Journalistes sportives: portraits croisés de deux professionnelles passionnées par leur métier

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Zineb El Houari et Fatima Bartali ont su s'imposer dans ce monde masculin | DR
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PORTRAITS - Le monde du journalisme sportif a encore de longs jours devant lui avant d'assurer une parité hommes-femmes. À la télévision, sur les ondes et dans les colonnes de la presse écrite, les sportifs professionnels et les compétitions sont davantage mis en valeur par les représentants de la gent masculine. À quelques exceptions près, derrière le stylo, les micros et les caméras, les femmes journalistes ont du mal à s'imposer dans ce milieu dominé par les hommes. Certaines ont cependant réussi et nous parlent de leurs parcours. Portraits croisés de deux journalistes sportives d'origine marocaine à qui les rédactions ont su faire confiance.

"Je me suis toujours dit 'tu as un défi et tu deviendras journaliste sportive ou rien", lance avec assurance Zineb El Houari. Aujourd'hui, cette Marocaine installée à Paris est la seule journaliste sportive qui travaille dans le service arabophone de France 24. À côté, elle est aussi consultante pour des chaînes étrangères à l'instar de Al Arabiya TV et Africa 24. Le parcours ne fut cependant pas de tout repos. "Je n'ai jamais lâché. Pourtant, j'ai rencontré des difficultés. Parfois je me demandais même si je ne devais pas changer de métier. Mais en prenant du recul, j'ai surmonté ça", ajoute Zineb El Houari.

Pour Fatima Bartali, Française d'origine marocaine, le journalisme sportif était aussi une évidence. "C'est ce que j'ai toujours voulu faire car c'était pour moi le moyen de crier haut et fort mon opinion. J'ai toujours été très expressive, et passer par le journalisme était une façon d'évacuer et de partager mon point de vue pour enrichir le champ médiatique. C'est très important qu'il y ait plusieurs sources d'informations et plusieurs points de vue, tous les avis se valent s'ils sont argumentés". À 26 ans, elle collabore avec plusieurs médias et surtout, elle a repris le site web Maroc Football avec sa soeur.

Des débuts difficiles... ou pas

Sa première expérience dans le journalisme sportive, Zineb l'a passée à BeIN Sports pour un stage de six mois intégrés dans sa formation à l'Ecole Supérieure de Journalisme de Paris. "J'ai appris le métier ici avec des interviews, des micro-trottoires, de l'édition", raconte-t-elle. Elle passe ensuite par Canal + et France 24, chez qui elle devient pigiste après six mois de stage et avant même de finir ses études. "C'était quand même difficile de décrocher mes stages. Un jour, je me suis présentée pour demander un stage dans une chaîne sportive. On m'a dit que c'était impossible parce que j'étais une femme", se souvient Zineb. Mais c'est peut-être la seule mauvaise expérience qu'elle dit avoir rencontrée en tant que femme.

Fatima, elle, n'a jamais rencontré de problèmes avec ses collaborateurs, que ce soit en France ou au Maroc. Du côté des hommes qu'elle rencontre sur le terrain, même son de cloche. "Je pense qu'il faut surtout savoir mettre des limites. Je me suis toujours contentée de faire mon interview et de mettre fin directement à l'entretien sans familiarité. À partir de là, il n'y aucune ouverture. Il faut également maîtriser son sujet. Si l'interlocuteur, aussi bête soit-il, voit que vous n'êtes pas seulement 'une fille', il vous prendra au sérieux", explique-t-elle.

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"J'ai remarqué que la réaction 'macho' est généralement déclenchée quand l'avis que l'on donne ne plaît pas ou quand on pointe du doigt un problème sensible. Dans ce cas, on peut 'retourner à nos casseroles' ou encore 'aller se marier et faire des enfants'. Je suis une très bonne cuisinière, l'un n'empêche pas l'autre", ironise la journaliste.

Les rédactions leur ont fait confiance

Leur domaine de prédilection, le football, qu'elles pratiquent toutes les deux depuis leur plus jeune âge. "Je suis passionnée de football. Très jeune, au collège, je suivais le championnat marocain en plus des équipes nationales et des championnats européens", raconte Fatima. Même passion pour le ballon rond du côté de Zineb. "Je pratique le foot depuis que j'ai 6 ans grâce a mon frère qui est footballeur. C'est plus qu'une passion pour moi. Je me lève le matin, je vais courir, je vais au travail et après une longue journée, je m'entraîne de 20 a 22 heures pour reprendre le travail le lendemain à 4 heures du matin. Au lieu de sortir, je préfère aller au Parc des Princes voir un match", affirme Zineb.

Je fais de l'analyse et dans le monde arabe, il n'y a pas d'autres femmes qui font de l'analyse

C'est peut-être cette passion et leur expertise qui leur a ouvert les portes des rédactions. "Une fois qu'on s'impose, qu'on montre qu'on maîtrise, les rédactions nous font confiance. À France 24, on me met toujours en valeur lors des évènements, je suis souvent prioritaire. Pour eux, c'est un plus d'avoir une femme à l'antenne mais qui, par ailleurs, maîtrise le foot. Je fais de l'analyse et dans le monde arabe, il n'y a pas d'autres femmes qui font de l'analyse", souligne Zineb.

Fatima, autodidacte, n'a pas fait d'école de journalisme. C'est le terrain qui lui a tout appris. "C'est la meilleure école", dit-elle et sa passion du football l'a sûrement aussi beaucoup aidée. "Je n'ai fait aucune étude en rapport avec le journalisme ou le sport, je suis issue d'une filière scientifique. J'ai commencé par écrire pour quelques sites français avant de me tourner vers les sites webs marocains, notamment Maroc Football que j'ai repris avec soeur. Je collabore avec plusieurs médias à chaque fois qu'on me sollicite."

Présentation VS analyse

Toutes les deux s'accordent sur un point: la place des journalistes sportives a évolué. "Avec les années, les femmes ont pris de plus en plus de place dans le monde du sport de manière générale. Grâce à quelques courageuses avant-gardistes qu'on ne remerciera jamais assez, les femmes ont aujourd'hui une place importante", tient a souligner Fatima.

Mais elles s'accordent aussi sur le fait que les journalistes sportives se retrouvent surtout en desk ou présentation. "C'est plus facile d'avoir une femme pour présenter un journal. Celles qui font de l'analyse, en France en tout cas, c'est rare", affirme Zineb. Mais pour Fatima, "cela tient plus au manque de confiance d'un milieu dominé par les hommes que d'un manque de compétences des femmes". La parité n'est pas encore d'actualité, mais elle est en marche pour une occupation équitable du terrain.

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