Béji Caïd Essebsi: Le remaniement ministériel est "une question de vie ou de mort"

Publication: Mis à jour:
BEJI CAID ESSEBSI
Zoubeir Souissi / Reuters
Imprimer

POLITIQUE- Plusieurs points ont été abordés dans une interview exclusive du président de la république Beji Caid Essebsi au quotidien Essahafa. Une interview qui coïncide avec une période charnière. En effet, un remaniement ministériel jugé "décisif" par Caïd Essebsi a eu lieu ce mercredi 6 septembre.

Une situation politique "hors de contrôle"

À la question sur la situation du pays en général, le président de la République a souligné que la situation économique est difficile malgré l'amélioration relative des indicateurs. Il a également dénoncé des revendications jugées parfois "excessives" tout en assurant que c'est un droit tout à fait légitime.

Quant à la situation politique, Caid Essebsi estime que la conjoncture peut être qualifiée de "hors de contrôle" faisant allusion aux querelles inter-partis qui menacent la stabilité du pays. Une stabilité absolument nécessaire pour la continuité de l'État ainsi qu'au développement économique, ajoute-t-il.

"En conclusion, nous sommes en face d'une scène politique "complexe" dans laquelle la détermination à préserver l'indépendance des institutions a provoqué une certaine paralysie", a-t-il déclaré avant d'ajouter: "Certaines institutions indépendantes grâce aux prérogatives exceptionnelles qui leurs ont été accordées se sont permises d'empiéter sur le travail de l'État et de ses institutions constitutionnelles".

Dans le même contexte, le président estime que le système politique actuel, de par sa structure "hybride" définie par la Constitution, comprend de nombreuses failles qui font obstacle au travail du gouvernement.

Le travail des institutions indépendantes pose problème

Beji Caïd Essebsi a également dénoncé l'indépendance de quelques institutions qu'il considère comme l'une des causes de la paralysie de la situation politique tunisienne. En effet, le président de la République fustige les abus de ces institutions qui exercent leurs prérogatives au nom de la démocratie mais qui en réalité la menacent. Il a par ailleurs proposé de recadrer ces excès avant qu'il ne soit trop tard.

"Ce n'est pas normal que des institutions travaillent sans aucune supervision au nom de l'indépendance et jouissent de prérogatives absolues en fixant leurs propres budgets ainsi que les salaires des membres, ce qui a réduit des institutions souveraines comme l'Assemblée des Représentants du Peuple en un simple organisme d'approbation des décisions de ces dites institutions. Cela va clairement à l'encontre du principe de séparation des autorités administratives et judiciaires", s'est-il emporté.

Le président a par la suite proposé une réforme constitutionnelle au regard des lacunes découvertes au fil du temps.

"Notre devoir est d'assurer l'indépendance à ces institutions, ce qui n'empêche pas de contrôler l'argent public dans le cadre de la bonne gouvernance", a-t-il renchéri.

"Notre dernière chance pourrait être dans le prochain remaniement ministériel"

Beji Caïd Essebsi estime que le remaniement ministériel qui a eu lieu ce mercredi 06 septembre, pourrait constituer la dernière chance pour remettre les choses sur les rails et faire sortir le pays de la crise. "Youssef Chahed a tout intérêt à bien choisir ses nouveaux ministres, chose qui ne peut être faite sans un dialogue entre les différentes parties de la scène politique", a-t-il déclaré avant d'ajouter:"C'est une question de vie ou de mort. Tout le monde doit être conscient de l'urgence des réformes."

"Nous étions obligés de nous allier avec Ennahdha"

Il est également revenu sur les élections de 2014 en estimant que les Tunisiens n'ont pas accordé une majorité absolus au parti Nidaa Tounes, ce qui a poussé ce dernier à s'allier avec le mouvement d'Ennahdha, dans le seul but de traiter les problèmes urgents auxquels le pays fait face.

"Nous avons essayé d'entraîner Ennahdha vers une vision plus civile de la Tunisie, mais nous nous sommes visiblement trompés dans notre jugement", a-t-il lancé en estimant que cette alliance n'est pas finie bien que certains partis ont toujours du mal à accepter un état civil moderne et une société ouverte qui préserve les libertés individuelles.

"Notre destinée est d'arriver à la réconciliation économique, et nous la réaliserons"

Quant à la question sur la réconciliation économique, Beji Caid Essebsi a exprimé sa détermination à faire adopter cette loi en insistant sur le fait que la Tunisie, terre de tolérance, est régie par une idéologie modérée qui doit mener à une réconciliation avec le passé.

LIRE AUSSI:Égalité en héritage: Béji Caïd Essebsi conteste un glissement religieux du débat et tacle les oppositions de gauche

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.