreprises de la région", confie Amine.

Interrogés sur le nombre de Marocains qui deviennent hackers et se tournent vers du détournement de données et d'argent, les deux hommes expliquent que le phénomène est avant tout, selon eux, le résultat d'un manque d'encadrement. "La première chose qui semble poser problème, c’est que les Marocains manquent d’esprit de partage quand il s’agit de savoir-faire et de développement des compétences. Il faut faire un réel travail sur les mentalités", préconise Zakariae.

Ce dernier temporise cependant, précisant que la société collabore avec de nombreux Marocains "qui sont passionnés, qui ont une parfaite maîtrise de leur domaine de compétence et avec lesquels nous nous considérons chanceux de collaborer au quotidien". "Notre mission est justement de donner espoir à la jeunesse marocaine et aux jeunes passionnés d’informatique de manière générale, en leur prouvant qu’ils peuvent exercer ce métier et vivre de leur passion d’un manière légale et éthique", estime Zakariae.

Il faut savoir que cette jeunesse à une capacité énorme en matière de compétences techniques. Le problème est que ces capacités ne sont pas exploités de manière encadrée, de façon à les diriger dans le bon sens. Et c'est justement ce que nous essayons d’offrir.

"Beaucoup nous voient comme une entreprise de cyber-sécurité, mais en réalité, nous sommes bien plus que cela: nous sommes une société de technologie. Nous avons donc misé sur ces potentiels marocains, afin de les encadrer, les valoriser et en faire ressortir le meilleur pour les intégrer dans le marché".

Une réussite à la portée de tout un chacun

Installés à Dubai, l’une des villes les plus actives au monde, avec l’un des taux de croissance les plus élevés, Mohamed Amine Belarbi et Mohamed Zakariae El Khdime nous expliquent leurs choix stratégiques. Avec un capital initial de plus de 310.000$, leur entreprise VuL9 est aujourd'hui l'une des plus compétitives de la région.

Purs produits de l'école marocaine, les deux acolytes présentent des trajectoires qui diffèrent. Natif de Sidi Kacem, où il obtient son baccalauréat technique, Mohamed Zakariae quitte l’École normale supérieure de Tétouan sans obtenir de diplôme, pour défaut de validation de tous les modules, avant de se diriger vers l’Université Ibnou Toufail, en vue d'obtenir une licence fondamentale en informatique. Il choisira de quitter l’université pour se consacrer à sa passion et à la réalisation de ses projets.

Né et ayant grandi à Rabat, Mohamed Amine quitte pour sa part le Maroc à l’âge de 17 ans pour vivre deux années en Norvège, avant de se diriger vers les Émirats arabes unis où il poursuit ses études à l’Université de New York à Abu Dhabi.

"Nous sommes tous les deux issus de familles modestes et nous avons grandi dans des petites villes, surtout moi qui ai grandi à Sidi Kacem", relève Zakariae, comme pour mieux convaincre que leur success story à tous deux est à la portée de chacun, à condition d'y mettre de la volonté. "Lorsqu'il s’agit de développer des compétences et un savoir-faire, les Marocains n'ont aucune excuse", tranche-t-il.

"Même dans une grotte, tout le monde a accès à Internet et à l’information. C’est une question de motivation. Nous avons tous des compétences, à nous de les valoriser et de les développer", encourage le hacker éthique, ajoutant que lui et son partenaire sont fiers de collaborer avec cette "communauté marocaine qui se démarque et qui réussit à trouver des vulnérabilités critiques dans des plateformes comme Facebook".

mohamed amine belarbi et mohamed zakariae el khdim

De l'avantage d'évoluer aux Émirats arabes unis

Côté financement, Amine reconnait que ce genre de projet nécessite un réel capital, et qu'il est plus facile de trouver un financement au Émirats arabes unis. "Une fois l’étape du financement passé, Dubaï offre aussi beaucoup d’opportunités: il n’y a pas de taxes, l’écosystème est très avantageux pour les petites entreprises, les clients avec lesquels nous travaillons valorisent le travail rigoureux. L’autre avantage que nous avons est qu’au niveau de la concurrence, le marché se compose presque exclusivement de firmes internationales, qui n’ont pas une réelle connaissance culturelle de la région", affirme Amine.

"Nous ne pouvions pas avoir les mêmes opportunités si nous nous étions concentrés exclusivement sur le Maroc, il faut l’avouer. Que ce soit pour trouver le financement, pour le régime fiscal ou pour assurer la viabilité du projet, Dubaï nous a aidés à saisir de nombreuses opportunités", affirme Zakariae. "Ce dont nous avons réellement besoin au Maroc, c’est d’installer un écosystème sain dans lequel on donne à chacun sa chance. Si on parvient à changer les mentalités, on pourra aller de l’avant. Il faut savoir que la première barrière pour les entrepreneurs marocains, c’est le manque de financement. Cependant, il faut croire en notre jeunesse."

Selon Amine, l'autre frein à l'émancipation de la jeunesse serait la promotion de l’échec au niveau national. "Les médias y sont pour beaucoup. Quand on tape le mot "marocain", la plupart des articles que l’on trouve sur Internet sont liés à des scandales, de la délinquance ou à des crimes…. Alors qu’il y a tellement de Marocains qui font de belles choses et dont personne ne parle". Amine en est convaincu: les Marocains ne croient pas en leur capacité à réussir et "s’imaginent être en situation d’infériorité comparés à des capacités étrangères". "Nous devons célébrer nos entrepreneurs marocains, nos artistes marocains, nos inventeurs marocains… comme nous mettons en lumière nos failles, nos échecs et nos scandales", martèle Amine.

Notre équipe se compose en majorité de Marocains, car nous avons commencé par les meilleurs éléments de notre entourage. Ceci dit nous offrons des opportunités à toute personne méritante, peu importe son origine, sa religion, son âge ou sa nationalité. Nous souhaitons donner la chance aux autres, comme on nous a donné l’occasion de prouver nos compétences.

Pour citer un exemple de la jeunesse marocaine qui les rend fiers, les deux hommes citent le jeune Ayoub Fathi, "l’une des personnes avec lesquelles nous sommes heureux de collaborer", disent-ils. À tout juste 21 ans, cet étudiant en informatique à l’université Hassan II à Casablanca, a été récompensé par le géant Facebook pour avoir relevé une faille de sécurité sur le réseau social utilisé par 1,5 milliard d’utilisateurs dans le monde. "Ce dont il faut être sûr c’est qu’avec le travail et la persévérance, on peut arriver à réaliser de grande choses", conclut Amine.

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