Ouragans Harvey, Irma, Jose... la faute au réchauffement climatique? C'est plus compliqué que ça...

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HURRICANE
RICARDO ROJAS / REUTERS
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CLIMAT - Comme un petit air d'apocalypse. Même si c'est la saison des cyclones, voir coup sur coup les ouragans Harvey et Irma s'abattre sur les terres fait froid dans le dos. Surtout que Jose, une tempête tropicale juste derrière Irma, pourrait bien se transformer en un nouveau typhon dans les jours à venir.

Et alors qu'Harvey a entraîné des inondations jamais connues au Texas, Irma est lui le cyclone le plus puissant jamais formé dans l'océan Atlantique. La faute au réchauffement climatique? Un simple oui ou non ne peut pas répondre à une question si compliquée. Surtout qu'elle en cache en réalité plusieurs. Y'a-t-il de plus en plus d'ouragans? Sont-ils plus puissants? Destructeurs? Et dans les années à venir?

Pour faire le point sur ce que dit la science du lien entre typhons et réchauffement climatique, Le HuffPost France a interrogé Robert Vautard. Le climatologue au CNRS est justement spécialiste de la relation entre événements extrêmes et changement climatique.

Moins d'ouragans, mais plus puissants ? Pas si sûr

Pour voir à quoi pourrait ressembler le futur du climat, les chercheurs créent des modèles mathématiques pour tester l'évolution possible de notre production de gaz à effet de serre (et donc du réchauffement des océans et de l'air). C'est en utilisant ces modèles qu'il devient possible d'extrapoler l'évolution de différents phénomènes climatiques dans le futur, en fonction de la température moyenne de la Terre. Comme les ouragans.

Alors que disent ces modèles? Et bien, pas grand chose de sûr. "Les résultats sont plutôt à la baisse sur le nombre de cyclone et à la hausse sur la force des vents. Mais il y a beaucoup d'incertitude", explique Robert Vautard. En gros, même s'il semble y avoir des petites tendances, les modèles sont trop incertains pour se fier à ces prédictions.

Car si les programmes arrivent bien à prédire le climat global de la planète, il faut un degré de précision très élevé pour arriver à prévoir avec certitude l'évolution de cyclones, qui sont, à l'échelle de la planète, des événements minuscules.

Des dégâts plus importants ? Une certitude

"En revanche, les impacts des cyclones vont augmenter, car l'atmosphère va se réchauffer et donc contenir plus d'eau. Cela veut dire plus de pluie", rappelle Robert Vautard. Or, les dégâts des ouragans sont certes liés aux vents violents, mais aussi et surtout aux précipitations et aux inondations, comme on l'a vu avec Harvey.

Ce lien entre augmentation de la température et de la pluviométrie, une "simple" formule mathématique, fait consensus chez les scientifiques. Une autre certitude, c'est que le niveau de la mer augmente avec le réchauffement climatique. Logiquement, quand un cyclone touchera une côte dans le futur, les vagues seront donc encore plus élevées qu'aujourd'hui.

"Avec ces deux éléments, on peut dire que des ouragans touchant des îles peu élevées vont donc créer des dommages plus importants, même s'ils ont les mêmes caractéristiques qu'aujourd'hui", explique Robert Vautard. Bref, même si les scientifiques ne sont pas sûrs du nombre et de la puissance des cyclones de demain, ils sont plutôt certains que les dégâts seront plus importants en moyenne. Du moins, si rien n'est fait pour endiguer le réchauffement climatique.

Harvey et Irma, la faute au réchauffement ? Trop tôt pour le dire

Les inondations provoquées par Harvey sont les plus importantes de l'histoire du Texas. Une preuve de l'impact déjà présent du réchauffement climatique? Peut-être, mais à l'inverse de l'organisation météorologique de l'ONU et de certains climatologues américains, Robert Vautard ne veut pas être trop affirmatif.

"Il est trop tôt pour dire cela. Globalement, on peut dire que le réchauffement a surement entraîné une augmentation des pluies, mais sur le cyclone Harvey en particulier, il faudra attendre les études en cours", précise-t-il. Il faut bien se rappeler que la science du climat fait des projections sur des évolutions globales, moyennes, sur des années, et non des événements particuliers. Sur Harvey, des chercheurs devraient justement rendre leurs conclusions dans quelques jours, selon le climatologue.

De manière générale, il est en réalité très difficile de comprendre les cyclones actuels et passés. "Comme ils sont essentiellement présents en mer, il faut des données satellites pour avoir des statistiques sur les cyclones", explique Robert Vautard. le problème, c'est que ce genre de données n'existe que depuis une quarantaine d'années. Pas suffisant pour établir des modèles scientifiques fiables.

En réalité, pour mieux comprendre les cyclones passés et présents, la solution viendra du futur. C'est avec l'amélioration des fameux modèles mathématiques permettant de prédire le climat que les chercheurs pourront mieux comprendre comment et pourquoi se sont formés les ouragans passés. Mais pour cela, il faut que les "mailles" des modèles (la résolution, le nombre de pixels à l'écran, en quelque sorte) soient plus précises, plus nombreuses. "On en est pas loin, je pense que d'ici quelques années, on pourra réaliser cela", espère Robert Vautard.

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