Les jihadis de la dernière pluie: Dans le piège à cons du FBI

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HARLEM SUAREZ
Capture d'ecran, video-surveillance FBI
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Personne ne semble vraiment savoir ce qui s’est passé dans la tête de Harlem Suarez, un jeune Cubano-américain de Floride qui, un beau jour, a décidé de rejoindre les rangs de Daech.

Sa famille insiste auprès de qui veut bien l’entendre, qu’à sa naissance le cerveau d’Harlem Suarez avait manqué sévèrement d’oxygène et qu’ensuite, lorsque jeune enfant, il reçut plusieurs coups à la tête: une brique une fois, tombé de moto la deuxième. Tout cela pour expliquer tant bien que mal les inaptitudes intellectuelles et sociales de leur fils.

Toujours est-il que lorsque Suarez commence à s’intéresser à Daech c’est en 2015 en regardant les reportages des chaines câblées américaines. Harlem Suarez a 23 ans et fait des petits boulots dans la région de Key West au sud de la Floride. Les reportages de CNN ont tellement marqué son imagination qu’il commence à se présenter comme musulman, se donne pour nom: “Al malak al Aswad” (l’ange noire en arabe) et ouvre un compte Facebook où il commence à poster les vidéos et la propagande de Daech.

Quelques mois plus tard, il est arrêté par le FBI “la main dans le sac” et a été condamné en février dernier par la justice américaine à la perpétuité. Son histoire est rapportée par le site américain d’informations et d’investigation The Intercept, dans un long article intitulé “The Unlikely Jihadi” (Le Jihadi improbable) qui détaille de manière remarquable l’engrenage que met en place le FBI autour des personnes suspectées de sympathie ou de faire partie de l’organisation Daech. Un engrenage qu’il n’est plus possible de défaire ou d’arrêter une fois les informateurs envoyés en mission de surveillance, l’objectif final n’étant plus la collecte de l’information mais l’arrestation en flagrant délit du suspect.

Et pourtant, dans le cas de Harlem Suarez tout indiquait qu’il s’agissait plutôt d’un jeune homme troublé et pas très futé: il cherchait des membres de Daech pour pouvoir à son tour en devenir un mais n’a réussi à en trouver aucun; Facebook avait fermé ses comptes quatre fois de suite pour “contenu inapproprié” mais à chaque fois, il se contentait d’ouvrir un nouveau compte et de se remettre à poster les vidéos de l'Etat islamique… Au final, c’est son activité sur internet qui a attiré l’attention du FBI.

Un informateur, encore novice, du nom de Mohamed Skaik, est envoyé pour déterminer si Suarez posait un danger ou non.

Skaik envoie une invitation sur Facebook à Suarez avec ce message: “j’ai un message très important à vous communiquer”. Suarez l’accepte immédiatement. Après quelques échanges rapides, il lui envoie son numéro de téléphone et ils commencent à échanger par textos. Très vite, Suarez confie à Skaik qu’il veut apprendre à faire des “bombes à minuterie”, ce qui stupéfait Skaik (comme il l’avouera plus tard, pendant le procès, au jury : il ne s’attendait pas à ce que Suarez s’ouvre à lui aussi vite de cette manière). Il en fait part à son officier traitant et tout de suite Suarez devient une cible prioritaire.

Dès leur première rencontre physique, Suarez emmène Skaik dans un petit bois désert et ouvre un sac pour lui montrer son équipement: deux gilets par-balles, un pistolet et un fusil mitrailleur AR-15. Ce qui, évidemment, confirme les inquiétudes du FBI.

Pourtant des tas d’autres indices montraient que le jihadi en herbe était plutôt un velléitaire un peu benêt: Suarez ne savait pas ce qu’était Dabiq, le magazine de l’Etat Islamique, il ne suivait pas la propagande de Daech dans l’underground du web mais sur … CNN, et lorsque Skaik lui demande s’il utilise le cryptage pour communiquer avec ses contacts à l’étranger, il se montre surpris, il ne sait pas ce que c’est: “Euh ben j’utilise Facebook. J’avais essayé d’utiliser comment ça s’appelle le truc.. Tweeter..?”

Il finit par expliquer à Skaik qu’il n’a pas de plan d’attaque mais qu’il a l’impression que les frères de Daech “arrivaient pas centaines à travers les frontières avec le Mexique avec l’aide des cartels de drogue”.

Pour le FBI, Suarez avait tout d’une énigme: un jihadi qui déclare au monde qu’il veut rejoindre les rangs de l’Etat islamique alors que ses connaissances en matière de religion musulmane étaient plus que rudimentaires. Il recherchait activement des personnes comme lui mais admettait n’en avoir trouvée aucune. Il détenait des gilets pare-balles mais il n’avait pas les plaques en métal qui devaient être glissées à l’intérieur des fentes des gilets. Il détenait un fusil mitrailleur mais il admettait ne pas avoir de munitions….

Skaik finit par présenter deux agents du FBI à Suarez, des “membres aguerris de Daech”, lui dit-il. Le premier se présentant comme un expert en armement lourd et le second en explosifs, Suarez commence à avoir peur et à vouloir “retropédaler”. Il ne répond plus à leurs appels ou sms, préférant aller passer des soirées nocturnes très arrosées à Miami.

Quelques semaines plus tard, il retrouve Skaik et, ensemble, ils décident de faire une vidéo à la gloire de Daech et parlent de commettre un attentat à la bombe qu’il feraient exploser le 4 juillet, jour de la fête nationale américaine. Très vite Skaik découvre que Suarez, étranglé financièrement, avait été obligé de se délester de son fusil mitrailleurs chez un prêteur à gages: “Bon ben.. tu peux prendre mon pistolet et le brandir pour la vidéo” finit par suggérer Skaik.

Plus tard, et malgré les hésitations, les tergiversations, les faux bonds, les agents du FBI réussissent à l’acculer: Harlem Suarez est filmé dans une voiture en train de prendre une bombe artisanale et écoutant, mal à l’aise et quelque peu apeuré, les instructions d’un agent du FBI se faisant passer pour un membre de l’Etat islamique. Il sort de la voiture, la fausse bombe enroulée dans une serviette de plage rouge. Le piège à cons du FBI se referme.

Depuis septembre 2001, près de 300 personnes ont été arrêtées et condamnées pour des actes de terrorisme fictifs dans le cadre d’opérations d’infiltration du FBI (sting operations). Dans un rapport publié en 2014, Human Rights Watch évoque les “nombreux cas d’individus qui n’auraient probablement jamais commis un acte terroriste de leur propre initiative”.

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