Quand la rentrée scolaire au Japon rime avec pic de suicide des enfants

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JAPAN SCHOOL
Japanese schoolgirls walk on a street in Tokyo on September 1, 2017.As Japan's schools reopened Friday after summer holidays, a day when suicides among young people spike, celebrities reached out to at-risk kids and one Tokyo zoo offered refuge to petrified pupils in a bid to tackle the mental health crisis. For some schoolkids, the thought of returning to school sends their stress levels soaring, as they battle fears ranging from schoolyard bullies to doing poorly on exams. / AFP PHOTO / Toru Y | TORU YAMANAKA via Getty Images
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Les assistantes sociales et psychologues sont sur le qui-vive ce vendredi 1er septembre au Japon, jour de rentrée scolaire où le nombre de suicides chez les enfants atteint un pic.

Quelque 500 mineurs (moins de 20 ans) se donnent la mort chaque année dans l'archipel, surtout autour du 1er septembre, lorsque reprend l'année d'école débutée en avril mais interrompue par une pause estivale.

"Si l'on rapporte ce nombre aux 22.000 cas de suicide toutes générations comprises, la proportion n'est pas élevée, mais le suicide des adolescents ne doit pas être regardé d'un point de vue statistique, il doit être traité comme un drame social", insiste Yutaka Motohashi, directeur du Centre japonais des mesures de prévention contre le suicide.

YuYu Horun, lui, était en primaire puis au collège quand il a tenté de mettre fin à ses jours. Aujourd'hui, ce chanteur aide ses cadets tentés par la mort.

La sensation de n'être bien nulle part

"Je reçois chaque jour des courriels ou lettres d'adolescents qui expriment l'envie de se tuer ou ont déjà fait des tentatives", témoigne pour l'AFP le trentenaire qui dit avoir été "sauvé par la musique", après une enfance difficile.

Selon lui, l'une des principales raisons exprimées par les enfants suicidaires est la sensation de n'être bien nulle part, ni chez eux, ni à l'école, ni ailleurs.

"Beaucoup ne ressentent pas de preuves d'amour de leurs parents, lesquels n'en donnent souvent pas parce qu'ils n'en ont eux-mêmes pas reçu. Dans de nombreuses familles japonaises, la communication est insuffisante".

Ils subissent aussi parfois des brimades à l'école et se sentent forcés de réussir, pour répondre aux attentes de la société.

Ne pas forcer un enfant à retourner en classe

Pour ces jeunes fragiles, "la rentrée crée de l'anxiété", explique Kuniyasu Hiraiwa, représentant d'AfterSchool, une des organisations privées qui se mobilisent, notamment via des encarts dans la presse, pour aider les parents à détecter les signes avant-coureurs.

Et de recommander de "ne pas forcer un enfant à retourner en classe ce jour si cela paraît trop douloureux", tout en saluant l'initiative de bibliothèques qui incitent les adolescents angoissés à se réfugier dans leurs locaux.

"Je leur dis: vous n'êtes pas seuls, si vous souffrez, parlez, à n'importe qui, mais parlez, quelqu'un vous aidera, c'est certain. S'il n'y a personne à qui vous confier, appelez le service 'SOS enfants' du ministère", a lancé ce vendredi le ministre de l'Education, Yoshimasa Hayashi.

Le taux de mort par suicide dans son ensemble est passé au Japon de 24,2 pour 100.000 habitants en 2005 à 17,3 en 2016, soit un recul de 28,5%, mais il reste encore le plus élevé des pays du G7.

"C'est l'effet d'un changement de paradigme: les pouvoirs publics ont pris conscience que ce problème n'était pas seulement d'ordre médical", note M. Motohashi. Reste que la meilleure détection des risques a surtout été efficace auprès des hommes d'âge mûr.

Vis-à-vis des adolescents, dont le nombre de suicides stagne, une autre approche est nécessaire, estime-t-il, pour les inciter à se confier à "un adulte de confiance en cas de problème".

Avant le passage à l'acte, des signaux sur Internet

L'analyse des messages postés sur les réseaux sociaux est aussi indispensable, car, si les adultes s'adressent aux services téléphoniques de prévention, les ados, eux, laissent plutôt des signaux sur Internet.

"Ils utilisent des mots-clefs 'je veux mourir' ou 'mort en douceur', autrement dit, avant de passer à l'acte, ils lancent divers SOS qui hélas passent souvent inaperçus par l'entourage", déplore YuYu Horun.

Cela vaut aussi pour les jeunes d'une vingtaine d'années, une population fragilisée par la dureté de l'entrée dans la vie active.

La pression sociale exercée sur les nouvelles recrues est très forte, rappelle M. Motohashi. Les jeunes employés se sentent des "moins que rien" s'ils échouent dans l'entreprise qui les a embauchés sur des critères d'excellence, parce qu'ils sortent des meilleures universités du pays.

"Au Japon, pour des raisons socio-culturelles, il est difficile de renoncer à un emploi pour aller en chercher un autre" si le premier trouvé, a priori idéal, s'avère trop dur, remarque l'expert. "'Je suis nul, je dois endurer seul': les jeunes s'enferment dans ce raisonnement. Il ont du mal à demander de l'aide", constate aussi YuYu Horun.

Malgré la médiatisation récente de plusieurs cas et la mise en cause des employeurs pour "karoshi" (mort par excès de labeur), le problème dans son ensemble est loin d'être résolu tant la culture du sacrifice disciplinaire et la hantise de perdre la face restent ancrées dans les esprits.

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