Victime de violence conjugale, elle décide de briser le silence

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Les violences conjugales et domestiques contre les femmes sont un phénomène répandu en Tunisie. Environ 50% des femmes tunisiennes déclarent être victimes de violences, révèle la ministre de la Famille et de l’enfance Naziha Laabidi en se référant aux résultats d'une étude menée par son département concernant les violences faites aux femmes.

Plus de la moitié ont lieu dans le cadre familial (53%), et surtout 81% des victimes déclarent ne pas avoir porté plainte après ces violences, lesquelles touchent principalement les divorcées (57%), souligne une étude publiée en 2015.

Mais jusqu'à quand les femmes battues tunisiennes continueront-elles de souffrir en silence? Olfa, enseignante dans un lycée secondaire, a décidé de briser le tabou et de livrer son témoignage au grand public. Et c'est en postant ses photos sur les réseaux sociaux qu'elle a pu mettre à nu cette réalité étouffée. Des photos choquantes d'un visage tuméfié qui exposent l'agressivité et la violence subies.

"C'était un jeudi soir où tout a basculé" indique Olfa sur les ondes de Mosaïque Fm. Mariée depuis plus de deux ans, la jeune victime raconte son calvaire avec son mari, chauffeur de taxi "alcoolique". Noyé de dettes, ce dernier lui fait des chantages et l'oblige à solliciter sa banque pour un prêt afin de couvrir son solde débiteur. "Ma demande a été refusée par ma banque" réplique-t-elle. "Mon salaire ne me permet pas d'avoir un nouveau crédit" ajoute-t-elle.

Une situation qui n'a pas plu au mari. Furieux, il n'a pas hésité à la gifler et la frapper à coups de poing et de pied jusqu'à son évanouissement. La situation aurait viré au drame sans l'intervention de la famille, qui s'est précipitée à son secours en entendant ses cris.

Constat? Deux opérations chirurgicales, des traumatismes au niveau des yeux et des séquelles morales. Quant au mari, il vient d'être arrêté et une plainte a été déposée, note-t-elle.

L'histoire d'Olfa n'est qu'une histoire parmi tant d'autres. Plusieurs sont celles qui préfèrent se taire et baisser les yeux plutôt que de dénoncer un tel crime. Souvent, elles se retranchent dans le silence, dans l'isolement. Elles font semblant d'être comme les autres et confortent leur entourage dans le non-dit. Un silence révélateur qui est le reflet de la société qui refuse l'échec du couple et entraîne une tolérance particulière à ce type de violence.

Pour y faire face, plusieurs mesures ont été prises à l'égard de ce fléau invisible dont notamment l'adoption de la loi de lutte contre les violences" faites aux femmes. Cette loi prévoit le renforcement de la protection des victimes et abolit des dispositions jugées controversées, avait estimé Monia Ben Jémia, la présidente de l'Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD). En effet, elle reconnait non seulement les violences physiques, mais aussi psychologiques, économiques et politiques.

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