Education nationale: une crise structurelle et des réformes stériles, selon le CESE

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RAPPORT - Il n’y est pas allé par quatre chemins. Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a remis en cause l’efficacité des réformes engagés dans le secteur éducatif.

Dans son rapport 2016 qu’il vient de publier, le Conseil, que préside Nizar Baraka, estime que "les lacunes structurelles dont pâtit le système éducatif se sont manifestées avec davantage d’acuité lors de la rentrée scolaire 2016". Cette dernière confirme que le système éducatif au Maroc "souffre de l’accumulation de déficits structurels importants".

Connus, les déficits, au fil des années scolaires, ont fini par redoubler d’intensité. La surcharge des classes, l’abandon scolaire, qui touche 350.000 élèves par an, et le manque d’enseignants se sont aggravés, devenant ainsi des obstacles insurmontables. Le CESE souligne l’"aggravation du phénomène des classes surpeuplées au sein des établissements scolaires, aussi bien dans le primaire que le secondaire et ce, en plus d’une multiplication des niveaux scolaires par classe et par enseignant". Et de préciser que cet état des lieux "entrave l’apprentissage et le rendement scolaire et ne permet pas d’atteindre l’objectif ultime, à savoir une éducation de qualité".

Contractuels sans formation

Au volet moyens humains, le CESE pointe du doigt le déficit structurel en termes d’effectifs d’enseignants, dont souffre le système éducatif national. Un manque "aggravé par les départs à la retraite", ayant "nécessité le recours au recrutement de personnel contractuel, comme solution d’urgence lors de la rentrée 2016".

Si ce recours a été dicté par l’urgence, il s’est fait, selon le CESE, au détriment de la qualité: "Le recrutement dans la profession d’enseignement, sans formation pédagogique suffisante, impacte négativement la qualité de l’éducation". Le CESE tient à préciser que "dans les pays avancés, la durée de formation des enseignants varie entre 3 et 6 ans selon le niveau de classes à former (préscolaire, primaire, secondaire)".

Le CESE estime, par ailleurs, que le coût des déficits est important. L’abandon scolaire se traduirait ainsi par "une déperdition de près de 10% du budget de l’Education nationale. Cette déperdition est évaluée à près de 9 milliards de dirhams chaque année, lorsque sont combinés les coûts respectifs, de l’abandon scolaire et du redoublement".

Autre lacune soulevée par le CESE concernant la rentrée scolaire 2016: l’absence de travaux pratiques. "L’abandon de l’enseignement par groupes dans les filières scientifiques (…) signifie que les élèves se contentent essentiellement des cours théoriques, sans que ces derniers soient accompagnés par un nombre suffisant de travaux pratiques en laboratoires".

Et de constater que dans la majorité des académies du royaume, il a été procédé à la réduction du nombre d’heures de cours appliquées aux matières scientifiques et littéraires, "comme tentative de résorption du déficit des effectifs au niveau des enseignants".

Privé VS public

Dans son rapport, le CESE a également souligné l’importance de l’équité comme principe de base de l’éducation. L’instauration éventuelle de droits d’enregistrement dans l’enseignement public a "alimenté les craintes, particulièrement auprès des familles les plus modestes", indique-t-il.

Pour le Conseil, il est clair qu’abandonner la gratuité de l’enseignement public favoriserait l’enseignement privé. "Ce qui engendrerait, si cela était le cas, plus d’inégalités en matière d’accès à une éducation de qualité d’autant plus que les inégalités en matière d’éducation au sein de la population sont plus importantes que les inégalités en matière de revenus".

Aussi souligne-t-il sa crainte quant à l’instauration de droits d’enregistrement dans l’enseignement public, dans le cadre de la nouvelle vision de l’éducation nationale à l’horizon 2030, "perçue" comme étant un premier pas vers la fin de la gratuité. Il rappelle également que, dans son rapport de la vision 2015-2030 de l’éducation, il avait "expliqué que la mise en place de frais d’inscription dans l’enseignement serait accompagnée d’une exonération des familles nécessiteuses dans le cadre de la mise en œuvre de la solidarité sociale. Ce choix pourrait, néanmoins, engendrer des difficultés sur le plan opérationnel, notamment, en matière d’identification précise des bénéficiaires".

Le Conseil met ainsi en garde contre un système souffrant d’un manque d’égalité des chances et d’équité, consacrés par les textes et rapports nationaux et internationaux.

Que recommande le CESE?

Il faudra prendre des mesures et politiques nationales "audacieuses", selon le CESE, soulignant que celles-ci sont préconisées dans le cadre de la vision stratégique pour la réforme de l’école marocaine présentée en mai 2015 devant le roi.

"Le problème essentiel du système éducatif au Maroc ne peut être simplement réduit au financement ou à l’insuffisance des budgets", estime le CESE. Pour ce dernier, "plus d’efficience et de transparence en matière de gestion des ressources humaines et financières" sont nécessaire autant qu’"une sensibilisation en vue d’une implication plus importante de la société civile dans l’évaluation et le suivi des performances des établissements scolaires".

Le CESE recommande également l’implication des parents d’élèves par l’instauration "d’un canal de communication et d’écoute plus efficace", mais aussi un contenu pédagogique de qualité et une formation continue pour les formateurs. Et face à l’abandon scolaire, il recommande l’adoption d’une approche intégrée impliquant tous les acteurs gouvernementaux.

Autre acteur à impliquer: les régions. Le Conseil préconise d’encourager les régions à jouer un rôle plus important dans le secteur de l’éducation, notamment en matière de financement ou en participant au contrôle de la gestion administrative des établissements scolaires.

Un système éducatif au diapason des évolutions scientifiques et technologiques que connait le monde, capable d’anticiper les besoins en formation que généreraient les mutations continues des métiers. "Le système éducatif devrait également permettre de former, non seulement, des demandeurs d’emploi qualifiés, mais également, des ‘créateurs d’emploi’, en contribuant à inculquer la culture de l’entreprenariat, de l’innovation et de l’auto-emploi". C’est ainsi que le CESE dessine sa vision de l’éducation nationale.

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