L'histoire du "photographe" qui a piégé les plus grands médias du monde

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EDUARDO PHOTOGRAPHER
capture d'écran/SBS
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Se faisant passer pour un photographe de guerre, Eduardo Martins, comme il s'est fait appelé, a berné des médias de renommée et ses 120 000 abonnés.

Il a piégé Al-Jazeera, le Deutsche Welle, le Wall Street Journal, Le Point, France Culture, BBC Brazil, et même des agences comme Getty Images ou l'AFP. Un cliché signé Eduardo Martins pouvait être vendu à 575$, d'après SBS.

Mais il ne faisait pas que vendre des photographies qui n'étaient pas les siennes, Eduardo vendait aussi l'image d'un personnage qu'il s'était inventé de toutes pièces. Une histoire que certains journalistes ont relayé dans les médias, dressant le portrait d'un surfeur brésilien de 32 ans qui aurait survécu miraculeusement à une leucémie à l'âge de 25 ans. Il se présentait comme photographe de guerre affilié aux Nations Unies, et se serait rendu en Irak, Syrie ou encore à Gaza, des terrains dangereux, pour photographier les horreurs qui s'y produisent.

Mais personne n'a rencontré ce courageux photo-journaliste, ni les photographes qui couvraient les mêmes sujets que lui sur les terrains chauds, ni ceux qui l'ont interviewé.

S'il n'est pas le talentueux journaliste qu'il prétend être, "Edu", faux surnom sans doute, est néanmoins calé en photo-montage. Le visage qu'il affichait sur son compte Instagram est en réalité celui d'un surfeur anglais, Max Hepworth-Povey. Des photos de "lui" opérant dans des décors hostiles:

eduardo

Et c'est BBC Brazil qui a révélé cette supercherie. Eduardo Martins avait soumis son histoire et ses photos, gratuitement, au média. Prétextant être en mission sur un champ de guerre, le faux photographe avait alors communiqué avec eux via des messages audio sur Whatsapp, écrivent-ils dans un article.

Et c'est Natasha Ribeiro, une collaboratrice de BBC Brazil qui vivait au Moyen-Orient qui n'avait pas avalé son discours et a révoqué les premiers doutes. D'autres photographes ont affirmé n'avoir jamais rencontré Eduardo, qui, selon le récit qu'il prodiguait, devait être bien connu de ses confrères.

L'investigation a continué, l'ONU, Netflix et d'autres parties, qu'Eduardo Martins disait avoir des projets avec, ont été interrogées. Personne n'en avait entendu parler. Pire encore, Eduardo avait au moins 5 petites amies, aucune ne l'avait rencontré dans la vie réelle.

Concernant les photos volées, elles appartiennent, pour la plupart, au photographe américain Daniel C. Britt. Et voici, ci-dessous, une image qui explique comment le photo-arnaqueur procédait.

eduardo martins

Prévenu des soupçons à son encontre, Eduardo Martins a disparu dans la nature, laissant derrière lui un ultime message, adressé à un de ses "amis" virtuels: ""Je suis en Australie, j'ai pris la décision de passer un an dans un van à parcourir le monde."

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