Le journal français Libération consacre sa Une à "un trafic de fiches S à destination du Maroc"

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FRANCE - L'affaire avait été révélée en juin dernier par la presse française. Un capitaine de la police aux frontières (PAF) à l'aéroport parisien d'Orly aurait fourni des centaines de fiches S, un document qui trace les personnes susceptibles d'atteinte à la sûreté de l'État, notamment en matière de terrorisme, aux services de renseignements marocains.

Le journal français Libération consacre aujourd'hui sa Une à une enquête dédiée à cette affaire:

Entre 100 et 200 Fiches S données

C'est un scénario digne d'un film d'espionnage que démantèle le journal français. Une affaire où les protagonistes sont Charles D., fonctionnaire de la police aux frontières d’Orly et à la tête de l'"unité d’information" de la police des frontières, Driss A., directeur d'une société de sûreté à Orly et Mohammed B., agent du renseignement marocain.

Selon le quotidien français, l'unité de Charles D. était en charge notamment "de concourir à la lutte contre le terrorisme, en surveillant les éventuelles radicalisations des employés d’Orly et en faisant le lien entre l’immigration et les services antiterroristes français".

Charles D. collabore ainsi régulièrement avec Driss A. qui lui fournit des informations "venues du Maroc". Des informations qui vont ensuite aller "dans les deux sens" comme l'explique Libé. Charles D. donnera ente "100 et 200" rapports de fiches S à son ami marocain, des fiches dont le destinataire final serait Mohammed B. agent du renseignement marocain.

Charles D. interrogera d'ailleurs son contact marocain pour s'enquérir des raisons pour lesquelles le Maroc ne passe pas par des voies légales, soit les renseignements français, pour avoir accès à ces fameuses fiches S. Réponse de l'intéressé: il ne "fait pas confiance car il existait des tensions entre la France et le Maroc en matière d’échanges de renseignements mais aussi en matière de diplomatie".

Voyages et compliment en récompense

Pour amadouer son interlocuteur, Driss A. utilise notamment l'histoire personnelle de Charles D., né au Congo (ancien Zaïre), et qui pendant la guerre aurait été "sauvé" dans les années 70 par Hassan II " qui y a "envoyé des forces". S'ajoute à cela les compliments de Driss A., mais aussi de nombreux déplacements au Maroc tous frais payés.

Le trafic aura duré presque deux ans, jusqu'à ce que Charles D. soit interpellé le 31 mai dernier. Driss A. est également poursuivi, les enquêteurs ont notamment trouvé à son domicile "des documents de la PAF sur le passage de frontière d’un ancien haut responsable algérien, ainsi que deux notes de l’ambassade algérienne".

Contacté en juin dernier par le HuffPost Maroc, Boubker Sabik, commissaire principal à la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), affirme que la DGSN n'est pas concernée par cette affaire. "Nous nous occupons uniquement de la sécurité sur le territoire national. Cela relève des services de renseignement extérieurs", assurait-il.

Entre février 2014 et janvier 2015, le Maroc et la France ont connu une brouille diplomatique suite à la convocation, par une juge française, du patron de la DGST-DGSN, accusé de "complicité de torture" par une ONG française. Le royaume avait rompu de manière unilatérale sa coopération judiciaire avec la France. Les relations s'étaient par la suite réchauffées, notamment avec la décoration de la Légion d’honneur de Abdellatif Hammouchi.

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