Comment certains Tunisiens mettent en péril leur santé sexuelle... parfois sans le savoir

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SEXUALITY
Couple enjoying their love | proud_natalia via Getty Images
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Le 4 septembre est la Journée Mondiale de la Santé Sexuelle. La santé sexuelle "est un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social associé à la sexualité. Elle ne consiste pas uniquement en l'absence de maladies, de dysfonction ou d'infirmité. La santé sexuelle a besoin d'une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, et la possibilité d'avoir des expériences sexuelles qui apportent du plaisir en toute sécurité et sans contraintes, discrimination ou violence (...)", d'après la définition de l'Organisation mondiale de la Santé.

En Tunisie l'absence d'éducation sexuelle rime avec une santé sexuelle défaillante à bien des égards.

Qu'en-t-il de l'épanouissement sexuel?

Certains Tunisiens bricolent une vie sexuelle, faite de contournements et des interdits. Si certains prônent la chasteté pour garder leur virginité, d'autres se livrent à des rapports sexuels sans pénétration (frottement) ou à la sodomie pour "préserver" un hymen intact.

Des pratiques qui ne sont pas dénuées de risques comme en témoignele récit de Kamilia, se disant vierge mais qui avait attrapé une MST.

Quant à certains adeptes de l'abstinence avant le mariage, le manque d'expériences, conjugué au manque d'éducation sexuelle a aussi son lot de désastres: "Le manque d’éducation sexuelle et la diabolisation des plaisirs charnels avant le mariage engendrent des ravages notamment après le mariage", explique Hind Elloumi, psychiatre et sexologue au HuffPost Tunisie.

"De la chasteté inculquée et prônée avant le mariage à la répression des pulsions sexuelles, la femme se trouve du jour au lendemain amenée à avoir une vie sexuelle sans être armée de suffisamment d’informations en la matière, si ce n’est des anecdotes racontées par les amies et les cousines", ajoute-t-elle.

Pour les hommes, c’est la peur de ne pas être à la hauteur qui les hanterait: "La pornographie exacerbe cette peur car on érige comme modèle un homme toujours performant, dont le coït dure longtemps".

Certains de ceux qui ont une vie sexuelle active et parfois assumée se protègent-t-ils contre les maladies sexuellement transmissibles ou les grossesses non désirées? Pas vraiment à en croire certains témoignages recueillis par le HuffPost Tunisie, les études de spécialistes en la matière et les chiffres officiels.

LIRE AUSSI: Tunisie: En l'absence d'éducation sexuelle, les jeunes tunisiens doivent se débrouiller seuls


Les maladies sexuellement transmissibles

Issam Gritli, chargé de programme au sein de l'association ATL MST/Sida explique au HuffPost Tunisie les ravages du manque d'éducation sexuelle: "La désinformation sur ce qu'est un rapport sexuel est la chose la plus fréquente. Les jeunes ne savent pas de quoi il s'agit, encore moins de comment se protéger des MST, alors qu'on accueille des adolescents de 14 ans touchés par les maladies sexuelles. Le flux d'information important via internet n'aboutit pas vraiment à une réelle connaissance de la sexualité", déplore-t-il, soulignant que les facteurs socio-culturels n'aident pas non plus.

"Prenons l'exemple du préservatif, les jeunes sont réticents à l'utiliser, avançant souvent le manque de confort dans l'acte sexuel. Et ça c'est quand ils parviennent à en acheter car ce n'est pas évident en Tunisie. La timidité, la peur du regard des autres en sont les causes. Le prix élevé de certaines marques de préservatifs, jugées de bonne qualité, constitue également un obstacle à la prévention car il faut compter 5 dinars pour un paquet de préservatifs de ce type, ce n'est pas à la portée de tout le monde" affirme t-il.

Grossesse non-désirée

Les tabous qui entourent la sexualité constituent également un obstacle, selon Hinde Maghnouji, psychologue ayant travaillé auprès des mères célibataires.

"Ne pas parler de la sexualité aux filles ou considérer ceci comme un tabou avant le mariage n’empêchera pas ces jeunes femmes d'avoir des envies, une sexualité cachée mais réelle", insiste la psychologue.

Le déni de cette réalité engendre selon elle un frein à la prévention.

Conséquence: des femmes qui ignorent les méthodes de contraception ou confrontées à une grossesse hors du cadre du mariage avec son cortège de difficultés liées au regard stigmatisant de la société.

Il est à noter que 15 milles femmes ont avorté en 2015, selon l'office national de la famille et de la population.

"42% des mères célibataires ne savaient pas qu'il y avait un moyen de contraception, 41% d'entre elles pensaient ne pas pouvoir tomber enceinte, d'autres disaient qu'elles n’utilisaient pas de moyens contraceptifs par gêne et peur pour leur réputation. Le manque d'éducation sexuelle engendre des désastres", affirme Amel Bouchlaka, chercheuse au centre de santé de la reproduction qui a effectué une étude sur "Les grossesses et maternités hors mariage en Tunisie".

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