La Corée du Nord peut-elle vraiment "frapper tout endroit au monde" avec sa bombe H?

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INTERNATIONAL - Une "réussite parfaite". C'est en ces termes que la Corée du Nord a qualifié son sixième essai nucléaire mené ce dimanche 3 septembre. Le régime a ensuite annoncé qu'il s'agissait d'une bombe à hydrogène (ou bombe H), ce qui n'a pas encore été confirmé par les spécialistes.

Selon les médias officiels nord-coréens, ce modèle miniature de bombe H peut être installé sur des missiles à longue portée, connus sous le nom de "missile balistique intercontinental" (ICMB). Missiles que Pyongyang a annoncé avoir testé -avec succès- le 4 juillet dernier.

La Corée du Nord est "une puissance nucléaire forte" qui est dotée d'un "très puissant ICBM qui peut frapper tout endroit au monde", avait à l'époque affirmé la chaîne de télévision officielle, précisant que le projectile avait atteint une altitude de 2802 km et volé sur une distance de 933 km.

Si les déclarations de Pyongyang sur l'évolution de son programme nucléaire sont exactes, les relations avec la Corée du Sud, la Chine et surtout les Etats-Unis pourraient atteindre un point de non-retour, après des mois d'escalade.

Toutefois, il est difficile de connaitre avec certitude les véritables ressources du régime, tant les données disponibles sont réduites. Lors du lancement du missile balistique intercontinental, les scientifiques avaient ainsi nuancé la déclaration de Pyongyang, qui se flattait de pouvoir frapper "tout endroit au monde". De même, les capacités du régime à miniaturiser une bombe pour la placer sur le missile sont mises en doute.

Vers l'Alaska (et au-delà ?)

Reste à savoir quelle était la portée de l'ICBM lancé en juillet. C'est la capacité d'un missile à atteindre une altitude élevée qui lui permet de toucher des zones très éloignées. David Wright, scientifique membre de l'association Union of concerned scientists, a estimé sur la base des données disponibles que l'engin avait potentiellement effectué une trajectoire "très incurvée" et qu'il "pourrait atteindre une portée maximale d'environ 6700 km sur une trajectoire standard".

Sur l'image ci-dessous, la courbe rouge représente la trajectoire du missile testé le 4 juillet, qui a frôlé les 2800 km d'altitude, confirme David Wright. En pointillés, on voit la trajectoire que le même missile pourrait prendre s'il était vraiment destiné à frapper une cible. Il pourrait donc atteindre les 6700 km.

Selon les médias nord-coréens, le modèle testé est un Hwasong-14. Plusieurs experts ont estimé qu'il pouvait théoriquement atteindre une portée supérieure à 10.000 km. Et cela fait une grosse différence.

Si les missiles nord-coréens volent sur 6700 km, ils pourraient toucher l'Alaska, mais pas le reste des Etats-Unis. Par contre, avec une portée de 10.000 km, les choses se gâtent. Sur la carte ci-dessous, la zone en bleue foncée représente la portée du missile du 4 juillet calculée par David Wright. En bleu clair, la zone atteignable par un missile d'une portée 10.000 km.

corée du nord

Pas suffisant pour atteindre la Trump Tower, mais on s'en rapproche. Quoi qu'il arrive, le missile nord-coréen est loin de pouvoir toucher le monde entier. Pour atteindre l'Amérique du Sud, et notamment l'Argentine, il faudrait un ICBM d'une portée de 20.000 km au moins. Un tel missile n'existe même pas actuellement. Le plus puissant, le R-36M russe, ne pouvait pas voler sur plus de 16.000 km.

Les progrès de Pyongyang sur son programme nucléaire restent cependant incontestables. Selon certains experts, qui se sont penchés sur les photos des missiles du régime, ils pourraient s'expliquer par l'acquisition de plans ou de modèles de moteurs de missiles soviétiques. Cette information n'a jamais été confirmée ni infirmée par les autorités nord-coréennes. Mais lors de l'inspection de la bombe H, juste avant le tir de ce dimanche, Kim Jong-Un a innocemment déclaré que "tous les composants de la bombe H ont été fabriqués à 100% nationalement".

Quoiqu'il en soit, en une vingtaine d'années, le régime de Kim Jong-Un a multiplié par 30 la portée de ses missiles, comme le montre l'infographie du Monde ci-dessous.

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Le premier missile tiré en 1985 avait une portée de 300 kilomètres, à peine suffisante pour quitter la péninsule coréenne; en 2006, la portée du missile Taepodong-2 est estimée à 6700 kilomètres, et il aurait pu atteindre Téhéran, Moscou, ou encore l'Alaska (le premier lancement a cependant échoué). Enfin, les missiles tirés fin juillet pourraient avoir une portée de 10.400 kilomètres, assez pour toucher Paris, Sydney et aussi... San Francisco.

Les défis à venir de Pyongyang

Personne ne sait si le régime de Kim Jong-un arrivera à maîtriser la technologie de rentrée dans l'atmosphère nécessaire à un missile intercontinental, même si le pays dit maîtriser cette technologie.

De même, les déclarations des médias affirmant que la bombe lancée ce dimanche pourrait être placée sur un ICBM restent également à confirmer. Bien que Pyongyang ait toujours affirmé en être capable, les analystes doutent de la capacité de la Corée du Nord à miniaturiser une tête nucléaire pour la monter sur un missile.

Pour rappel, un ICBM est une sorte de mini-fusée. La bombe, placée en haut de l'engin, va être propulsée dans l'espace grâce à des missiles successifs qui vont se détacher à différentes étapes. Une fois son apogée atteinte, le dernier étage du missile, que l'on appelle véhicule de rentrée, doit alors être placé sur la bonne trajectoire pour retomber à l'endroit voulu, des milliers de kilomètres plus loin.

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Schéma de fonctionnement d'un missile intercontinental américain (minuteman III)

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