La Suède et l'Allemagne renoncent à la construction de centres d'accueil pour jeunes réfugiés au Maroc

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SUÈDE - Volte-face de la Suède. Le pays scandinave ne contribuera plus au projet de centres d'accueil pour jeunes au Maroc, renonçant à l'engagement annoncé en début d'année.

C'est ce que révèle la télévision publique suédoise, SVT, qui explique que le pays s'est retiré de ce projet après le désistement de l'Allemagne. Le pays germanique avait en effet lancé un projet de construction de foyers au Maroc où seraient réhabilités les réfugiés marocains mineurs expulsés de leur territoire. La Suède avait rejoint l'Allemagne dans cette optique. Mais selon le ministre de la Justice et de l'immigration suédois, Morgan Johansson, "il n'est plus possible de mettre en place ce projet", l'intérêt de l'Allemagne n'étant plus d'actualité.

Le lancement du projet était prévu pour 2017. En plus de l'hébergement et des soins médicaux prodigués aux jeunes, les centres avaient pour ambition de proposer des cours éducatifs et une formation professionnelle, rapportait le quotidien allemand Die Tageszeitung.

En février, un accord entre Suède et l'Allemagne annonçait un financement conjoint en vue de construire ces maisons pour jeunes au Maroc. Une façon d'offrir à ces jeunes une perspective de rester dans leur pays, mais aussi d'augmenter les quotas de retour au Maroc de ces mineurs tentés par une migration illégale vers l'Europe. Six mois plus tard, l'accord n'a pas abouti à des mesures concrètes, et le projet est abandonné.

441 migrants marocains expulsés de Suède ces 18 derniers mois

La Suède dit être confrontée à des problèmes majeurs avec les jeunes marocains qui, bien que privés d'asile sur leur territoire, y demeurent de manière clandestine. Confrontés à des problèmes de crimes et de drogue, ils refusent pourtant l'aide de la société suédoise, précise le site de la chaîne SVT.

Le ministre de la Justice et de l'immigration suédois, Morgan Johansson, affirme par ailleurs à la chaîne publique que les autorités suédoises ont coopéré avec les autorités marocaines, "qui acceptent plus de personne expulsées qu'auparavant. Ainsi, même s'il n'y aura pas de maison pour jeunes, nous sommes heureux qu'il y ait plus de retours".

Le ministre s'est également montré optimiste par rapport à une meilleure coopération avec le Maroc qui permettrait le retour d'autres mineurs. Selon la télévision suédoise 441 migrants marocains ont été expulsé de la Suède ces 18 derniers mois. Parmi eux 53 mineurs, dont 48 ont été expulsés dans des pays européens, en vertu du règlement Dublin, et cinq au Maroc.

Les autorités suédoises remettent cependant en question la fiabilité de ces statistiques. Selon Per Löfvenberg, chef de la police des frontières, cité par la SVT, "dans 90%, ce sont des adultes qui se sont déclarés comme mineurs".

Une vie vulnérable

L'amélioration des relations avec le Maroc pourrait être le résultat de la visite, l'an dernier à Rabat, de la ministre suédoise des Affaires étrangères, Margot Wallström.

Mme Wallström, qui s'était entretenue avec son homologue Salaheddine Mezouar, a indiqué au journal suédois Expressen qu'il y avait "une bonne volonté des deux côtés", se disant "optimiste" sur la mise en application de l'accord conclu en janvier 2016 entre les deux pays.

Environ 800 mineurs non accompagnés en provenance du Maroc et d'autres pays d'Afrique du Nord vivraient principalement dans les rues de Stockholm et Göteborg, selon le ministère suédois de la Justice et de l'immigration.

"Les adolescents vivent une vie très vulnérable, souvent liée au crime et à la drogue. Ils ont rarement droit à l'asile, mais les autorités suédoises ont beaucoup de mal à les renvoyer dans leur pays d'origine", indique pour sa part le site suédois VLT.se, qui rappelle que le ministre de l'Intérieur suédois avait déjà critiqué le gouvernement marocain, arguant que ce dernier devait assumer ses responsabilités en rapatriant les mineurs clandestins.

La crise touche aussi d'autres pays européens, à l'instar de la France. Dans le 18e arrondissement de Paris, des mineurs marocains isolés sont ainsi livrés à eux-mêmes. Malgré la désillusion, ils veulent continuer de croire en cet eldorado européen en rejoignant d'autres pays... comme l'Allemagne.

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